Musique

Jazz in Marciac : Day Three (Joshua Redman-Brad Mehldau / Hiromi)

Jazz in Marciac : Day Three (Joshua Redman-Brad Mehldau / Hiromi)

01 août 2011 | PAR Neil Saidi

Encore une soirée d’exception ici à Marciac, ce qui n’est pas très surprenant quand on connaît les musiciens qui étaient sur scène. On se demande même comment il aurait pu en être autrement.

Le chapiteau est bondé, les gens sont en avance, notre duo piano saxo a apparemment attiré beaucoup de monde ce soir. C’était certainement l’un des concerts les plus attendus de la quinzaine, on frissonnait déjà rien qu’à l’annonce de ce tête à tête entre maîtres. Frissons qui ont redoublé d’intensité à l’écoute des premières notes de soprano lancées par Joshua Redman. Les deux complices commencent par nous jouer deux compositions, « The Falcon Will Fly Again » et « To Hold On or to Let Go ». Ils poursuivent avec « Cheryl », un morceau que Joshua Redman aurait aimé avoir composé, malheureusement pour lui, Charlie Bird Parker y avait pensé avant ! Le saxophoniste et le pianiste jouent le thème ensemble, puis débute le solo de Joshua Redman, qui n’hésite pas à s’éloigner de l’harmonie initiale. Parfois, on ne reconnaît même plus la grille, mais les deux acolytes savent exactement où ils en sont. Joshua Redman termine son solo dans un style plus ancré dans la tradition bop et laisse la parole à Brad Mehldau, qui commence par rejouer le thème, à la main gauche s’il vous plaît. Ce qui est frappant, c’est le rôle que joue la main gauche dans son solo. Ses deux mains improvisent des lignes mélodiques, la main gauche n’est pas là pour soutenir le discours de la main droite en plaquant des accords. Les deux mains sont solistes. Après cela les deux musiciens entrent en dialogue, ils prennent leur temps et font durer le plaisir, leur musique coule de source, on pourrait rester assis là pendant des heures, à s’imprégner de la musicalité qu’ils dégagent. Après le standard de Parker, ils choisissent de nous jouer une composition que Joshua a écrite spécialement pour Brad, un duo en 5 temps entre piano et saxophone soprano. Puis un autre standard, « Oleo », composé cette fois par Sonny Rollins en 1954. Joshua Redman commence seul, au ténor, puis Brad Mehldau prend le relai, seul lui aussi, et ne joue qu’avec sa main droite. Après s’être mis à nus, les deux musiciens reprennent le thème et continuent leurs improvisations. Ils n’ont aucune contrainte, ni de temps ni de forme, ce qui nous permet de pouvoir apprécier des pièces très longues. Il est déjà 22h30, le concert est passé à une vitesse folle. Heureusement, le traditionnel rappel nous donne droit à quelques minutes de bonheur supplémentaires. Pour le dernier morceau de la soirée Joshua Redman choisit le soprano. La structure harmonique du morceau est peu complexe, quatre accords se succèdent en boucle, les deux musiciens peuvent donc développer leurs idées facilement, les phrases pensées priment sur le jeu digital. Joshua Redman alterne phrases lentes et motifs véloces, parcourant son instrument dans toute sa tessiture, pendant que Brad Mehldau habille la musique par un ostinato qu’il maintiendra même pendant son solo.  Une osmose parfaite entre ces deux architectes pour un concert mémorable.

Vient ensuite le tour de la talentueuse Hiromi (une interview sera très prochainement publiée sur Toutelaculture). Après avoir séduit le public de Marciac l’an dernier, elle revient mettre le feu accompagnée du bassiste Anthony Jackson et du batteur Simon Phillips, membres de son Trio Project. Hiromi Uehara est née au Japon où elle a débuté l’apprentissage du piano classique à 6 ans, elle intègre à l’âge de 7 ans la Yamaha School of Music et découvre le jazz. En 1993, elle se produit avec l’orchestre philharmonique tchèque et à 20 ans elle intègre le prestigieux Berklee College of Music. A sa sortie elle enregistre son premier album Another Mind, puis enregistre avec le pianiste Chick Corea, et également avec le Stanley Clarke Trio. Le trio nous a interprété le répertoire du dernier album de la pianiste, intitulé Voice. Exclusivement des compositions de la pianiste, « Now or Never », « Flashback », « Delusion » et d’autres. Le batteur Simon Phillips était assis derrière une panoplie de toms impressionnante, il avait deux grosses caisses à sa disposition et de nombreuses cymbales surplombaient le tout. Il a d’ailleurs pu nous faire une petite démonstration lors d’un solo extrêmement long au cours duquel le batteur a exploré son instrument dans ses moindres recoins. La musique proposée ce soir est très énergique, et le niveau de technique instrumentale de la pianiste tout simplement extraordinaire. On sent beaucoup l’influence d’Oscar Peterson dans son jeu. Le trio a été rappelé deux fois, c’est la première fois depuis le début du festival que les artistes reviennent après le deuxième rappel. La soirée s’est donc achevée aux alentours d’une heure du matin. Les oreilles pleines de musique nous rentrons nous coucher. Demain le chapiteau accueille Al Jarreau, ça risque d’être pas mal !

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