Classique
Mariss Jansons à la découverte de la jeune Philharmonie de Paris

Mariss Jansons à la découverte de la jeune Philharmonie de Paris

22 février 2015 | PAR Bérénice Clerc

Mariss Jansons venait fouler les pavés parisiens et la scène de la jeune Philharmonie pour la première fois sur la route de sa dernière tournée avec le Concertgebouw d’Amsterdam. La suite pour orchestre le Bourgeois gentilhomme op. 60 de Richard Strauss et la Symphonie n° 4 en sol majeur de Gustav Mahler étaient au programme du concert du 20 février pour le bonheur des spectateurs en nombre.

La Philharmonie de Paris aux promesses si grandes peine à montrer toute sa beauté. Béton, moquette de mauvaise qualité, la pluie s’infiltre sur les sols extérieurs et les escalators, fils suspendus en tous genres, plafonds bas, manque d’espace entre les sièges. Les reflets, jeux de miroirs, lumières et l’acoustique précise et grandiose peuvent faire oublier toutes ces malfaçons pour plonger dans la musique avec délice.

La salle est pleine, billets réservés depuis longtemps, achats de dernières minutes, diverses populations se mélangent de haut en bas. Le concert commence, l’orchestre en formation réduite pour La suite pour orchestre le Bourgeois gentilhomme op. 60 de Richard Strauss.

L’acoustique délicieuse de la salle permet d’honorer chaque pupitre soliste. Les vents denses diffusent leurs vapeurs enivrantes dans toute la salle. Partition virtuose finement orchestrée, une meringue bavaroise, moelleuse comme une guimauve sans émotion forte sculptée par Mariss Jansons en joie.

Les musiciens du Royal Concertgebouw Orchestra partageaient avec le chef une interprétation enjouée aux sonorités acidulées, des plaisirs solitaires et le bonheur d’être ensemble. La salle hurle bravo et le chef s’amuse à faire saluer chaque instrumentiste un par un, les vents et la violoncelliste solo récoltent la puissance des spectateurs.

Un entracte de 20 minutes permet à chacun de visiter les méandres de  la salle, boire un verre, manger… pour annoncer la reprise du concert les ouvreurs, tels des vaches ou chèvres alpestres, font tinter quelques cloches discrètes dans les couloirs !

En seconde partie de concert, la superbe de la Symphonie n° 4 en sol majeur (1901) de Gustav Mahler, prend tout l’espace et offre plus de puissance. Marris Jansons et l’orchestre se laissent emportés par l’Allegro initial dans des tempi très rapides.

Le troisième mouvement et son superbe Ruhevoll laisse apparaître la finesse poétique douce, tendre  et structurée pleine de détails expressifs visibles au cœur de la globalité du discours. Trouble, angoisse, ivresse  sont palpables grâce aux cuivres et l’explosion finale de tout l’orchestre ouvre les portes du paradis.

Au paradis la voix humaine apparaît, Dorothéa Röschmann pénétrée par la musique depuis le début offre un pathos puissant et grave là où la limpide immatérialité paradisiaque aurait portée le final au sommet de la grâce et de la sérénité.

La suspension du chef et de l’orchestre après la note finale mérite à elle seule la mise en lumière du vide plein d’un temps dématérialisé. Les bravos fusent, refusent, se diffusent de plus en plus fort, des fleurs, des saluts, la salle est comblée.

Les spectateurs regagnent la vie, à pieds, en vélo, en voiture ou en autocars affrétés par la salle pour ceux qui ont peur de leur imaginaire sécuritaire loin de la salle Pleyel ou ne savent pas qu’à la porte de Pantin le métro, le tram ou les bus peuvent conduire aisément à la musique.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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