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Sonia Wieder-Atherton, Charlotte Rampling éclairent la nuit avec Britten et Plath, Cité de la Musique

Sonia Wieder-Atherton, Charlotte Rampling éclairent la nuit avec Britten et Plath, Cité de la Musique

30 septembre 2013 | PAR Bérénice Clerc

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Sonia Wieder-Atherton et Charlotte Rampling ont fait danser avec puissance les notes de Britten et les mots de Sylvia Plath sur la scène de la Cité de La Musique.

Dimanche de fin d’été, l’après-midi le soleil a rendez-vous avec la pluie, les spectateurs préfèrent souvent attendre la nuit pour aller entendre des textes, de la musique, ou applaudir un spectacle, mais cette matinée est prometteuse. Six mois après la bouleversante et fabuleuse Odyssée, Sonia Wieder-Atherton va donner naissance à sa nouvelle création Danses Nocturnes en duo avec Charlotte Rampling.

La salle pleine fait silence, plus de lumière, quelques bruissements de pas sur la scène, deux lignes lumineuses apparaissent comme pour entourer le vide, empêcher l’espace de tomber, les mots et les notes de se perdre sur le long chemin de la vie.

Un faisceau lumineux éclaire Charlotte Rampling, sous un ciel renversé la nuit devient lumière, elle saisit dès les premiers mots l’attention des spectateurs happés jusqu’au souffle final.

Debout son corps habite l’espace vide, les mots de Sylvia Plath résonnent brillants de poésie, brûlants de douleur, écorchés ils virevoltent, voyagent dans toute la salle.

La diction de Charlotte Rampling, son interprétation, son corps, rendent la langue anglaise sensuelle, charnelle, poétique comme si ses veines, son cerveau faisaient couler ces flots de mots jusqu’à sa bouche, une parole pensée, une pensée parlée brute, brutale, tranchante vision d’un monde habité par l’angoisse, la perte, le vide de l’enfance, le cloisonnement, la peur et la beauté de la vie.

Après un premier poème, dans un même souffle les notes de Britten éclairent ce monde poétique, Sonia Wieder-Atherton est elle aussi traversée par la vie, son corps donne chair au violoncelle, les notes résonnent, cheminent, dansent, apparition, disparition,mouvement archaïque des notes, violence enfouie, premier cri, tout est jaillissement pur, fragile, fort, debout, arcbouté, debout, solide jusqu’à la chute, mille couleurs éclatent à la seconde.

Charlotte respire, les notes sortent, Sonia glisse l’archet, les mots naissent, leur souffle est commun, la danse des mots et des notes éclairent la nuit comme des papillons aux ailes phosphorescentes. Tout est clair, tout est dévasté, tout est vide, tout est plein, la mort vit, la vie se meurt, Sonia Wieder-Atherton et Charlotte Rampling disparaissent pour ne laisser place qu’aux sons en mots, en notes en déchirures gorgées de vie.

Les surtitres accompagnent la danse en fond de scène, sur un rideau ils flottent et apparaissent comme frappés par la machine à écrire de Sylvia Plath, lisibles, limpides ils sont intégrés à la fabuleuse plastique du spectacle habillé d’une création lumière subtile.

 Souvent reprise par les féministes Sylvia Plath a une écriture puissante, sa vision du monde, la vie, la mort, la perte, le vide, l’oubli, les couleurs, les peurs la bousculent, la chahutent, elle tient debout, tombe, se relève, accepte, supporte, rit, retombe, se relève, fait de la mort un art, celui de la résurrection permanente.

Britten et Plath fusionnent avec éblouissement, un saisissement opère, Sonia Wieder- Atherton produit avec son violoncelle des sons quasi surnaturels, la ligne mélodique, l’accompagnement, elle est tout, le son explose dense, léger, lourd il est partout parfois quasi muet, souvent puissant comme si un orchestre pouvait sortir de ce corps assis, humain, démultiplié.

Les spectateurs de la Cité de La Musique happés ne respirent pas pendant les 1h20 de spectacle, soulevés, en transe, l’écoute est profonde, on pourrait entendre son propre cœur battre, celui de son voisin. Chacun décompose la poésie de sa vie, plonge dans les abysses de son passé, sa propre ruche intime cachée, rarement remuée par un spectacle. Le bonheur d’une seconde n’a pas de prix, comme l’art il est rare.

Sonia Wieder-Atherton entraine encore une fois très loin, son imaginaire, son travail acharné, accompagné par le talent phénoménal de Charlotte Rampling d’une présence rarissime ont touché l’infini, bouleversé les spectateurs les mains tendues vers elles dès la rupture, la dernière note, le dernier souffle comme un appel. Un spectacle d’une beauté rare métallique, poétique, musical, plastique à voir et revoir, vivre et revivre dans toute la France et on l’espère bientôt de nouveau à Paris.

 L’espace traversé est immense, le vide, le froid, l’oubli, les peurs, les couleurs, la séparation, l’humour, la force, l’espoir, les pertes…L’impossible arrive.

http://soniawiederatherton.com/

Visuel : (c) : Les visiteurs du soir.

Infos pratiques

Gagnez 2 places pour le concert de Jeremy Jay à l’Espace B le 11.09
Gagnez 5×2 places pour la pièce « Bon Appétit ! » à l’Etoile du Nord le 05.10
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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