Performance

« L’homme A » par Eric Truffaz, Marcelo Giuliani et Sandrine Bonnaire au Festival Notes d’Automne

« L’homme A » par Eric Truffaz, Marcelo Giuliani et Sandrine Bonnaire au Festival Notes d’Automne

18 novembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

A la veille d’un week-end dédié aux dialogues entre les arts dans le cadre du 9ème Festival Notes d’Automne au Perreux-sur-Marne, Eric Truffaz, Marcelo Giuliani et Sandrine Bonnaire proposaient un spectacle entre sons et textes, ombre et lumière, autour de L’homme Atlantique et L’homme assis dans le couloir de Marguerite Duras.

A une quarantaine de minutes du cœur de Paris, aux « Bords de Marne », depuis 9 ans, le pianiste, compositeur et créateur de spectacle musicaux (Le jour où j’ai rencontré Franz Listz, Le pianiste aux 50 doigts…) Pascal Amoyel propose aux arts de se rencontrer. « Festival musical et littéraire », Notes d’Automne invite musiciens et comédiens à travailler ensemble. Cette édition 2017 a déjà vu se succéder et dialoguer : la chanteuse Patricia Petibon, le comédien Robin Renucci & l’ensemble In & Out, et l’on y attend ce week-end (entre autres) les comédiens Marie-Christine Barrault et Daniel Mesguich que les musiciens Emmanuelle Bertrand, Mikhaïl Rudy ou la jeune Alma Amoyel (11 ans).

Ce vendredi 17 novembre, le trompettiste Erik Truffaz, le bassiste et guitariste Marcelo Giuliani et la fiancée de tous les Français depuis A nos amours, Sandrine Bonnaire proposaient un spectacle intense autour de deux textes de Marguerite Duras sur le couple: le premier évoquait l’attente de l’homme aimé et sa douleur, le second son impossible présence où les amants ne se rencontrent jamais malgré l’amour et les corps, et ce dans la plus grande et essentielle violence.

C’est en noir que les trois artistes ont peint les mots crus et sublimes de Duras avec un très joli travail de lumière qui semble enfermer les personnages dans leur part d’ombre ou dans une lumière aussi aveugle qu’une cage de Francis Bacon. Erik Truffaz fait son entrée, pieds nus sous son pantalon noir, comme poussé à traverser lentement la scène par le souffle langoureux de sa trompette. Sur un lit, les deux autre protagonistes forment un couple qui se réveille et se sépare pour qu’elle lise, elle (Bonnaire), les mots de l’absence. Lui -Marcelo Giuliani) tambourine le rythme sur le bois de sa contrebasse et grelotte l’inquiétude avec les pieds, tandis que l’inquiétante trompette de Truffaz joue ce personnage obsédant et troublant des textes de Duras : celui ou celle qui observe le couple, le voyeur qui se glisse dans une intimité qui lui échappe.

Le rythme s’accélère et, malgré un problème technique permanent de larsen, l’enregistrement électronique prends du corps pour le deuxième texte où les rôles s’échangent et où c’est un Truffaz lunaire, immobile et d’une présence puissante de Pierrot qui prend la place de l’amant sauvage. Elle (Bonnaire) dit comment son corps s’ouvre à lui mais aussi comme elle lui échappe, dans la violence le silence et l’odeur, d’une scène originelle. Elle (Bonnaire) se laisse déborder par les mots qu’elle déchiffre sur un cahier blanc, comme si (à la 6e représentation !) elle les découvrait pour la première fois et ne les comprenait pas. C’est peut être un choix, ce débit égal et cette impression d’une petite fille qui ne comprend pas ce qu’elle dit. Un choix qui aurait pu être intéressant, loin des actrices Durassiennes capiteuses et fatales comme Emmanuelle Riva, Delphine Seyrig, Jeanne Moreau ou Bulle Ogier. Mais tandis que la musique suit cette pente grave du couple qui se pénètre et se martèle sans se rencontrer, ce choix de lecture « superficielle » – comme une caresse – étonne et risque de nous faire perdre le texte. Une soirée intense mais qui aurait pu être bouleversante avec une harmonisation de la lecture et de la musique.
Visuel : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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