Polars

Entre Glasgow et Edimbourg, les polars écossais tirent leur épingle du jeu

Entre Glasgow et Edimbourg, les polars écossais tirent leur épingle du jeu

30 novembre 2014 | PAR Audrey Chaix

De l’Écosse, on a surtout des images d’Épinal dans la tête : des hommes en kilt et un monstre au fond d’un loch, des lancers de tronc et des joueurs de cornemuse dans la brume. Cependant, la dernière fois que l’Écosse a fait parler d’elle dans les médias, c’était pour remettre en question son appartenance au Royaume-Uni, dont l’unité a tremblé alors que les Écossais se rendaient aux urnes : affirmation d’un pays qui est bien plus que le folklore auquel on veut bien le réduire. C’est aussi ce que revendiquent Ian Rankin et Denise Mina dans deux romans policiers qui explorent les instincts les plus bas d’une société écossaise loin des clichés, comme pour mieux affirmer la réalité d’un pays de 6 millions d’habitants qui revendique sa singularité.

Des Dieux et des Bêtes, de Denise Mina

desdieuxetdesbetesOn avait laissé Alex Morrow enceinte de ses jumeaux à la fin de La Fin de la saison des guêpes, on la retrouve jeune mère dans Des Dieux et des bêtes, tout juste rentrée de congé maternité pour affronter une affaire étrange : un homme a ouvert le feu dans un bureau de poste sur un vieil homme qui, alors qu’il ne semblait pas le connaître, a choisi de prêter main forte au voleur.

Sur fond de scandale politique et de corruption au sein même du poste de police que dirige Morrow, Mina signe un roman qui relègue au second plan la résolution de l’intrigue pour s’intéresser de près à la psychologie des personnages et à la nature de leurs relations les uns avec les autres. En alternant les points de vue, elle déploie un univers sombre et étouffant, où les seules et bouffées d’air frais de Morrow sont les rares moments passés avec sa famille.

Nerveux, intense, Des Dieux et des bêtes tient toutes les promesses d’un roman policier de très grande qualité, qui va bien au-delà de son genre littéraire pour proposer une lecture fine et intelligente de la société écossaise.

Des Dieux et des bêtes, de Denise Mina. Traduit de l’anglais (Écosse) par Nathalie Bru. Editions JC Lattès Le Masque. Parution : octobre 2014. 450 p. Prix : 22 €.

Debout dans la tombe d’un autre, de Ian Rankin

debout

Retrouver Rebus, c’est un peu comme retrouver un vieil ami perclus de défauts, mais qu’on ne voudrait pas qu’il change pour rien au monde. Et rien n’a changé dans ce dernier opus des enquêtes de John Rebus : il est toujours en aussi mauvaise forme physique, il se nourrit toujours aussi mal et il boit toujours autant. Maintenant retraité, devenu civil, il travaille au service des affaires non résolues, à tenter de trouver la solution de cold cases dont tout le monde se fiche éperdument. Jusqu’à ce que la disparition d’une jeune fille sur l’autoroute A9 fasse ressurgir des affaires jusque là enterrées, et qui présentent toutes de troublantes similitudes. Envers et contre tous, accompagné de la fidèle Siobhan Clarke, Rebus, plus obstiné que jamais, reprend du service pour tenter de faire justice à ces jeunes femmes disparues.

Ian Rankin nous livre une fois de plus un excellent cru de Rebus : toujours aussi bougon et bourru, il n’en reste pas moins celui qui, seul, se soucie des victimes pour elles, et non parce que la résolution du meurtre est synonyme d’avancement ou de promotion. Car monter dans la hiérarchie, Rebus n’en a que faire : il est bien trop amoureux de sa liberté d’action et d’expression pour s’enfermer dans un bureau et rendre des comptes. Très à l’aise dans la noirceur de Debout dans la tombe d’un autre, il fait confiance à son intuition comme un chien suit la trace d’une odeur, sans jamais lâcher l’os qui lui tombe sous la dent.

Ainsi, Rankin livre ici un portrait savoureux de son enquêteur fétiche, avec lequel il semble ne faire plus qu’un. Autour de Rebus, l’Écosse se dessine, sombre et menaçante alors que l’on remonte le long de la mortifère A9. Un roman policier aussi noir qu’authentique, qui se savoure à petites gorgées, un peu comme l’un de ces whiskys tourbeux que Rebus affectionne tant.

Debout dans la tombe d’un autre, de Ian Rankin. Traduit de l’anglais (Écosse) par Freddy Michalski. Editions JC Lattès Le Masque. Parution : septembre 2014. 452 p. Prix : 22,50 €.

Visuels : couverture des livres

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaixphoto : maxime dufour photographies.

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