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[Chronique] Avec « L’Aventura », Sébastien Tellier perçoit le bonheur carioca

[Chronique] Avec « L’Aventura », Sébastien Tellier perçoit le bonheur carioca

11 juin 2014 | PAR Bastien Stisi

Quelques jours avant le coup d’envoi de la vingtième Coupe du Monde de football, Sébastien Tellier faisait paraître la semaine dernière L’Aventura, un album créé et humecté dans la chaleur sensuelle du géant territoire brésilien.

[rating=4]

Sebastien Tellier - L'AventuraPour autant, bien loin de l’actualité footballistique et du soulèvement étouffé des favelas, L’Aventura ne parle ni de ballon, ni de filets à faire trembler avec force et férocité, ni de gamins qui crèvent au-dedans les devantures sans paillettes des ghettos cariocas. Si l’on devait tisser des liens entre les univers, réels ou fantasmés, on pourrait plutôt parler d’Antonioni et de son île étrange, sur laquelle des sentiments nouveaux se révèlent, inattendus et en même temps parfaitement prévisibles. Avec ce voyage brésilien, Sébastien Tellier trouve en effet un envol, un souffle, une honnêteté régénérée qu’on ne lui avait pas prêté depuis bien longtemps, sans doute depuis son album Sexuality (2008), qui l’avait définitivement placé il y a une demi-douzaine d’année tout au centre de l’échiquier électro pop française. Glorieuse filiation.

Un disque chaud et sensuel

Avec L’Aventura, le roi Tellier présente un disque chaud, calfeutré, sensuel (et non pas sexuel cette fois), qui dénote magistralement avec ses deux derniers albums, plus froids, plus hautains, plus grandiloquents. Plus vains pourraient même dire certains.

Loin de Confection et de ses plages symphoniques, loin de My God Is Blue et de ses délires synthétiques, L’Aventura marque en effet par le bien-être qui paraît s’en dégager à la première écoute (« Love », « Sous les rayons du Soleil »). Tellier se came toujours, mais c’est cette fois-ci par le biais de l’épicurisme le plus originel qu’il paraît le faire.

Il est vrai qu’à l’image de l’ancien gourou de l’Alliance Bleue, qui avoue dans le communiqué de presse accompagnant l’album avoir enregistré le disque « le plus agréable de sa carrière », on se sent superbement bien dans L’Aventura. Une question d’humeur de son géniteur, et d’environnement aussi, certainement.

Car si l’omnipotent Cassius Philippe Zdar est une nouvelle fois passé à la production et que les basses et les guitares ont été enregistrées à Paris, tout le reste l’a été au Brésil (dans le studio de Jean Michel Jarre), bien aidé par l’expertise autochtone et bossa nova d’Arthur Verocai, auteur d’un album tutélaire du genre dans les années 70. La sensualité charnelle de Rio rencontre l’électro pop aérienne du grand barbu. Les sonorités s’en trouvent bonifiées, apaisées, redécouvertes.

L’enfance, l’amour, le fantasme

Dans la chaleur tropicale, dans cette bossa nova pop qu’il met sur pied, Tellier y trouve aussi, et malgré quelques degrés d’euphories, une pointe certaine de nostalgie. Il y fait apparaître un univers réaliste et fantasmagorique où s’entremêlent une enfance et une adolescence réinvesties (« L’Adulte »), comme si l’adulte adulescent apaisé se devait de s’adresser à son miroir adolescent et agité (le très schizophrène et thérapeutique « Ricky l’adolescent »). Lorsque les temps passés sont sombres, la possibilité existe de les rendre plus lumineux. C’est la force de l’imaginaire.

Mais le voyage de Tellier au pays d’Os Mutantes n’a pas été pensé pour y réparer et y redéfinir ses plus jeunes années. Sur L’Aventura, Tellier parle surtout et d’abord d’amour, avec simplicité et légèreté (et non pas « naïveté »), comme si les ambiances cariocas et tropicales qu’il avait découvert lors d’une tournée antécédente générait chez lui une nouvelle envie d’aimer. La vie, dans sa globalité la plus simplifiée, son ancien doudou (le dénommé « Oursinet ») qu’il évoque au sein d’un morceau tendre et sans tabou, et surtout cette femme qu’il chérit et magnifie tant, cette « Calypso », comme il la nomme avec emphase et volupté mythologiquo-pop dans son morceau du même nom (« Ma Calypso »).

Les louanges à sa nymphe du réel se multiplient, et se déclinent intégralement en français  durant la totalité de l’album (pour la première fois chez Tellier) malgré la distance géographique : une manière pour lui d’affirmer la primauté du verbe, qui n’est plus dissimulée derrière des nappes immenses de synthés et d’emphases électro symphoniques. Car dans son jardin au coloris carioca, Tellier ne se cache plus : il a su y trouver la voie qui devait le mener à l’album le plus sincère (et l’un des meilleurs) de sa discographie.

Sébastien Tellier sera en concert au Casino de Paris le 20 octobre prochain.

Sébastien Tellier, L’Aventura, 2014, Record Makers / Barclay, 53 min.

Visuel : © pochette de L’Aventura de Sébastien Tellier

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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