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Vikingur Olafsson : « J’aime Philip Glass de tout mon être »

Vikingur Olafsson : « J’aime Philip Glass de tout mon être »

18 novembre 2017 | PAR Alexis Duval

Le pianiste islandais Vikingur Olafsson réinterprète le compositeur américain Philip Glass sur la scène du théâtre de Caen, samedi 18 novembre, dans le cadre du festival Les Boréales. Entretien.

Son jeu est aussi doux qu’agile. Les mains de Vikingur Olafsson glissent sur les touches comme le vent dans les feuillages. Rencontré en milieu d’année, le pianiste islandais diplômé de la Juilliard School de New York a confié à Toute La Culture sa double passion pour Jean-Sébastien Bach et Philip Glass. Samedi 18 novembre, à l’occasion d’un récital sur la scène du Théâtre de Caen dans le cadre du festival des cultures nordiques Les Boréales, qui rend cette année hommage à l’Islande, il réinterprète plusieurs œuvres du compositeur américain, à qui il a consacré un album-hommage chez Deutsche Grammophon pour ses 80 ans. Entretien avec un génie de sensibilité.

Comment êtes-vous tombé dans la marmite de Philip Glass ?

Je l’ai découvert à 13 ans. C’était en voiture sur une autoroute du nord de la France lors d’un voyage en famille. Pour que nous cessions de nous chamailler, mon père nous a passé un disque de Glass. Il nous a dit : « Taisez-vous et écoutez. » Je m’en rappelle comme si c’était hier. Un nouveau monde s’est ouvert à moi.

Pendant plusieurs années, je n’ai jamais interprété Glass au piano. En 2013, Glass lui-même m’a invité à jouer certaines de ces oeuvres. J’ai une chance incroyable, car il est impossible de sous-estimer son impact sur l’histoire de la musique du XXe siècle et du XXIe siècle.

Le parallèle que vous faites entre Philip Glass et Jean-Sébastien Bach est particulièrement intéressant…

J’aime concevoir des programmes où les deux composteurs sont mêlés. Je pense que cela à voir avec le côté maximal de Bach. Quand on joue Bach, on a l’impression d’avoir un dialogue avec le cosmos, et on interprète autant qu’on écoute. C’est pour moi ce qui le rend unique et aussi extraordinairement difficile parce qu’il requiert une concentration immense.

Si on dit que Bach est maximal, alors, bien sûr, en ce sens, Philip Glass est minimal – quoique je n’aime pas trop ce mot. Par la répétition, Glass crée une sorte d’espace méticuleusement structuré. J’ai une approche assez similaire des deux compositeurs, très liée à la texture du son. La musique est un tissu organique fait de polyphonies, de dialogues de voix avec l’auditeur, avec l’interprète.

Vous donnez beaucoup au public. Quelle est votre relation avec lui ?

La générosité est une attitude que nous nous devons de cultiver à chaque niveau de la société. Cela ne veut pas dire qu’il faut gâcher son énergie, mais il s’agit de ne pas regretter de ne pas avoir suffisamment fait. Je me considère comme un passeur de générosité, parce que les compositeurs nous ont tant donné.

C’est un défi d’interpréter Philip Glass. Qu’avez-vous l’impression d’apporter à sa musique ?

De la nouveauté, j’en suis intimement convaincu. J’aime Philip Glass de tout mon être.

A plusieurs moments de l’album, vous faites appel à des musiciens électro…

Il est nécessaire de s’affranchir des règles. Les compositeurs contemporains ne font que ça. Quand on l’observe de près, Bach lui-même ne suivait pas les contrepoints ! L’important, c’est d’être soi-même. On n’a pas forcément conscience quand on casse les codes. Ce qui est formidable, c’est que beaucoup de gens m’ont dit que l’album leur a fait reconsidérer la musique de Philip Glass. Il y a tellement de complexité et de beauté dans sa musique.

Qu’apporte la musique électronique à Philip Glass ?

L’album est un hommage au compositeur. Pour moi, le recours à l’électro permet de montrer à quel point il a eu une influence gigantesque sur la musique.

Vikingur Olafsson, samedi 18 novembre à 17 heures au Théâtre de Caen. Entrée libre.

Crédit photo : Ari Magg.

 

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