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Rainy days à Luxembourg, au carrefour de la création musicale

Rainy days à Luxembourg, au carrefour de la création musicale

03 décembre 2019 | PAR Gilles Charlassier

Après une journée de déambulations musicales, le festival Rainy days se referme, dans la grande salle de la Philharmonie de Luxembourg, avec un concert du Klangforum Wien associé à des créations de cinéma d’animation.

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Les ressources de la Philharmonie de Luxembourg, dessinée par Christian de Portzamparc, permettent au festival Rainy days d’offrir un autre visage à la création musicale que celui de l’austérité qui serait réservée à une élite. La diversité des concerts et des formats qui investissent l’ensemble des espaces de l’édifice pendant la journée du dimanche de clôture illustre cette volonté de la directrice artistique, Lydia Rilling, d’ouvrir les portes de la musique contemporaine à un public plus large que celui des spécialistes. Si l’édition 2019, intitulée « Less is more » est placée sous le signe de la sobriété et du minimalisme, elle ne s’interdit pas les croisements entre les formes artistiques, au carrefour du sonore et du visuel. Le concert donné par le Klangforum Wien, qui referme ces festivités sonores, en témoigne, avec onze films d’animation réalisés en symbiose avec des compositeurs.

Le spectre esthétique des pièces révèlent une indéniable diversité, autant que des équilibres contrastés entre la partition et l’image. Certaines glissent leurs engagements dans une certaine économie aux confins d’un schématisme abstrait, en un geste qui rappelle les avant-gardes des années vingt ou le minimalisme narratif d’un Paul Klee – c’est un trait de caractère que partagent la plupart des cinq vignettes de la première partie. D’autres appuient plus directement leur message, à l’exemple de Happiness machine d’Ana Nedeljkovi? et Hanna Hartman, qui donne son nom à l’ensemble du programme. Avec des figurines en pâte à modeler, une parodie de jeu vidéo dénonce l’encouragement productiviste de notre société, mue par l’avidité du profit, qui, loin d’atteindre le bonheur, nous en éloigne, en ruinant au passage notre écosystème, égratignant par ailleurs le monde du travail d’aujourd’hui, avec les maladies et souffrances dont il se fait l’engrais. Cette implication dans la réalité sociale s’exprime également dans une réappropriation du naturalisme et de l’Histoire dans Bloomers de Samantha Moore et Malin Bång, ou dans Suggestion of least resistance de Michelle Kranot et Iris ter Schiphorst, évoquant la Révolte de juillet 1927 à Vienne avec une remarquable virtuosité de moyens, où la reconstitution de la documentation façonne un écho avec notre temps. A la manière d’un générique, Sole de Rebecca Saunders accompagne la table des matières cinématographique qui referme le projet, d’une belle cohérence.

Au sortir de cette séance, le public est invité à un Bal contemporain à l’Espace découverte, animé par les régisseurs et techniciens du Klangforum Wien. Autour d’une soupe et d’un verre de vin, c’est à l’enseigne de la convivialité que se conclut ce bouillon de création qu’est le festival Rainy days.

Gilles Charlassier

Festival Rainy days, Philharmonie, Luxembourg, concert de clôture, 1er décembre 2019

©Sébastien Grébille

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Gilles Charlassier

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