Musique

L’Histoire du Soldat : quand la musique de Stravinsky tire les fils d’un pacte faustien

20 juin 2012 | PAR Yaël Hirsch

A l’affiche de théâtre de l’Athénée jusqu’au 22 juin, « L’histoire du soldat » est une pièce « lue, jouée et dansée » qui s’inspire de l’ancienne tradition du théâtre ambulant des tréteaux de village et qui pourtant innove et fait figure d’ovni musical aux influences mêlées. Sur un texte de l’auteur suisse Ramuz, Stravinsky livre une fable bouleversante sur le retour du poilu. La mise en scène onirique de Jean-Christophe Saïs fait la part belle à la musique et à la danse.

Le soldat russe Joseph (Mathieu Jeunet, brillant saltimbanque) revient au pays après être monté au front. En chemin, il croise le Diable (Laurent Cuniot formidable dans le double rôle de chef d’orchestre et de tentateur) qui lui propose un pacte faustien : un livre qui lui donnera accès à la richesse contre son instrument de musique. Pour racheter son âme et guérir la belle princesse (Raphaëlle Delaunay, une apparition!), Joseph devra tout perdre aux cartes et jouer pour tirer son Eurydice de chez les morts. Faust se transforme peu à peu en Orphée, et il ne lui faut absolument pas (se) retourner chez lui, s’il veut sauver la princesse.

« Il n’y a pas à comprendre : il n’y a qu’à se laisser faire » disait Ramuz de cette pièce inclassable créée en Suisse en septembre 1918. Mêlant pastiche baroque à la Pulcinella et franc ragtime dans la musique, cette reprise d’un conte traditionnel russe dans le texte en français du très helvète et très attachant Ramuz évoque sur le mode de la fable la grande rupture qu’a été la Première Guerre mondiale. Respectant les visages multiples de l’œuvre (danse, musique, texte parlé), Jean-Christophe Saïs met les 7 musiciens imaginés par Stravinsky à contribution dans sa mise en scène. Si bien que sous la baguette d’un Laurent Cuniot parfaitement diabolique, clarinette, violent et contrebasse semblent diriger le jeune soldat perché en funambule sur le fil du rasoir pendant la première moitié du spectacle. véritable morceau de bravoure, le réveil dansé de la princesse (interprétée par la merveilleuse danseuse et chorégraphe Raphaëlle Delaunay) est à la fois un exercice de contorsion et un jeté de voiles rouges à la Loïe Fuller qui fait définitivement passer le public du côté de la poésie et de la grâce. Un spectacle vraiment précieux, et à recommander autant aux mélomanes, qu’aux amateurs de danse ou aux enfants.

« L’Histoire du Soldat », conte musical d’Igor Stravinski, texte : Charles-Ferdinand Ramuz, direction musicale : Laurent Cuniot, mise en scène : Jean-Christophe Saïs, avec : Ensemble TM+, avec : Laurent Cuniot, Raphaëlle Delaunay, Mathieu Genet, Serge Tranvouez, scénographie : Jean-Christophe Saïs, collaboration artistique : Jérôme Ragon, lumières : Jean Tartaroli, scénographie : Jean Tartaroli,costumes : Bruno Fatalot, maquillages : Élisa Provin, durée du spectacle 1h.

© Enrico Bartolucci

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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