Fictions
Philip Caputo : La lune du chasseur

Philip Caputo : La lune du chasseur

27 juillet 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

La lune du chasseur est la première pleine lune du mois d’Octobre. C’est la saison de la chasse, une tradition identitaire dans le Nord du Michigan. Philip Caputo décrit la beauté de la nature dans cette région des Etats Unis mais aussi le désarroi de ses habitants.

Une nature grandiose

Le Nord du Michigan, près du lac supérieur. Les lacs, les forêts la faune : la nature est immense, grandiose, sauvage. Will Treadwell, un vétéran de la guerre du Vietnam, y est propriétaire d’un pub et sert de guide aux chasseurs. La chasse est pour ces hommes une « sorte de congé du chagrin ». Mais la nature n’apaise pas toujours leurs tourments. Tom et Paul partent une semaine chasser la grouse avec leur ami d’enfance Bill. Mais Bill ne va pas bien, assailli par son endettement, son alcoolisme, sa dépression. Jeff emmène son père Hal à la chasse au cerf. Hal est un veuf inconsolable et les relations entre le père et le fils sont difficiles, compliquées par un secret de famille. Will Treadwell doit interrompre la chasse à l’ours avec deux policiers du fait de la violence meurtrière de Lonny son ancien employé. Une fois à la retraite, Will lutte «pour garder une avance sur les idées noires». Il retrouvera un peu de paix dans l’harmonie avec la nature. Il pourra alors évoquer ses souvenirs de vétéran au bord du lac, au coucher du soleil, ou écouter les anciens combattants, pour qu’ils puissent retrouver leur « ligne de départ »

Une crise existentielle

Philip Caputo est un journaliste et écrivain américain âgé maintenant de 80 ans. Il a combattu pendant trois ans au Vietnam et devint célèbre grâce au livre consacré à ses mémoires « Rumeurs de guerre ». Il a reçut le prix Pulitzer en 1973.
« La lune du Chasseur » est d’abord un hymne à la nature. Dans le Michigan et encore plus en Alaska, la nature est intacte, magnifique. Elle est rude, dangereuse comme l’illustrent les hurlements des loups la nuit ou les rencontres impromptues avec les ours. L’auteur accroche très vite le lecteur grâce à des personnages hauts en couleur et par l’ambiance qui se dégage du roman. La chasse est constitutive de leur identité pour ses hommes qui se vivent un peu comme « les derniers des Mohicans », comme si une altération majeure de l’ordre du monde allait survenir. Ils sont fragiles, violents, en souffrance, d’autant que la crise économique (des sub-primes) se surajoute à la crise existentielle. Beaucoup sont des vétérans de la guerre du Vietnam ou des guerres du Golf et d’Afghanistan, tourmentés par des souvenirs traumatisants. Philip Caputo aborde donc le malaise de la masculinité, celui des régions rurales américaines et les souffrances des anciens combattants.
Ce roman permet au lecteur de s’immerger dans une nature puissante, souveraine qui contraste avec les difficultés existentielles des habitants. C’est un récit âpre et tendre, un récit captivant et instructif.

Philip Caputo, La lune du Chasseur, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau, Editions le cherche midi, 334 pages, 22 euros, sortie le 06 05 2021.

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Jean-Marie Chamouard

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