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Raphaël Sévère, David Petrlik et Théo Fouchenneret offrent un voyange virtuose dans les couleurs du XXe siècle au Festival Européen Jeunes talents

Raphaël Sévère, David Petrlik et Théo Fouchenneret offrent un voyange virtuose dans les couleurs du XXe siècle au Festival Européen Jeunes talents

24 juillet 2014 | PAR Yaël Hirsch

Alors que le Festival Européen Jeunes talents dure encore jusqu’à la fin de la semaine dans la cour hors du temps de l’Hôtel de Soubise (Paris 4ème), hier soir c’était avec beaucoup de générosité et une maestria époustouflante que le clarinettiste Raphaël Sévère, le violoniste David Petrlik et le pianiste Théo Fouchenneret nous ont  fait traverser un XXème siècle haut en couleur: de l’inventivité de Stravinsky à la sobriété de pièces solo de Boulez en passant pas la fougue néo-romantique de Berg et le folklore virtuose de Bartok. Un voyage magnifique.

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Dans la cour  métaphysique de l’Hotel de Soubise, qui nous est présentée avec son histoire en introduction, et contient encore une partie des archives de la France, le festival européen jeunes talents a dressé des chaises et une scène, léchée par les derniers rayons d’un soleil festival. Le calme est très fort et c’est avec autant de détermination que de sérénité que le leader du trio, Raphaël Sévère, virtuose de la clarinette reconnu depuis ses douze ans, annonce un programme légèrement modifié : il n’y aura pas de création de Sylvain Picart, les partitions ne sont pas arrivées à temps aux interprètes. A la place, ils joueront Domaine de Pierre Boulez.

Le trio commence son tour guidé du XXème siècle par la suite adaptée du mélodrame d’Igor Stravinsky L’histoire du soldat (1919). Le morceau est de choix à l’heure actuelle et pour trois jeunes européens, puisqu’un jeune soldat des années 1910 y vend son âme au Diable… On retrouve certaines couleurs du Sacre du printemps dans cette suite en 5 temps. Et surtout on embrasse une diversité de couleurs assez étonnante, que les trois musiciens mettent parfaitement en lumière. De l’ordre de marche initiale au foisonnement de la Danse du diable finale en passant notamment par le quatrième mouvement qui mêle tango, valse et ragtime dans un pèle-mêle d’une modernité bluffante, les trois musiciens escaladent la partition avec une concentration et une émotion communicatives.

Après ce déferlement de couleurs placées sous le signe de la Guerre,la clarinette solo du très impressionnant Raphaël Sévère nous « enveloppe » littéralement dans la chaleur dense de Domaines (1967) de Pierre Boulez : Une demi-douzaine de pupitres sont placés tout autour du public et le clarinettiste commence derrière les chaises, à droite, avant de faire le tour de la cour, changeant de position pour chaque séquence Entièrement plongé dans cette promenade musicale qui tient à la fois du bœuf et de la méditation, le soliste semble se répondre à lui-même, comme en miroir et plonge le public dans une hypnose un peu magique. Magnifique!

Les trois complices surprennent le public réglé sur un mode minimal et méditatif en entrant tout de suite et avec une fougue assumée dans le Kammerkonzert de Alban Berg (1925). Le clavier de Theo Fouchenneret alterne souplesse et coups de coeur et suit les envolées de la partition, tandis que le violon de David Petrlik monte en puissance pour parfois presque faire grincer la passion. Toujours à la direction majestueuse et virtuose du trio, la clarinette de Raphael Sévère impressionne de rondeur et de virtuosité. On en a la chair de poule!

La pluie s’est invitée dans la cour des Archives Nationales et l’entracte est le moment d’organiser un repli vers une salle fermée : le CARAN.

David Petrlik commence par une autre pièce de Boulez. Entrant dans l’Anthème pour violon seul avec un coup de fouet d’énergie vivifiant, il nous plonge immédiatement au cœur de cette architecture symbolique aux couleurs d’estampe métaphysique, où pizzicatti, trilles et notes étirées se font écho pour nous mener vers un autre continent. A la fois mathématique et très expressif, le violoniste offre beaucoup d’émotion dans une pièce qui pourrait sembler surtout et avant tout cérébrale.

Et le trio conclut par un morceau plus facile d’accès pour le public, mais qui n’en demeure pas moins très virtuose pour les interprètes : les Contrastes (1938) de Bela Bartok, d’inspiration folklorique et pleine de surprises et de changements de rythmes. Les instruments se doublent et se saisissent en cours de route, dans cette valse à trois temps que les jeunes musiciens dansent à trois. La clarinette mène tandis que le violon s’envole pour discrètement dominer le final. La danse vive de la fin est une révélation.

Aussi généreux que brillants, Raphaël Sévère David Petrlik et Théo Fouchenneret donnent deux bis extraits du Stravinsky : un pour le plaisir et un dernier parce que le vent avait emporté une partition et causé un peu de déconcentration. Tout est juste et parfait, riche de mesure et d’émotion sans mesure, dans l’exécution d’un programme à la fois très cohérent, très exigeant et qui reflète de nombreuses couleurs d’un XXème siècle arc-en-ciel.

Ne manquez pas ce soir le pianiste Lorenzo Soulès qui propose un programme également très XXèmiste et très « authentique »,toujours dans le cadre du Festival Européen Jeunes talents.

affiche : (c) Cécilia Génard

visuels : photos (c) yael hirsch et portraits officiels des musiciens

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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