Cinema
[Cannes 2021, Un certain regard] Mes frères et moi, drame puissant et magnifiquement joué

[Cannes 2021, Un certain regard] Mes frères et moi, drame puissant et magnifiquement joué

27 juillet 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Avec ce film aux interprètes splendides (Maël Rouin Berrandou, Judith Chemla, Sofian Khammes…), Yohan Manca transpose la pièce d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, en en tirant la force dramatique tout autant que les géniales micro-histoires sociales, rendues ici superbement cinématographiques.

C’est le début de l’été, dans une ville au bord de la mer. Entre la plage et quelques travaux qu’il a à faire à titre de punition pour son comportement, le tout jeune Nour voit ses trois grands frères un peu paralysés par leur manque d’horizon. Tous trois trouvent leur argent là où ils peuvent, et parfois dans de la petite délinquance. En essayant de ne pas oublier leur mère, alitée chez eux, recevant des soins mais ne produisant plus ni geste ni parole.

Nour, lui, est de plus en plus fasciné par l’art lyrique, et exerce sa voix. Un après-midi, en repeignant un mur, il perçoit l’écho d’un cours de chant dans l’école où ont lieu les travaux. Lui trouvant du talent, la professeure l’accepte comme élève.

Adaptant la pièce Pourquoi mes frères et moi on est parti… d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, parue en 2006 et beaucoup mise en scène depuis, ce film réussit à ménager, à l’écran, autant de place aux micro-histoires à arrière-plan social qui la composent qu’à la force dramatique de son récit. Imaginant par exemple un long passage à partir des scènes de la pièce où Mo, l’un des grands frères, « travaille » au bord d’une piscine, le réalisateur Yohan Manca en tire une grande séquence, cocasse et un peu dramatique à la fois, génialement servie par Sofian Khammes et son naturel à toute épreuve. L’état de santé de la mère, évoqué à bien des reprises, d’une manière qui devient lancinante, plane par ailleurs sur les petits événements qui constituent ce récit. Il se révèle très bien figuré, notamment via les projets du reste de sa famille, désirant la mettre à l’hôpital.

Judith Chemla, interprète de la professeure de chant – et ici toujours aussi magnifique et intense – et son jeune partenaire au splendide naturel, Maël Rouin Berrandou, offrent un beau fil conducteur à l’intrigue. Ils s’apprivoisent en des scènes filmées avec justesse, où la réalisation adopte l’angle parfait pour cadrer les lieux exigus où se passe cette histoire, et les rendre à la fois évocateurs, réalistes et universels. A d’autres moments, le relais est pris par Dali Benssalah, magnifiquement hanté dans le rôle du frère aîné pas forcément tendre au premier abord, et Moncef Farfar – qui joue le plus délinquant des quatre et apparaît écorché et très juste – qui offrent des scènes où plane la disparition de la mère, menaçante, et l’avenir sombre. Et le film apparaît au final tissé avec beaucoup de cohérence, faisant coexister harmonieusement bien des impressions et des émotions.

Mes frères et moi est présenté au Festival de Cannes 2021 au sein d’Un certain regard. Il sortira dans les salles de cinéma françaises le 5 janvier 2022, distribué par Ad Vitam.

Retrouvez tous nos articles sur les films du Festival dans notre dossier Cannes 2021.

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Visuels : © David Koskas – Single Man Productions

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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