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Un vendredi soir éclectique avec Gautier Capuçon, Josep Pons et Aurélien Grignoux au Festival Pablo Casals

Un vendredi soir éclectique avec Gautier Capuçon, Josep Pons et Aurélien Grignoux au Festival Pablo Casals

07 août 2021 | PAR Yaël Hirsch

Alors que le Festival Pablo Casals a déjà commencé depuis une semaine, nous sommes arrivés à Prades pour découvrir la programmation éclectique du nouveau directeur du Festival que nous avions interviewés avant l’été, Pierre Bleuse (lire notre interview). Entre le cadre unique de l’Abbaye Saint-Michel de Cuxa et de la scène ouverte à tous dans le Parc de l’Hôtel de Ville, nous n’avons pas été déçus.

L’Abbaye Saint-Michel

A peine arrivés sur les hauteurs de Prades, ville assez tentaculaire avec vue sur les montagnes, nous avons conduit jusqu’à Codalet pour découvrir le cadre majestueux de l’Abbaye Saint-Michel de Cuxa, monastère bénédictin du 12e siècle, situé au pied du Canigou et vers lequel le public ascensionne, littéralement. L’Abbaye était pleine ce soir, avec pass sanitaire mis en place et port du masque, pour offrir au public international un programme riche et situé dans l’héritage de Pablo Casals : Ives, Saint-Saëns et Bizet.

Le programme par le directeur

Pierre Bleuse l’a présenté, notamment les deux pièces qui ont été jouées pour la première fois des décennies après leurs créations respectives de 1906 et 1835: The Unanswered Question de Charles Ives et la Symphonie en ut de Georges Bizet, retrouvée dans les affaires de Reynaldo Hahn. Il a également présenté le chef, Josep Pons, à la tête du mythique Liceo de Barcelone, l’orchestre de jeunes encadrés par le Quatuor Dutilleux (dont le premier violon de ce soir, Guillaume Chilemme) et le Quintet Klarthe, ainsi que Gautier Capuçon, violoncelliste incontournable d’aujourd’hui, venu enfin sur les pas de Pablo Casals.

Concentration et mysticisme

Ives était un choix merveilleux, pour commencer le concert. Spatialisée avec les cordes sur scène et les cuivres placés derrière le public, la pièce The Unanswered Question a tout de suite créé un climat de spiritualité fort. Lorsque Gautier Capuçon est monté sur scène et s’est mis à jouer avec beaucoup d’intensité et de concentration, le public était au diapason. Ce premier concerto de Saint-Saëns (1872) faisait écho au deuxième avec lequel Sol Gabetta a ouvert le festival. A la baguette, Josep Pons a dirigé l’orchestre en parfaite complémentarité avec le soliste. L’intensité des violons, la beauté du hautbois et la manière dont âpreté et douceur se sont succédés, ont habité pleinement et parfaitement la scène devant l’austère et sublime Christ en bois. La puissance est montée jusqu’au bout, tout d’une traite, happant le public dans un autre univers. En bis, Gautier Capuçon a donné le traditionnel « Chant des oiseaux », dans une version extrêmement concentrée et pneumatique, avec une fidélité parfaite à Pablo Casals.

L’éclat de Berlioz

Mais le meilleur nous a été gardé pour la fin, dans ce programme qui semblait épars et qui en fait nous menait dans une direction certaine et éclatante. Sous la direction d’un chef presque dansant, l’orchestre du festival a transmis toute la joie et tout l’éclat de la Symphonie en ut composée à 17 ans par Georges Bizet. Après un premier mouvement presque mozartien, les pizzicati se font romantiques et suaves dans l’adagio, avant que la course ne reprenne de plus en plus vite et en fol hommage à l’opéra italien dans les deux derniers mouvements. C’est une explosion de couleurs dans la nef et le public applaudit longuement l’excellent Orchestre du Festival. Le concert nous a tous fait partager une sorte d’ascension, à travers laquelle un « ancien » et aujourd’hui bénévole qui a connu Casals et la première édition du Festival en 1950 nous dit qu’il a revécu ce soir la magie de ses années de jeunesse…

Aurélien Grignoux ouvre les arcanes des percussions à tous au Château Pams

Après un dîner au Café de la Paix, à Prades, encore très animé à 22h15, nous nous sommes rendus vers le Château Pams pour découvrir une grande scène dans les jardins de l’Hôtel de Ville. Révélation des Victoires de la musique 2021, enfant du pays (ou presque), puisque fils de deux musiciens de l’Orchestre du Capitole, Aurélien Grignoux y occupait tout l’espace entre un marimba et un vibraphone. Féru de création contemporaine et passionné par son art, la plupart du temps seul et parfois en duo avec Arthur Escriva au bugle, il a commenté et partagé avec nous des créations de Markus Stockhausen (« le fils de »), Christian Lauba, Eric Sammut ou encore joué Attraction d’Emmanuel Séjourné. Cette pièce, interprétée aux Victoires de la musique était reprise à Prades avec maestria sur sa bande magnétique au rythme follement syncopé… La concentration et la performance étaient impressionnantes et le bis, un chant pour enfant de Chick Corea, était d’une douceur surprenante. Au percussionniste a succédé à 23h30 le Dj Muxaxo pour un set vraiment endiablé qui donnait envie de danser sur la pelouse.

Nous avons hâte de découvrir le programme de ce samedi : des jeunes talents et Noëmi Waysfeld avec le Quatuor Dutilleux à Villefranche-de-Conflent…

visuels : Antoine Sage et YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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