Musique
Interview de Shurik’n, nouvel album le 23 avril

Interview de Shurik’n, nouvel album le 23 avril

24 avril 2012 | PAR Olivier Handelsman

A l’occasion de la sortie de son nouvel album, Tous m’appellent Shu, le rappeur Geoffroy Mussard alias Shurik’n du groupe légendaire IAM (a accordé une interview à Toutelaculture.com. Spotlight sur ses nouvelles compositions, de ses projets présents et futurs ainsi que de sa vision du rap. Une superstar du hip-hop marseillais loin des débordements de personnalité qui frappent ses collègues d’aujourd’hui.

Toutelaculture.com : Bonjour Jo ! Tu as nommé ton album « Tous m’appellent Shu », un diminutif de ton pseudo habituel, qui fait moins jeune shinobi que vieux sage expérimenté. Est-ce un message exprimant de la maturité, et comment es-tu passé de Shurik’n Chang-Ti à juste « Shu » ?

Shurik’n : C’est d’abord un retour à plus de simplicité. Chacun de mes surnoms correspond à une période, mais comme je le dis dans la chanson-titre, le surnom qui me va aujourd’hui de la part des rappeurs, c’est « papa ». Oui, l’angle d’attaque de cet album est plus mature, car j’ai acquis un certain recul, un regard expérimenté, et j’ai gardé mes influences asiatiques, mais elles restent en toile de fond. Je ne me prends pas pour un vieux sage, tout d’abord parce que je reste hyperactif, et que je reste un MC (comme , rien de plus. J’ai pris conscience de l’héritage que je dois laisser, dans mes productions, mes paroles, mes beats et mon image, sans prendre la grosse tête.

Toutelaculture.com : Le prochain album d’IAM, « IAM Morricone », sortira en 2013. Ce nom annonce-t-il des chansons inspirées des western spaghetti ?

Shurik’n : Bien sûr ! Nous voulons enregistrer une partie de cet album à Rome, rencontrer Ennio Morricone et collaborer avec lui. Cependant l’album sera diversifié et il n’y aura pas que de la musique de western dessus.

Toutelaculture.com : Tu n’avais pas sorti d’album solo depuis « Où je vis », il y a quatorze ans. Cet album a presque coïncidé avec les dernières retombées de « L’École du Micro d’Argent », l’album le plus populaire d’IAM. Ta carrière solo a-t-elle décollé grâce à cette période faste d’IAM ? Pourquoi tant de décalage temporel entre tes deux albums ?

Shurik’n : Oui, l’envie de faire mes propres morceaux est née après « L’École du Micro d’Argent », mais je crois que c’était un hasard. Je voulais me fixer ce challenge à court terme, me prouver que j’étais capable d’enregistrer un bon album. J’ai pris mon temps pour mettre les étapes en place et faire en sorte que ce projet me ressemble, et je ne cherchais pas à lancer une quelconque carrière solo. C’est par impulsions que je me suis exprimé sur cet album et j’étais content du résultat final.
C’est aussi comme ça que « Tous m’appellent Shu » est né : la production a pris trois ans, parce que je continuais sur d’autres projets en même temps, et je ne cherche toujours pas à prospérer en solo.

Toutelaculture.com : Parlons de tes collaborations récentes : tu étais présent dans le clip « Skyzofrench Rap 2 » du rappeur, imitateur et beatboxer Eklips, où tu dansais avec Akhénaton pendant qu’il imitait votre flow, vos textes et votre voix avec un talent démentiel. Est-ce que tu as pris du plaisir à être imité par un tel admirateur ?

Shurik’n : Complètement, il a beaucoup de talent ! Imiter toutes ces voix, et en particulier la mienne qui est profonde et grave (je suis un baryton-basse), c’est impressionnant. Il est aussi très sympathique et son apport au hip-hop dans le registre du comique et de l’imitation est essentiel, je pense que toutes les cultures en ont besoin.

Toutelaculture.com : Quid du projet Nord Sud auquel tu participes avec Médine ? Et as-tu un bon souvenir de l’expérience Diversidad à laquelle tu as participé en 2008 ? Souhaiterais-tu rempiler pour la prochaine édition ?

Shurik’n : Nord Sud me semble être un projet très large avec beaucoup d’artistes impliqués, et j’imagine que ça va prendre du temps. Personnellement j’ai enregistré une chanson en une journée avec Médine, et ça m’a beaucoup plu, mais je n’ai pas plus d’informations. Pour ce qui est de Diversidad, ce serait avec un grand plaisir. J’ai vraiment apprécié la démarche de ce groupe qui vise au rassemblement et au syncrétisme des différents pays et des différents aspects de la culture hip-hop.

Toutelaculture.com : A propos de hip-hop, quels sont tes morceaux et albums préférés dans le rap français, et que penses-tu de ce qu’est devenue la chanson fran16-mesures ?

Shurik’n : Pas mal le jeu de mot ! Moi ce que je considèrerai toujours comme du bon rap en France, c’est « Hardcore » de Kery James, « L’impertinent » de Fabe de la Scred Connexion, et bien d’autres. Je regrette profondément la surmédiatisation du rap aujourd’hui, qui s’éloigne de ses valeurs initiales.

Toutelaculture.com : Tu veux dire par là que les Booba et autres, en cédant à la facilité et en ne parlant que de fêtes et d’argent, produisent un rap privé de hip-hop ?

Shurik’n : C’est bien dit ! Oui, on croyait avoir brisé à l’époque ce carcan d’idées autour des rappeurs, et aujourd’hui nombre d’entre eux, aux États-Unis ou en France,  les font revenir au galop. Les préoccupations et le discours des rappeurs ont changé. Tout n’est plus qu’egotrip.

Toutelaculture.com : Toujours sur l’actualité, quels morceaux de ton album suggèrerais-tu aux lecteurs de Toutelaculture.com en cette période d’élections ? Où doit-on chercher de quoi réfléchir sur notre société ?

Shurik’n : Tout n’est pas dans mon album, bien sûr. Mais j’ai particulièrement mis de ma façon de penser dans « Comme vous » et « La même chose », donc c’est en grande partie avec ces textes que je souhaite parler aux gens. Et je ne promets aucun changement, car ni les gens ni les discours politiques n’ont changé depuis mon époque.

(Interview réalisée le 19 avril 2012. De meilleures photos remplaceront bientôt celle qui est affichée)

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Olivier Handelsman
Olivier Handelsman est étudiant en master de management à Grenoble École de Management, et étudie en échange à la Simon Fraser University de Vancouver (Colombie-Britannique, Canada) au second semestre 2013-2014. Licencié de Sciences Économiques à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, Olivier est intéressé par la micro-économie, l'entrepreneuriat, le management stratégique, de l'innovation, de la musique, des systèmes d'information et des nouvelles technologies. Olivier Handelsman a été scénariste de courts et longs-métrages en machinima (images de synthèse issues de jeux vidéo), et a une expérience professionnelle de pigiste dans différents médias tels que le journal Le Point (hors-série Références), PC Jeux et Millenium Source, ainsi que d'auditeur de service client, de programmeur Visual Basic et de démonstrateur produit.

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