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« Dégradation » de Benjamin Myers : Atmosphère atmosphère

« Dégradation » de Benjamin Myers : Atmosphère atmosphère

12 septembre 2018 | PAR Julien Coquet

Premier livre traduit en France d’un auteur anglais ayant déjà fait ses preuves de l’autre côté de la Manche, Dégradation se distingue par sa noirceur et par sa peinture désenchantée du nord de l’Angleterre.

[rating=4]

Imaginez un lieu isolé, gris, terne et froid : le nord de l’Angleterre, ou en tout cas celui décrit par Benjamin Myers dans Dégradation. Le soleil se montre peu ici, le vent souffle continuellement sur les landes et les températures chutent rapidement en hiver. Myers donne vie à un paysage que personne ne veut voir, un lieu pour un roman policier bien noir où les coulisses révéleront le véritable caractère des autochtones. La mère de la disparue se livre d’ailleurs même à une hypothèse : le climat et l’endroit déteindraient sur le caractère des habitants. « C’est à cause de cet endroit vous comprenez. De cette vallée. Les gens se bagarrent tout le temps. Les familles sont en conflit. Et s’il ne pleut pas il neige et s’il ne neige pas il souffle un vent à décorner les bœufs. C’est une terre maudite. »

En plein hiver, à deux jours de Noël, une jeune fille disparaît. Tout le monde connaît Melanie Muncy puisqu’elle est l’enfant d’un riche propriétaire terrien, détenteur de la station-service du village et d’un camping. La police locale décidant de ne pas prendre au sérieux cette disparition, un journaliste et un détective prennent l’affaire en main et découvrent qu’au-delà d’un simple fait divers se cache une affaire bien plus sordide.

La force du roman de Benjamin Myers, outre sa peinture d’une Angleterre rurale éloignée de tout, réside dans le portrait des personnages. Le détective James Brindle est à plaindre : solitaire, il estime sa vie gâchée par la tache de vin qui lui recouvre une partie du visage. Ses troubles obsessionnels le conduisent à ne rien laisser au hasard. Le journaliste qui le supplie de l’accompagner, Roddy Mace, est quant à lui un ex-journaliste des tabloïds fuyant la vie de débauche qu’il menait à Londres dans le but d’écrire son grand roman. A ce trio s’ajoute la bête du livre et le suspect idéal : Steven Rutter, un paysan au passé trouble, élevé par une mère qui se prostituait, taiseux, étrange et bien plus qu’inquiétant. Mais comment prouver la culpabilité de Rutter alors que la jeune Muncy reste introuvable ?

« Cette histoire a de quoi lui assurer du travail dans les semaines les mois peut-être les années à venir et s’il s’y prend bien elle pourrait lui permettre de se faire enfin un nom. Il est possible qu’elle représente son billet de retour à la vraie vie – pourquoi pas à Londres ? – au journalisme sérieux aux articles signés aux sujets de fond aux voyages aux pris et aussi – à quoi au juste ? Un retour à une existence d’angoisse d’excès d’épuisement de vide d’isolement de tripotages sans amour dans des discothèques sombres au rythme assourdissant des basses et de matins sinistres à se réveiller nauséeux et poisseux dans des chambres inconnues au fin fond de banlieues lointaines avant d’entamer un long trajet pour rentrer et retrouver un studio froid et désert. Les voisins qu’on ne croise jamais dont on ne perçoit la présence qu’aux bruits assourdis traversant les murs humides. Une solitude abjecte. »

Dégradation, Benjamin Myers, Seuil, Collection Cadre noir, 400 pages, 21,50 euros

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