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Les déambulations de la musique contemporaine à Rainy days à Luxembourg

Les déambulations de la musique contemporaine à Rainy days à Luxembourg

03 décembre 2019 | PAR Gilles Charlassier

Le week-end de clôture du festival Rainy days propose une déambulation dans la création musicale contemporaine qui investit tous les espaces de la Philharmonie de Luxembourg.

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Dessinée par Christian de Portzamparc – l’architecte de la Cité de la musique à Paris – aux portes du centre ville de Luxembourg, dans le quartier européen, la Philharmonie de la capitale du Grand-duché, accueille, au cœur d’une saison généreuse, un festival de musique contemporaine. A l’heure de la grisaille de la fin de l’automne, Rainy days tire parti de la diversité des espaces du bâtiment pour défendre les couleurs de la création. Placée sous le signe du minimalisme et de la sobriété, l’édition 2019, intitulée « Less is more », cherche à défendre la fécondité artistique d’un slogan aux évidentes consonances politiques à l’heure de l’urgence écologique.

Notre parcours du week-end de clôture part de la Salle de musique de chambre, où, en première partie de soirée du samedi, le Quatuor Mivos fait remonter la décantation de l’inspiration jusqu’à Webern, et ses Six bagatelles opus 9, ciselées dans une ouate tutoyant le silence, après, en ouverture de concert, On repetition and reappearences de Franzson. Commande de la Philharmonie luxembourgeoise, Doll time se distingue par un sens certain de l’efficacité performative, incluant des interjections verbales des solistes, qui contraste avec l’économie extatique de Three pieces for string quartet de Feldman. Quant au Troisième Quatuor de Mincek, il développe à partir d’un matériau condensé une belle densité de pâte sonore, malaxant des harmoniques compacts avec un appréciable sens de la consistance formelle. En soirée, Night shift propose dans l’Espace découverte un voyage sonore et visuel aux confins de l’inertie hypnotique. Imaginé par Phill Niblock, le concept superpose des cellules musicales répétitives, presque toujours réduites à une seule note, sur une juxtaposition de deux boucles cinématographiques, The movement of people working, en Chine et au Japon. Au gré des variations d’effectif – saxophones, guitare et violoncelle –, le continuum de trois heures, où le public peut aller et venir à sa guise, fait de l’installation multimédia une plongée brute dans le grain de la matière sonore et visuelle, aux allures d’expérience-limite.

Tandis que les flocons saupoudrent par intermittence la cité grand-ducale, l’ensemble de la Philharmonie invitent, tout au long de la journée du dimanche, dernier jour du festival, à une mosaïque déambulatoire de concerts, du Foyer jusqu’à la Salle de musique de chambre, en passant par les Salles de répétition. Si à l’heure du déjeuner résonnent dans le Foyer les échos des percussions de Guy Frisch et Silver Streetcar, le Quatuor Mivos investit à deux reprises la Salle de musique de chambre, avec, en regard du Quatrième Quatuor de Gubaïdulina donné en matinée, Disappearances de Lucier et Corde vocale de Lara en début d’après-midi. A l’Espace découverte, Hanna Hartman fait des expériences de lutherie iconoclaste à partir d’éléments que le quotidien utilise différemment, tandis qu’un peu plus tard, Xenia Pestova Bennett donne le second récital de toy pianos de la journée, donnant une tribune à l’émouvante fragilité ludique d’instruments miniatures que relaient les partitions de Bennett, Finnissy, Dexa et Zisso, autour de l’incontournable Suite for toy piano de Cage. En Salle des répétitions, les mélomanes sont invités à découvrir les résultats de l’atelier de composition avec des enfants, certaines pages étant jouées par les musiciens en herbe eux-mêmes : un intéressant avatar de pédagogie créative, au-delà de la valeur relative des pièces. Le parcours s’achève avec le concert de Percussion under construction dans la Salle de musique de chambre, passablement tourné vers le continent américain, entre Ionisation de Varèse, la fascinante Music for pieces of wood de Reich et l’éther des rythmes scintillants de Music for carillon n°2 de Cage – Emmanuel Séjourné referme le programme avec Vous avez du feu ?, une saisissante composition pour briquets, transformant en souffle musical une polyphonie de presque-rien ordinaire. Un voyage en quasi apesanteur.

Gilles Charlassier

Festival Rainy days, Philharmonie, Luxembourg, concerts des 30 novembre et 1er décembre 2019

©Alfonso Salgueiro

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Rainy days à Luxembourg, au carrefour de la création musicale
Gilles Charlassier

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