Classique

Quinzaine de la musique classique à Paris – Mars 2019

Quinzaine de la musique classique à Paris – Mars 2019

01 avril 2019 | PAR Victoria Okada

Les soirées musicales sont trop riches à Paris et on a parfois du mal à gérer les émotions procurées par les concerts. Mais voilà un petit bilan de la dernière quinzaine du mois de mars qui fera un petit bonheur de tous !

Le Retour d’Ulysse au Studio Marigny, 15 au 17 mars

Pour son deuxième week-end de sa série « opérettes bouffes », le Palazzetto Bru Zane fait revenir Ulysse sur la petite et sympathique scène du Studio Marigny. Hervé, « le compositeur toqué » (surnom qu’on lui a attribué avec le succès de l’opérette portant ce titre, précédemment présentée sur la même scène) transforme le héro de la mythologie grecque en un mari cocu dans une opérette-vaudeville parsemée de jeux de mots drôles et de blagues faciles mais joyeuses. La mise en scène de Constance Larrieu place l’histoire sur une plage, dans un décor léger aux couleurs vives (cabine de plage, parasol, boué en forme de coquille de Vénus…). Pénélope (Marion Grange, soprano) en maillot de bain doré, est courtisée avec insistance par le maître nageur Coqsigru (Pierre Derhet, ténor) qui va jusqu’à lui présenter un faux document attestant le décès de son mari ; quant à l’« esclave » Albinus (Didier Giraldon, comédien), il peine à remplir sa tâche de surveiller la vertu de Pénélope. Pour son retour après 20 ans d’absence, Ulysse se déguise en majordome pour observer les comportements de sa femme lors de son premier repas avec Coqsigru.

Pour cette (presque) première reprise depuis 1862-1863, les interprètes jouent à fond leurs rôles, coquettes et cocasses, à travers leurs chants réjouissants dans une diction claire, ce qui est essentiel dans ce genre de répertoire mais dont la maîtrise est difficile. La participation chantante de Didier Giraldon et du pianiste Frédéric Rubay rajoute une pépite amusante qui complète le plaisir des spectateurs.

Prochaines « Opérettes bouffes de Bru Zane » : On demande une femme de chambre de Robert Planquette et Chanteuse par amour de Paul Henrion, du 17 au 19 mai.

Festival international Chopin à La Scala Paris, 20-23 mars

La Scala Paris a présenté son premier festival de piano, le Festival international Chopin, conçu par Rodolphe Bruneau-Boulmier, du 20 au 23 mars. Il a lieu à l’heure de l’apéritif, à 18 h 30, pour une formule courte d’une heure à des prix abordables de 7 à 15 € le concert. Le programme de chaque récital, présenté par un(e) jeune musicien (ne) en vue, est construit autour de Chopin. Ainsi, nous avons entendu non seulement des œuvres du compositeur franco-polonais, mais aussi de ceux qui avaient avec lui un lien étroit direct ou indirect.

Tanguy de Williencourt (29 ans, France) et Joseph Moog (30 ans, Allemagne) ont ainsi joué Mozart, Chopin et Liszt, Ismaël Margain (26 ans, France) a proposé des Impromptus de Chopin et de Fauré, alors que Leonardo Pierdomenico (25 ans, Italie) a consacré sa soirée entière à Chopin. Si Tanguy de Williencourt excelle dans l’aspect symphonique de Liszt, Joseph Moog se distingue par une virtuosité fulgurante et une grande originalité (pédales sèches, voix secondaires mises en relief, arrangements lisztiens époustouflants…) et par la maîtrise du discours. Leonardo Pierdomenico montre, quant à lui, une originalité dans la notion du temps qu’il déploie dans des rubatos et des pauses bien personnels.
La Scala Paris organise le Festival Intégrale en coproduction avec l’IRCAM (les Sonates de Scriabine au miroir des œuvres pour piano et électronique de compositeurs vivants) les 5 et 6 avril prochain.

