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Rencontre avec Vittorio Forte, directeur artistique du Festival et la série Piano Intime à Montpellier

Rencontre avec Vittorio Forte, directeur artistique du Festival et la série Piano Intime à Montpellier

28 juillet 2020 | PAR Victoria Okada

Vittorio Forte, pianiste et directeur artistique de la saison « Piano Intime », a imaginé à l’issue du confinement un petit festival « Piano Intime ». Tous les soirs du 27 au 30 juillet, quatre concerts d’une heure se tiendront au Gazette Café, à deux pas de la Gare Saint-Roche et de la place de la Comédie.

Vous Organisez une série « piano intime » sur toute la saison mais avez dû adapter l’événement sous les conditions sanitaires actuelles. Vous avez ainsi créé un festival. Pourriez-vous raconter sur cette édition ?
Depuis le confinement puis le déconfinement, les activités culturelles à Montpellier ont été fortement réduites. Il n’y avait presque rien, et beaucoup d’entre nous étaient totalement bouleversés par une cascade d’annulations. Notre association Centre d’Activités Pianistiques et Artistiques (CAPA) a une collaboration avec une petite salle de concert située dans un café-cabaret, Gazette Café, tout près de la gare Saint-Roch. C’est un lieu de culture, avec une bibliothèque, un bar-restaurant bio, et organise plusieurs types de manifestations, par exemple une conférence tous les matins ou presque en temps normal et des animations le soir. Nous y présentons une série de concerts d’octobre à mars qui s’appelle « Piano Intime ». Lorsque tout a été annulé nous nous sommes dit très rapidement, de manière impulsive : « pourquoi ne pas essayer d’organiser un petit festival de piano ? » Nous avons souhaité que ce soit quelque chose de vraiment très intimiste, très conviviale, avec peu de places : une jauge de 60 places au lieu de 120 ou 130 habituellement.
C’est ainsi que nous avons décidé de donner quatre concerts de piano le plus simplement possible.

Quelle est la programmation de ce petit festival ?
Tous les quatre concerts sont à 20 h, du 27 au 30 juillet prochain. J’ouvre le bal le 27 juillet avec un programme autour de Bach et ses enfants, Carl Philip Emanuel et Johann Christian, ensuite Tristan Pfaff joue Kabalevski et Khatchatourian et des transcriptions. Puis Amandine Habbib donnera son programme de disques Couperin/Debussy. Le festival se termine avec Nima Sarkechik dans Chopin et Liszt.

Comment a réagi le public avant l’ouverture ?
La réservation a commencé à la mi-juillet et c’est assez timide, mais on sent une certaine motivation de la part des mélomanes. On voit que le public réagit. Beaucoup de gens m’ont appelé pour me demander si le concert était en plein air mais quand je répondais négativement, ils réfléchissaient beaucoup ou n’ont pas voulu acheter des places… Les gens restent très prudents. À nos concerts, le port de masque est obligatoire, bien sûr.

Avez-vous pensé à des concerts en plein air ?
C’est assez difficile pour obtenir les autorisations, d’autant que nous avons décidé d’organiser notre festival dans la première semaine de juillet. Nous avons été pris par le temps.
Nous l’avons décidé parce qu’il y a un public qui nous suit durant une saison, Notre série a très bien fonctionné l’année dernière et nous avons l’intention de relancer pour la saison prochaine à condition que la Covid nous laisse tranquille !
De toute façon, ce festival est un essai dans cette situation particulière. Nous nous sommes dit qu’il n’y en aura certainement pas un deuxième l’année prochaine. On peut dire que c’est un « festival spécial Covid » !

Saison Piano Intime

© Frédéric Barrès


Comment cela se passe pour la saison habituelle ?

La saison habituelle se déroule d’octobre à mars, un dimanche par mois. Il s’agit de récitals de piano. Si l’année dernière cela s’est très bien passé, nous avons toutefois été obligés d’annuler le dernier concert à cause du virus qui sera reporté à la rentrée.
Si tout se passe bien donc, nous allons entendre au cours de la saison prochaine Alessandro Deljavan, moi-même, Clément Lefebvre, Suzana Bartal, Véronique Bonnecase et Philippe Bianconi. Nous allons voir si nous pouvons ajouter un septième concert.
Le succès de cette série est dû grandement au lieu extrêmement convivial de Gazette Café. Le public est très proche du piano et peut même sentir la respiration de l’interprète. Il y a toujours une introduction commentée des œuvres jouées, soit par l’interprète, soit par moi-même.

