Musique

Decouflé, ça décoiffe !

07 janvier 2011 | PAR Alienor de Foucaud

Jusqu’au 4 février, le Théâtre National de Chaillot accueille Philippe Decouflé et sa compagnie DCA (Diversité, Camaraderie, Agilité), venus présenter leur nouvelle création, Octopus. Accompagnés par les musiciens Labyala Nosfell et Pierre Le Bourgeois qui offrent une prestation live sans égal, les danseurs interprètent un ballet gorgé d’images et de corps, un spectacle sur l’intemporalité de la beauté, de la jalousie et du genre sexuel. Sublime.

Octopus est d’abord né d’une réflexion sur les formes. Philippe Decouflé renverse les codes de la danse contemporaine qui s’attache à créer des chorégraphies d’au moins une heure, voire une heure et demie. Le ballet se déroule comme un bon vieux disque rock, des morceaux se suivent, des séquences s’opposent, d’autres se font écho. Huit danseurs sont sur scène pour huit tableaux. Un grand huit en somme, qui joue sur des contrastes et des reprises. Peau blanche et peau noire, silhouettes féminines et masculines, capes de poils et seins nus se croisent et se confondent dans un entremêlement de corps.

Quasi nus, les danseurs s’adonnent à des duos charnels et bestiaux. Les femmes, félines, décomposent leur gestuelle dans des jeux d’articulations ; les hommes, sauvages, déploient des musculatures sculpturales. L’animalité et la sensualité sont au cœur de cette danse de chairs où le corps est libéré de ses fers.  La rencontre entre une rousse à la peau laiteuse et un danseur d’un noir mat donne des étincelles.

Au travers de cette création, Philippe Decouflé rend hommage à l’histoire chorégraphique et revisite ses classiques avec humour et parodie. Se frottant au Boléro mythique de Maurice Béjart, il réécrit la danse. Expérimentant des formes où le texte, le théâtre et la danse sont mêlés, il repousse l’art de la chorégraphie en la rendant visible de face et de dessus. Ainsi, la danse, démultipliée, devient kaléidoscopique, les gestes sont décuplés et les danseurs innombrables.

Enfin, au-delà de la création chorégraphique, Octopus offre également un concert avec deux musiciens d’exception. La relation qu’entretiennent la danse et la musique est fusionnelle. Labyala Nosfell et Pierre Le Bourgeois sont en symbiose parfaite avec les danseurs, basculant d’un rock presque rap à des choses plus expérimentales, ou à ce Boléro inspiré de l’œuvre de Maurice Ravel. La danse et la musique deviennent une seule forme d’art. Le violoncelle n’a jamais été un instrument aussi rock n’ roll, se transformant en guitare ou en djembé selon les désirs des musiciens qui tissent une toile sonore éclectique et aux reflets changeants.

Cette création « mêlant la simplicité et le raffinement, la soie et le poil à gratter » emporte loin. Philippe Decouflé réaffirme sa place à part dans un univers spectaculaire où les arts vivants sont encore une utopie à partager et offre à son public un rêve éveillé, une fantasmagorie entre réalité et poésie.

 

Octopus, Philippe Decouflé / Compagnie DCA

Jusqu’au 4 février

Théâtre National de Chaillot, 1 place du Trocadéro, 75 116 Paris

Métro Trocadéro (Lignes 6 et 9)

Plus d’informations au 01 53 65 30 00 ou sur www.theatre-chaillot.fr

Une bande originale de la musique du spectacle est disponible en CD à la librairie du théâtre et des dédicaces sont proposées après chaque représentation.

Un atelier de danse contemporaine adulte est organisé par les danseurs de la compagnie DCA le samedi 29 janvier à 15h (entrée libre sur réservation)

 

 

Infos pratiques

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