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« La Ville des Morts » de Sara Gran : la relève du polar américain débarque !

« La Ville des Morts » de Sara Gran : la relève du polar américain débarque !

22 février 2015 | PAR Audrey Chaix

Claire DeWitt est une détective privée. Qui ne fait pas dans la dentelle. Auto-proclamée la plus grande détective du monde, adepte du second degré, toujours à la limite de la légalité, elle tire son flair d’un apprentissage auprès de Constance Darling, brillante détective jusqu’à son assassinat, et surtout du livre du Français Jacques Silette, Détection, qui la suit depuis son adolescence et auquel elle se réfère dès qu’elle est dans le doute. Sollicitée par Leon Salvatore pour retrouver son oncle, Vic Willing, disparu dans la débâcle de l’ouragan Katrina, elle revient à la Nouvelle Orléans pour trouver une ville dévastée, aussi vénéneuse que résignée. Dans son enquête, elle croise de drôles de personnages, dont Andray Fairview, un adolescent noir livré à lui-même. De fausse piste en retournement de situation, elle plonge dans la noirceur de la Nouvelle Orléans pour apporter la lumière sur le destin de Vic Willing.

la-ville-des-mortsLa Ville des Morts est le premier roman qui met en scène la nouvelle héroïne de Sara Gran. Un deuxième opus est d’ores et déjà paru aux États-Unis en juin 2014 – il n’est pas encore disponible en français. Détective privée, Claire DeWitt détonne dans le paysage du roman policier américain : elle fume, elle boit, elle se bagarre, armée ou à mains nues. Issue d’une famille qui a connu son heure de gloire avant de sombrer dans la nostalgie de l’époque où elle était riche, elle a grandi à Brooklyn avec ses deux meilleures amis, Kelly et Tracy. Après avoir découvert Détection, un livre de théorisation de l’enquête policière, les trois adolescentes se sont découvert une passion pour les énigmes. Jusqu’au jour où Tracy a disparu sans laisser de traces.

L’autre personnage marquant de l’histoire de Claire DeWitt, c’est Constance Darling, une détective privée qui fut l’élève et la maîtresse de l’auteur de Détection, lui aussi marqué par une disparition tragique – celle de sa petite fille. Héritière de Silette aussi bien que de Darling, Claire se répète les citations de Détection comme un mantra, s’adonne à la pratique du Yi-jing – des combinaisons tirées aux dés qui sont la clefs d’aphorismes, se fie à ses rêves et surtout, ne jure que par les indices, qu’ils soient évidents ou dissimulés. Peu conventionnelle dans ses méthodes, elle est fascinante à suivre, et le lecteur s’identifie d’autant mieux à elle que Sara Gran a choisi la première personne pour donner la parole à son héroïne.

Pour faire évoluer Claire DeWitt, il fallait un décor à sa hauteur : Sara Gran a parfaitement choisi la Nouvelle Orléans. Loin des clichés habituels, c’est une ville ravagée par Katrina que décrit l’auteur, où certains quartiers sont toujours embourbés, où les maisons s’écroulent les unes après les autres tandis que les gangs d’adolescents désœuvrés provoquent régulièrement des fusillades sous les yeux blasés des clochards de tous horizons. Un portrait dur et sombre, qui correspond parfaitement à l’atmosphère créée par Sara Gran.

Face à la présence de ces deux fortes figures, Claire DeWitt et la Nouvelle Orléans, l’intrigue apparaît presque secondaire, comme un prétexte à la confrontation des deux personnages principaux du roman – car la ville en est un, à part entière. Peu importe : le lecteur se laisser prendre sans rechigner par cette évocation d’une ville dépeinte à un moment charnière de son histoire, qui nous rappelle que certains endroits du pays le plus riche de la planète sont parfois aussi démunis que les pays les plus pauvres.

Une nouvelle série policière à suivre – d’autant plus que Sara Gran est en train de l’adapter pour le petit écran.

La Ville des Morts, de Sara Gran. Traduit de l’anglais (USA) par Claire Breton. Éditions JC Lattès Le Masque. Paru en janvier 2015. 352 p. 20 €.

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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