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[Interview] The Acid : « une forêt pas trop dense, à travers laquelle l’on voit sur des kilomètres »

[Interview] The Acid : « une forêt pas trop dense, à travers laquelle l’on voit sur des kilomètres »

01 décembre 2014 | PAR Bastien Stisi

Quelques heures avant le live hypnotique et chamanique qu’ils donneront à la Cigale dans le cadre du Festival des Inrocks édition 2014, Ry X, Steve Nalepa et Adam Freeland, qui forment ensemble le projet The Acid, ont pris le temps d’une bière dans un café voisin pour évoquer avec nous leur premier album Liminal, leur second album à venir, et la difficulté de composer un disque à trois têtes lorsque l’on se trouve séparé par des centaines de kilomètres (Ry est australien, Steve américain, et Adam britannique…)

Vous avez pendant longtemps brouillé les pistes sur votre projet avant de dévoiler l’identité de ses membres fondateurs. Y avait-il la volonté d’inscrire Liminal dans un espace-temps complètement détaché de vos carrières respectives ?

Steve Nalepa : C’est surtout qu’initialement, The Acid était un projet anonyme tout simplement parce que l’on n’avait pas la reconnaissance nécessaire pour sortir l’album sur un label ! C’est cet EP et le petit engouement qu’il y a eu autour qui nous a aidé à le faire. Ensuite, on a composé les morceaux liés à The Acid un à un, et au bout d’un moment, on s’est rendu compte que ça faisait un album…

On dit que cet album a été composé dans la spontanéité. Y avait-il là une sensation d’urgence ?

Adam Freeland : Oui. Mais outre le fait que l’on avait très envie de faire cet album tous les trois ensemble, cette urgence était surtout due au fait que je viens d’Angleterre, que Steve bossait à ce moment-là avec Drake à Los Angeles, et que Ry est Australien, et qu’au final, il nous a fallu trouver un créneau au sein de nos emplois du temps très chargés. On a dû travailler de manière aussi rapide qu’efficace ! Par contre, on n’a pas eu de pressions particulières de la part de notre label, ou quelque chose de ce genre…

Liminal est le genre d’album que l’on ne peut composer (et aussi écouter) qu’avec un état de mélancolie assez avancé. Étiez-vous tous les trois dans le même état d’esprit au moment de sa composition ?

Ry X : C’est une excellente question. Je crois que beaucoup de l’intimité qui transparaît dans Liminal vient des paroles et du chant. Ce n’était pas forcément une question d’humeur commune, mais plus d’une manière de donner tout ce que l’on avait dans nos vies respectives au moment de la composition. Et au final, tout ça a été très spontané.

S. N. : Une partie de la réponse vient également du fait que l’on a créé des liens assez forts en enregistrant, notamment lors de la préparation du premier EP. En se rencontrant, en apprenant à se connaître. Ry et Adam sont plutôt introvertis à la base, mais quelque chose de très naturel et de très émotionnel s’est créé entre nous tous. C’est probablement ce qui transparaît du disque.

Entre les morceaux chaotiques (« Creeper », « Ghost ») et les instants de luminosité vaporeuse et très blanche (« Ra », « Red »), on a presque l’impression que Liminal est l’album qui fait le lien entre le monde des morts et celui des vivants…Steve, on sait notamment que tu travailles un peu sur des recherches autour du paranormal

S. N. : Effectivement ! Il y a un intérêt commun pour la métaphysique et la recherche du « mystère ». Adam et moi, notamment, en parlons ensemble depuis des années…

A. F. : Oui, même si je parlerais personnellement plus de « métaphysique » que de « paranormal ». On s’intéresse beaucoup au concept, sans pour autant avoir voulu retranscrire tout ça dans l’album…Mais tu vois, c’est arrivé quand même !

S. N. : J’ai un poster de Paul Laffoley dans mon studio (ndlr : un artiste américain, proche de feu Andy Warhol, habité par la volonté de créer une logique de nature métaphysique…) Peut-être qu’inconsciemment, je m’en suis inspiré…

A. F. : J’ai justement entendu qu’Aphex Twin avait nommé l’une des chansons de Syro, son dernier album, d’après une peinture de Laffoley…et à part nous, je dois avouer que c’est la première fois que j’ai entendu qu’un artiste le connaissait !

On sent que sur Liminal, le silence est quasiment aussi important que le son. C’est perceptible sur « Animal », sur « Red », sur « Feed »…

Ry X : Il était en effet très important pour nous de se donner la possibilité d’intégrer le silence au son. On peut penser cet album comme une forêt pas trop dense, à travers laquelle on peut voir sur des kilomètres entiers…Une forêt trop dense à travers laquelle on ne voit rien, ça ne nous intéressait pas. Il était vraiment important d’avoir un espace de continuité et de profondeur dans le son. Une démarche assez minimaliste, finalement.

Que ce soit dans vos clips ou sur scène, on sent qu’une importance particulière est donnée aux éléments visuels…

Ry X : En effet, on essaye au maximum de se rapprocher d’une démarche d’art global, en créant un lien entre notre musique, nos visuels, nos clips, nos live. Il faut que tout cela soit cohérent. L’art évolue beaucoup, notamment à cause du rapport qu’ont les gens à Internet et à la transparence qu’ont les artistes vis-à-vis de leur public. Il est nécessaire de proposer à ce public une expérience réelle à chaque fois. Vraiment, une démarche d’art global.

S. N. : En réalité, lorsque l’on s’est rencontrés et que l’on a commencé à se connaître, on a autant parlé de nos inspirations sonores que visuelles. On a beaucoup échangé autour de nos goûts en matière de musique bien sûr, mais aussi d’art contemporain ou de cinéma…Cela se ressent sans doute dans l’identité visuelle que l’on a créée autour de The Acid.

Liminal est-il une parenthèse dans vos carrières respectives, ou bien un album qui en appelle un autre ?

A. F. : En fait, on est déjà en train de préparer un nouvel album ! The Acid est pour nous quelque chose de simple, ça fonctionne très bien entre nous, on a absolument envie de continuer !

S. N. : On a commencé à travailler sur quelques trucs récemment à Hambourg,  et on va passer un peu de temps cet hiver à Los Angeles pour poursuivre tout ça. Bon, on est juste en train de commencer là, mais l’ambiance devrait rester à peu près la même que sur le précédent album…

The Acid, Liminal, 2014, Infectious / [PIAS], 50 min.

Visuel : (c) pochette de Liminal de The Acid ; Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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