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[Live Report]Patricia Petibon « La Belle Excentrique », ou comment « Les Gars qui vont à la fête » finissent à « Granada »…

[Live Report]Patricia Petibon « La Belle Excentrique », ou comment « Les Gars qui vont à la fête » finissent à « Granada »…

01 décembre 2014 | PAR Elodie Martinez

Cela fait des années que Patricia Petibon nous montre qu’excentricité et talent peuvent aller de pair. Ce soir encore  les deux termes semblent être synonymes et donnent la main à deux nouveaux comparses : bonhomie et festivité. 8 compagnons pour un voyage de 35 pièces annoncées, cela peut sembler bien effrayant. Pourtant la route ne fut pas si longue et nous emmena bien loin…

Pour cette soirée exceptionnelle sous le sigle des « Grandes Voix », notre Excentrique  s’est entourée de ce qui apparaît comme une bande d’amis dans une ambiance bon enfant : une guirlande d’ampoules en fond de scène relie plusieurs spots, un peu comme pour un bal ou une fête improvisée sur le toit d’un immeuble ou dans un champ ! Les amis de la belle ne sont alors pas des moindres : Olivier Py, Nemanja Radulovic, Christian-Pierre La Marca, David Levi, David Venitucci, François Verly et l’exceptionnelle Susan Manoff au piano. On pourrait presque croire à une histoire : « deux pianistes, un accordéoniste, un violoncelliste, un violoniste, un percussionniste, un metteur en scène chanteur et une cantatrice se retrouvent sur une scène… Les pianistes entament « La Grande Ritournelle » de La Belle Excentrique de Satie. Que se passe-t-il ? » Eh bien cette dernière apparaît, tout simplement ! Si la Belle Excentrique qu’incarne Patricia Petibon n’a rien d’excentrique jusqu’au regroupement de pièces d’Erik Satie débutant par « Sur un vaisseau », c’est bien l’amusement et le rire qui closent les deux parties du spectacle.

A la fin du premier temps de cette soirée, nous assistons ainsi à l’enchaînement de 8 pièces de Satie durant lesquelles la cantatrice et ses amis prennent un ton léger : « Sur un vaisseau » nous laisse voir Susan Manoff affublée d’énormes lunettes clownesques et d’oreilles animales, tandis que Patricia Petibon passent les mêmes oreilles pour compléter son nez rouge avant de faire quelques bulles puis de jouer avec une baguette de tambour. Si « La Statue de bronze » continue sur le même ton avec un changement d’accessoires pour passer à des lunettes en tournesol, on ne peut que noter les remarquables graves que déploie l’artiste lors de cet air, rappelant la parfaite maîtrise de sa voix et sa technique irréprochable (que l’on relève également dans quelques suraigus ou dans l’amplitude parfaitement domptée du volume qu’elle déploie ou refrène selon sa juste interprétation). Dans « Daphénéo », la cantatrice passe un nez de clown noir et interprète un court dialogue dans lequel elle prend tour à tour une voix enfantine et une voix adulte, indiquant également le changement de personnage par le retrait ou non de cette boule de mousse nasale. Les pièces s’enchaînent, et il est indéniable qu’elles furent admirablement bien choisies pour cette grande artiste… ou plutôt, il est indéniable que l’artiste sait admirablement bien s’approprier ces pièces. La première partie se termine sur l’air « Allons-y Chochotte » en duo avec Olivier Py, moment de franche camaraderie très plaisant.

Profitons alors de l’entracte pour revenir sur la prestation du metteur en scène que l’on découvre excellent chanteur, notamment dans « Ne parlez pas d’amour » de Stéphane Leach. S’il est difficile de trouver à redire sur sa prestation vocale, nous ne pouvons cependant pas nous taire sur sa prestation scénique : froncement de sourcils intempestif et dandinement sans fin, même lorsqu’il est assis pour « On s’aimera » de Léon Ferré au début de la seconde partie, sont deux pollutions visuelles dont on aurait préféré se passer. Sans aller jusqu’à parler de rester planté comme un piquet, un peu moins de moulinets et de tressautements sur place seraient appréciables. Mais bon : nous étions entre amis, nous n’en tiendrons donc pas plus rigueur que cela… de même que la chute de l’archet de Nemanja Radulovic plus amusante qu’autre chose lors de la « Granada » d’Augustin Lara, dernier extrait annoncé de la soirée.

L’entracte étant à présent fini, nous retrouvons la seconde partie de la soirée dans la même bonne humeur que la fin de la partie précédente, avec par exemple trois chants de Manuel Rosenthal, « Fido, Fido » où Patricia Petibon va jusqu’à sautiller et aboyer, « L’Eléphant du Jardin des Plantes » et « Le Vieux chameau du Zoo ». Les deux reprises de Fernandel en duo avec Olivier Py, « C’est un dur » et « Le Tango Corse », sont d’une grande drôlerie et parfaitement justes, sans caricature et sans aller trop loin dans le jeu. Que c’est bon de rire, comme qui dirait !

Cependant, celle qui en novembre 2008 avait déclaré sur le plateau de Laurent Ruquier « On n’est pas couché » : « Je joue aussi beaucoup de rôles de tragédienne, des drames, mais j’aime les deux extrêmes » applique ici magistralement ces propos. En effet, si nous rions beaucoup et que les notes festives marquent les esprits et sont celles avec lesquelles tout se termine, la cantatrice à l’honneur n’est pas seulement un clown excentrique : elle est une artiste exceptionnelle et une hôtesse de soirée hors-norme, nous embarquant avec elle où qu’elle aille. Elle nous fait ainsi entendre et voir ses propres versions de « Colchiques dans les prés » (arrangé ici par Aleksandar Sedlar), « Somewhere over the rainbow » (arrangé par David François Moreau) où pour la peine nous voyageons bel et bien « somewhere over a rainbow », sans oublier ses superbes interprétations de la « Rêverie » de Manuel Rosenthal qui nous fait flotter en parfait accord avec le titre, du « Spleen » qui est la mise en musique du fameux poème de Verlaine « Il pleure dans mon cœur » par Fauré, « Les Chemins de l’amour » de Poulenc qui lui valut un grand « bravo » de la part du public, « Les Berceaux » de Fauré pénétrant presque à en pleurer en silence,… Tant d’airs qui nous transportent bien loin du rire, à travers la douceur, le calme et la profondeur de l’artiste qui sont des chemins sur lesquels nous nous perdrions avec délice et qu’on oublie trop souvent d’emprunter.

Rendons enfin hommage à ces compagnons de voyage cités plus haut, et plus particulièrement à Susan Manoff présente des premières aux dernières notes de cette soirée, elle qui, malgré l’appendice nasal dont elle se pare lors de « L’Eléphant du Jardin des Plantes », ne nous trompe pas une seconde et accompagne chacun des artistes avec brio. Face à de tels talents et une telle ambiance, deux rappels se font naturellement avec l’ensemble de la joyeuse troupe : « I wanna be loved by you » et « Jolie Môme ».

Un excellent moment capté pour la télévision et à revivre lors de sa retransmission prévue sur Mezzo et France 3. Préparez-vous alors à la fête : entrez dans la danse et voyez comme ils chantent…

Par Elodie Martinez

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