Y a-t-il des saisons de concerts de piano à Montpellier ?
Je crois que notre « Piano intime » est la seule saison entièrement consacrée au piano. Il y a des concerts, mais ce sont des festivals et ils ne sont pas uniquement du piano, malgré le fait que Montpellier soit une ville très culturelle avec des musées, des salles de concert, un opéra etc. C’est pourquoi, avec notre association nous avons choisi de se spécialiser sur le piano,

Le Festival Radio France offre un nombre important de récitals de piano en été.
En effet. LE grand événement pianistique annuel reste le festival Radio France Occitanie Montpellier. Au-delà de ce festival on n’assistait qu’à quatre ou cinq concerts de piano en tout pour l’année. Ainsi, le public semble être à la recherche de retrouver le transfert de Radio France sur d’autres occasions et aux autres moments que l’été. Ce sont d’ailleurs des personnes fidèles au Festival Radio France qui viennent écouter nos pianistes. Notre public et également constitué de nombreux amateurs de piano.
Tout cela fait qu’ils sont tout ravis d’entendre régulièrement des récitals de piano et de partager un bon moment avec des artistes qui restent sur place après leurs récitals, pour échanger autour d’un verre.

La convivialité est-elle primordiale pour vous ?
Oui. L’échange entre l’artiste et le public est quelque chose auquel j’accorde beaucoup d’importance en tant que directeur artistique. C’est la raison pour laquelle je réinvite des artistes. Certains d’entre eux arrivent à créer avec le public cette convivialité, voire une connivence, et nos auditeurs sont toujours ravis de revoir les noms d’artistes qu’ils connaissent déjà. Je cherche avant tout à ce que les gens passent un bon moment sans prise de tête !

Intervenez-vous pour le programme de chaque pianiste ?
Non, je fais entièrement confiance aux artistes, qui proposent les œuvres qu’ils souhaitent jouer. Il y a certes parfois une petite contrainte au niveau de la durée d’œuvres, car nos concerts sont d’une heure sans entracte. Cela permet, aussi bien pour les artistes que pour le public, de plonger pendant une heure dans la musique de manière très concentrée.

Master classes mensuelles

master classe © C.A.P.A.


Vous organisez également des master classes.

C’est toujours avec la même association, Centre d’Activités Pianistiques et Artistiques (CAPA), que nous avons mis en place une série de master classes. Je donne une session de cours tous les mois dans des lieux différents. L’objectif pour moi — et c’est un objectif à long terme est un peu visionnaire si je puis m’exprimer ainsi — c’est d’avoir des cours fixes au rythme d’un week-end par mois avec cinq à huit élèves pour chaque session, Et j’aimerais beaucoup inviter deux ou trois grands artistes par an, qui donneront des cours gratuitement. Je sais que ce n’est pas évident et mais c’est un rêve auquel je tiens beaucoup et j’aimerais bien y arriver un jour.

Quels sont les types de vos élèves ? Des étudiants au conservatoire, des amateurs avertis ou encore des apprentis ?
Il y a de tout ! Des étudiants de conservatoire au cycle spécialisé, c’est-à-dire au niveau de diplôme du conservatoire régional ; il y a quelques étudiants qui viennent en perfectionnement ou pour rechercher des conseils avant leur prestation à des concours ou des auditions. Il y a également de nombreux professeurs de piano dans la région de Montpellier. Ils viennent nous questionner sur leurs méthodes, et aussi sur comment enseigner concrètement telles ou telles œuvres à leurs élèves, sur le plan technique et musical. Je rencontre aussi quelques amateurs bien préparés. Aujourd’hui, des pianistes amateurs sont parfois au même niveau que les professionnels. En France, en particulier, le niveau d’« amateurisme pianistique » est très élevé, voire exceptionnel. Ces pianistes amateurs ont fait des études sérieuses mais ont décidé, pour une raison à une autre, de ne pas exercer le métier d’interprète. Ils n’ont tout de même pas quitté leur passion et approfondissent des œuvres de leurs choix, sans pression ni contrainte d’un professionnel. Trouver ensemble des réponses à leurs exigences est une joie pour nous tous !

Informations et réservations festival, série de concerts et master classes sont ici
Vittorio Forte sera en concert à La Roque d’Anthéron le 12 août à 10h et à la Salle Cortot à Paris le 18 novembre à 20h30.

photos © Pollack ; Frédéric Barrès ; C.A.P.A.

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