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Le goût de l’art – L’art du goût Acte II, Château du Rivau

Le goût de l’art – L’art du goût Acte II, Château du Rivau

07 août 2021 | PAR Pauline Lisowski

Le château du Rivau est un écrin pour les œuvres d’artistes contemporains. Visible jusqu’au 7 novembre, l’exposition « Le goût de l’art – L’art du goût Acte II », invite à un parcours artistique dans un lieu au décor somptueux.  En lien avec le thème de l’art de vivre soutenu par la Région Centre Val de Loire, Patricia Laigneau, propriétaire du domaine, a construit son propos curatorial en pensant au goût esthétique, à la nourriture du corps et de l’esprit, en introduisant ainsi une histoire de l’art revisitée.

Elle prend soin de son jardin tout comme elle s’attache à exposer des artistes de différents horizons, certains reconnus, d’autres à découvrir. Cette exposition s’ancre également dans le contexte d’une préoccupation d’artistes autour du vivant, de la nature et de leurs réflexions sur nos modes de vie. Si la question de la nourriture devient prégnante aujourd’hui, elle l’est aussi au regard de nos interrogations sur l’état de notre planète et sur nos habitudes de consommateur. Les œuvres se découvrent au grès de la visite et impliquent qu’on s’en approche ou qu’on se concentre afin de les percevoir parmi les multiples curiosités qui fondent la richesse du domaine.

Comme un préambule à l’exposition, un caddie monumental de Lilian Bourgeat symbolise la surconsommation. Les œuvres de tous médiums font écho à l’histoire de l’art et tissent des liens avec la collection permanente du château ainsi qu’avec son mobilier. La salle Bauveau est consacrée à la représentation de la pomme, très présente dans l’histoire de la peinture. Piero Gilardi nous alerte sur l’écosystème mis à mal. L’œuvre délicate Eternel à temps partiel en verre soufflé de Kim KototamaLune fait référence au paradis terrestre. Dans des tourelles étroites, posées sur des mobiliers, les sculptures de Marie Denis réalisées en collaboration avec sa meilleure amie artiste Nathalie Prally s’apparentent à des fruits qui deviennent des bijoux exquis. Laurent Pernot rend lui hommage à Redouté avec une sculpture de bouquet figée par des gouttelettes de givre.

La salle des trophées est agrémentée de nombreux animaux empaillés parmi lesquels les œuvres contemporaines s’insèrent subtilement. Certaines font appel à des récits, à des contes. Les arts de la table sont ici mis à l’honneur. Le biscuit « mange-moi » de Katia Bourdarel invite au voyage onirique d’Alice au pays des Merveilles. L’œuvre de Johanna Malinowska rappelle la sculpture poilue de Meret Oppenheim. Le duo Bachelot & Caron mène un travail autour de la représentation du banquet et du comestible. Leurs natures mortes en faïence font référence au roman de Rabelais et aux grands repas typiques de la période faste de la Renaissance. La sculpture en porcelaine de Lionel Estève fait écho à la fois au dentier et au cendrier de table pour témoigner des multiples propriétés du matériau.

Puis, doucement, les œuvres glissent vers le chapitre de la nature morte revisitée. Fabien Mérelle propose un dessin, autoportrait en dindon. Dans sa photographie, Cédric Tanguy interprète ce genre pictural tout en créant de surprenants décalages, symptomatiques de notre société.

Corine Borgnet revisite la table du banquet avec une vaisselle et des éléments de décor en os, son matériau de prédilection à la fois mystérieux et repoussant. Ainsi, les œuvres nous évoquent l’histoire des grands repas dont certains ont fait date dans l’histoire. Hilary Berseth invite les abeilles à collaborer à son œuvre, une ruche sculpturale. Le sens du goût nous amène alors à songer aux odeurs et aux sons de la nature. Dans la cheminée, l’œuvre de Jessy Deshais associe végétaux et destin féminin. L’artiste détourne « Les plantes botaniques », un album publié entre 1850 et 1895 par Andrieux & Vilmorin. Cet intérêt pour l’aliment rejoint également les interactions entre art et science et nos relations au vivant. Des œuvres sont nichées dans du mobilier comme celle de Fabien Verschaere, ou insérée dans les recoins de murs, ou bien encore établissent des correspondances avec la collection d’objets historiques.

La cuisine apparaît plus loin comme un ingrédient de l’art. Yeonju Sung a photographié une robe réalisée avec des fleurs de lotus. Attentifs aux enjeux actuels, des artistes repensent l’art du portrait comme Sabine Pigalle. Dans sa série My Coronia diary, elle associe le masque à des portraits de grands maîtres anciens. Pour finir ce parcours artistique à la rencontre des nourritures et des mets délicats, des œuvres jouent sur une ambiguïté entre le goût et le dégoût. Saverio Lucariello interroge l’excès de l’être humain dans ses céramiques et photographies tandis qu’Irving Penn photographie des aliments excitant ainsi notre sens de la vue.

Le château du Rivau se découvre alors comme un cabinet de curiosités, invitant à aiguiser notre regard. Nous rencontrons les œuvres de tous médiums d’artistes qui manient à la fois l’humour et un intérêt pour les savoir-faire tout en faisant écho aux représentations de l’histoire de l’art.

Cette exposition nous ouvre les voies vers des réflexions sur notre manière de savourer les fruits de nos récoltes. Comment modifier notre rapport à la nourriture à une époque où les nourritures de la Terre tendent à disparaitre ? De quelle manière considérer autrement le moment du repas et apprécier ce que le jardin nous offre ? Telles sont les questions que soulèvent les œuvres ici réunies, mises en scène en relation avec l’histoire du château de l’époque Renaissance. En parcourant chaque salle, nous pouvons prendre le temps de poser notre regard sur chaque mobilier historique accueillant des œuvres entre sculpture et objet liés au repas ou au décor de fête. C’est ensuite dans le jardin que la visite se poursuit avec notamment des œuvres qui se réfèrent aux contes de fées. Déambuler dans ce lieu historique nous offre un moment quelque peu magique, durant lequel des souvenirs de promenades surgissent et nous incitent à relire des récits qui traversent les époques.

Jusqu’au 7 novembre au Château du Rivau, Lémeré (Indre-et-Loire)

Visuels :Vues d’exposition ©Atelier FindArt, Chateau du Rivau, 2021

 

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