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L’interview stroboscopique : Sydney Valette

L’interview stroboscopique : Sydney Valette

09 novembre 2014 | PAR Bastien Stisi

Crépitements lumineux, rugissements scintillants, et coup de strobo sur Sydney Valette et son second album Paris, guide anti touristique par excellence rédigé à destination de ceux qui ont décidé de prendre la capitale (et plus globalement, l’humanité) par son versant le plus assombri et le plus second degré…

« Enfant bourré ». Est-ce une métaphore de ton album, écarté entre les déraisons de l’enfance (les sons bizarres) et la froideur des adultes (les paroles, en réalité pas très drôles) ?

Sydney Valette : C’est un album endeuillé, effectivement : un deuil tardif de l’enfance.

Est-ce le fait d’avoir composé ce Paris très loin, du côté de Montréal, qui t’a donné de la ville lumière une vision aussi noire ?

S. V. : Non, c’est plutôt l’ambiance au quotidien qui me pèse, la mentalité, la peur des gens les uns envers les autres, leur mépris, leur cynisme. Je ne veux pas non plus voir tout en noir, mais cette réalité existe bel et bien très fort ici, même si j’adore cette ville.

Dans la lignée des guides anti touristiques, on pense bien sûr toujours au « Paris pourri » de Daniel Darc, remis au goût du jour récemment par Orties. Il y a aussi cette idée-là chez toi, de montrer la réalité au-delà du fantasme ?

S. V. : Bah pour la chanson « Paris » en particulier oui c’est sûr, après les autres chansons parlent d’autre chose. Ah oui, si aussi, le mythe de l’artiste flamboyant, le glam magazine, tous ces trucs qui te font péter une durite alors qu’en réalité t’es au RSA, et que t’es en slip chez toi à 4h de l’aprèm à boire des Heineken. Les gens ont une vision « extraordinaire » de l’artiste alors que la plupart galèrent tous comme des oufs, du moins matériellement, avec la plupart du temps à côté un métier bien plus terre à terre. Il y a tout un mythe de l’artiste dans lequel les artistes eux-mêmes se complaisent trop souvent, et qui les détruisent.

Et si on fouille un peu, on suppose que ce dépassement du fantasme ne s’applique pas simplement à Paris…Par rapport à tes précédentes productions, on sent d’ailleurs une perte « d’optimisme » (si l’on peut dire…) de plus en plus flagrante…

S. V. : Non mais l’humanité, c’est un monde extrêmement cruel, et je ne m’en rendais pas compte avant, donc je me suis réveillé et ça donne ça ! Dans la noirceur, j’ai trouvé une profondeur, un sens, une honnêteté. Optimisme, pessimisme, ce ne sont que des mots tout ça. Je pense qu’on peut très bien faire de la musique sombre sans que celle-ci soit taxée de pessimiste. C’est juste une prise de conscience de l’aspect sombre du monde. Je n’en exclue pas pour autant sa lumière.

L’idée d’ « album concept », par contre, on pense bien évidemment plutôt à Gainsbourg…Et plus encore à ses derniers albums, si on ajoute à ça le côté pop-synthétique…

S. V. : Oui il y a un concept un peu, mais quand tu l’écoutes, l’album part finalement dans tous les sens. C’est plus le fait que j’ai créé cette pochette qui me plaisait bien, alors du coup, je l’ai appelée Paris logiquement, même si cet album n’est pas vraiment focalisé sur cette ville. Du moins j’ai voulu faire un album entièrement en français.

Dans le futur, tu crois que les accordéons piafiens de Montmartre auront été remplacés par des synthés tordus ?

S. V. : N’est-ce pas déjà le cas?

Je cherche des sons pour remplir mon iPod…quelque chose à me conseiller ?

S. V. : John Maus, William Basinski, Barbara, la liturgie orthodoxe, Thelonius Monk, DAF, Robert Görl, Brian Eno, Tyler the Creator, Kas Product etc…


Sydney Valette, Paris, 2014, Sydney Valette & Yuk-Fü Records, 36 min.

Visuel : © pochette de Paris de Sydney Valette

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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