Nuit du Rossignol au Musée de la Musique, 21 mars

© Lili Rose

Le Musée de la Musique – La Philharmonie de Paris a créé un nouvel événement pour fêter l’arrivée du printemps : Nuit du Rossignol. Une adaptation de la Nuit Blanche et de la Nuit des musées, la soirée du 21 mars est déployée, de 19 heures à minuit, sous le thème des oiseaux, jalonnée de concerts, chorégraphies et animations à chaque espace du Musée. Chacun trouve un spectacle à son goût : performance avec appeaux d’oiseaux (que le visiteur peut également essayer à sa guise) dans l’espace XVIIe siècle, concerts baroques et danses par des élèves du Conservatoire de Paris, dans l’epace XVIIIe, mini-concert piano / poésie / chants d’oiseaux par la pianiste Shani Diluka et les Chanteurs d’oiseaux (Jean Boucault et Johnny Rasse) dans l’espace XIXe, création électronique sur l’imaginaire des oiseaux par Molécule dans l’espace Musique du monde. À la rue musicale (entrée de la Cité de la musique), des stands d’animations et d’ateliers accueillent les visiteurs : vente d’automates et de boîtes à musique d’oiseaux, présentation de la formation au métier de plumassier(e) s et démonstration par des élèves du lycée professionnel Octave Feuillet, atelier de mixage à partir de chants d’oiseaux, origami d’oiseaux, sensibilisation par la Ligue pour la protection des oiseaux… Des alcools cuicui et des friandises artisanales et boules de riz à la japonaise aux formes d’oiseaux des bars éphémères apaisent la soif et remplissent l’estomac. La deuxième édition est programmée pour la saison 2019-2020.

Concert de la Galerie dorée de la Banque de France, 22 mars

Galerie Dorée © Banque de France

La Galerie dorée de la Banque de France, située au cœur de Paris, est un lieu de concerts privés et confidentiels. En, 1635, le marquis de La Vrillière, secrétaire d’État, fit bâtir par François Mansart, dans le prolongement de son hôtel, une galerie longue de 40 mètres et haute de 8. Elle passa par les mains du comte de Toulouse (fils de Louis XIV et de Madame de Montespan) et de son fils le duc de Penthièvre, avant que la Banque de France, fondée par Bonaparte, acquière l’hôtel en 1808. Les décorations richement dorées de la galerie sous thèmes de la chasse et de la mer, en hommage au comte de Toulouse, Grand Amiral de France et Grand Veneur, valurent le nom de Galerie dorée. Après une restauration en 2014-2015, la Galerie retrouve sa vocation initiale de lieu de réception et de concerts.
Le 22 mars, l’Ensemble Les Surprises, dirigé au clavecin par Louis-Noël Bestion de Camboulas, a donné un « Concert Royal », un programme à cinq parties qui rassemble différents airs et pièces instrumentales de Lully, Campra, Rameai, Boismortier, Destouches, Francœur, ou encore de Lambert et Montéclair, les compositeurs qui vécurent au temps de la construction de la Galerie. Suivant le modèle de la tragédie lyrique, le programme est constitué de cinq parties, dont chacune est dédiée à un thème associé à un caractère (tragédie lyrique, airs et spectacles à la cour, Cantate intime pour le régent, Airs à boire et airs sérieux, Rameau, opéra en majesté). La soprano Eugénie Lefèvre et le baryton Etienne Bazola s’expriment de manière tantôt vigoureuse tantôt tendre, en déployant efficacement leurs voix en prenant compte de la longueur du lieu.

Brahms et Prokofiev par Elsa Grether et David Lively au Goethe Institute, 26 mars

En avant-premier du disque Prokofiev qu’ont enregistré ensemble chez Fuga Libera, la violoniste Elsa Grether et le pianiste David Lively ont donné un récital à Goethe Institute à Paris avec des extraits du CD. Au Programme : le Scherzo de la Sonate F.A.E. de Brahms, les Sonates n° 1 et 2 de Prokofiev. Dans cette salle dont le plafond est très bas pour laisser l’instrument respirer, le piano Blüthner avec le couvercle grand ouvert est bien sonore sans toutefois avaler complètement le son du violon. Le jeu de David Lively, dynamique et rythmique (on se souvient de son dernier disque Gershwin), réalise une association inattendue et intéressante avec le violon d’Elsa Grether, dynamique aussi mais dont le son évoque plutôt un violon d’époque, d’autant que son diapason est très légèrement plus bas (du moins tel était notre ressenti). La violoniste déploie une énergie admirable dans la musique de Prokofiev et entraine l’auditoire dans la première Sonate sombre qui n’est pas aussi « facile » que la 2e qui, elle, mélodieuse et gaie, jouit d’une certaine popularité. En bis, la célèbre « Marche » de l’opéra Amour des trois oranges, efficacement transcrite. Ici aussi, le rythme marquant du piano se conjugue avec bonheur la vitalité du violon interprété avec certaine sauvagerie.

Evènement « INVADER » : The Ground Control has been invaded !
Palmarès du 27e Concours international de piano d’Epinal
Victoria Okada

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