Classique

Le Festival Messiaen, d’une église l’autre

27 juillet 2021 | PAR Gilles Charlassier

Après une journée d’ouverture, à la maison Messiaen, marquée par la création du conte musical de David Jisse, La plus précieuse des marchandises, le festival retrouve ses quartiers à La Grave, au pied du massif de la Meije, avec une soirée consacrée au Quatuor pour la fin du temps.

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Si la journée à la maison Messiaen a été marquée par la remarquable création La plus précieuse des marchandises, elle n’en a pas pour autant oublié le format plus classique du concert, avec une carte blanche à Michel Béroff répartie en deux programmes dans l’église de Saint-Théoffrey. Dans le prolongement de celui du matin, où Tristan Murail voisine avec Debussy et Messiaen, le récital de l’après-midi s’articule également autour de ces deux géants de la musique du vingtième siècle. C’est cependant avec un cycle de Janacek, Dans les brumes, que s’ouvre le second voyage proposé par le pianiste français. Au fil des quatre mouvements du recueil, les modulations du discours sont ciselées sans jamais sacrifier la texture sonore. Les trois numéros de la deuxième série des Images de Debussy – Cloches à travers les feuilles ; Et la lune descend sur le temple qui fut ; Poissons d’or – prolongent ce sens de la suggestion sonore ainsi que le soin porté au dessin et à l’articulation de la ligne. La souplesse de ce jeu, comme les indications distillées par le soliste pour éclairer les choix de son spicilège, rendent pleinement justice aux miniatures des Piano figures de Benjamin, comme de Rain tree sketch II que Takemitsu a écrit à la mémoire d’Olivier Messiaen, dont les Petites esquisses d’oiseaux referment le concert sur un condensé d’ornithologie aux accents aussi précis qu’évocateurs.

Le lendemain c’est dans l’église de La Grave, épicentre habituel du Festival Messiaen, que le Trio Messiaen et Raphaël Sévère livrent leur lecture du Quatuor pour la fin du Temps, œuvre des années de stalag de Messiaen qui fait écho au conte musical de David Jisse, La plus précieuse des marchandises, donné la veille dans le jardin de la Maison Messiaen, dans une sorte de double ouverture à la thématique choisie par Bruno Messina pour cette édition 2021, De la nature du temps. En prélude à l’opus de Messiaen, les solistes proposent les Court studies from The tempest, que Thomas Adès a tiré de son opéra inspiré par la pièce de Shakespeare. Associées plus ou moins par paires, les six vignettes jouent de contrastes qui résument habilement des atmosphères théâtrales.

La douceur du premier mouvement du Quatuor pour la fin du temps, Liturgie de cristal, révèle d’emblée la finesse de la lecture des quatre jeunes musiciens, qui se confirme dans l’homogénéité de la Vocalise. Dans l’Abîme des oiseaux, Raphaël Sévère ne se laisse pas impressionner par l’exigence technique, et maintient un tout au long de ce monologue virtuose un chant velouté et volubile, qui restitue avec naturel et simplicité l’inspiration mystique de la page. Le caractère de scherzo de l’Intermède résonne avec une fluidité héritée d’une certaine école française parfaitement maîtrisée par le violon, le violoncelle et la clarinette. Sur l’accompagnement du piano de Philippe Hattat, l’éthérée Louange à l’Eternité de Jésus met en valeur  les ondoiements de l’expressivité du violoncelle de Volodia van Keulen, qui façonne admirablement toutes les facettes de la ferveur eschatologique de ce chant de dévotion. Après la vigueur calibrée et habitée de la Danse de la fureur et le Fouillis d’arcs-en-ciel, la Louange à l’Immortalité de Jésus laisse la place au solo frémissant du violon de David Petrlik qui s’évanouit dans des limbes stellaires, dans un recueillement qui n’attend pas le nombre des années. Une ouverture aussi magnifique que riche de symboles pour une édition qui aura pour compositeurs invités Philippe Manoury et Michel Fano. A La Grave, la musique contemporaine a un parfum d’atemporalité.

Gilles Charlassier

Festival Messiaen au pays de la Meije, Saint-Théoffrey et La Grave, concerts des 23 et 24 juillet 2021

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Gilles Charlassier

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