Fictions
« Au bord du monde » de Brian Hart : un roman ambitieux qui déçoit

« Au bord du monde » de Brian Hart : un roman ambitieux qui déçoit

22 février 2015 | PAR Audrey Chaix

Sur la côte Pacifique des États-Unis, dans la deuxième partie du 20e siècle, alors que la conquête de l’Ouest vient à peine de s’achever, une famille se frotte à la rudesse de cette terre encore sauvage, où règne l’industrie du bois. Jacob Ellstrom, qui prétend être médecin, débarque au Port, la ville portuaire qui est le cadre du roman avec sa jeune femme, Nell. Son frère, Matius Ellstrom, est une brute mal dégrossie qui spolie le médecin de tous ses biens. Cependant, c’est autour du fils de Nell et Jacob, Duncan, que s’organise rapidement le roman : né au Port, il incarne les contradictions de ce nouveau monde, qui oscille encore entre sauvagerie et civilisation.

au-bord-du-monde

Il est difficile de se plonger dans le roman de Brian Hart : non parce que l’intrigue est particulièrement complexe, mais plutôt parce que l’écriture déroute. En effet, en écrivant un roman polyphonique, Brian Hart s’attache à transcrire sur le papier les intonations et formes d’expression différentes en fonction des personnages dont il se fait le porte-voix. Tantôt à la première personne, d’autre à la troisième, il joue à fond la carte de la multiplicité des points de vue – avec plus ou moins de réussite.

Car cette contrainte narrative s’accompagne d’une écriture très fouillée, autant par le vocabulaire que par la complexité des tournures grammaticales, qui rencontre deux écueils : le premier, c’est que ce style, très chargé, fatigue rapidement le lecteur. Le deuxième, c’est que l’on imagine assez mal les brutes mal dégrossies dépeintes par Brian Hart s’exprimer avec autant de recherche syntaxique. Ce procédé créé ainsi une discordance entre le style de l’écriture et le sujet du roman, qui semble rapidement inutile – voire pénible.

C’est d’autant plus dommage que la période choisie par Brian Hart est l’une des plus fascinantes de l’histoire des États-Unis : ce moment où la Conquête touche à sa fin, et qu’il faut entamer le travail de reconstruction mythologique de cette époque, afin de souder une nation autour d’une épopée romancée, revisitée par l’Histoire. Dans cette veine, on préférera Le Fils de Philipp Meyer, petite merveille de la rentrée littéraire de septembre.

Au bord du monde, de Brian Hart. Traduit de l’anglais (USA) par Charles Recoursé. Éditions du Seuil. Paru le 08 janvier 2014. 480 p. Prix : 23,50 €.

« La Ville des Morts » de Sara Gran : la relève du polar américain débarque !
Mariss Jansons à la découverte de la jeune Philharmonie de Paris
Avatar photo
Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture