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Maison de la Radio: Brahms, Lalo et Saint-Saëns,  par l’Orchestre National de France dirigé par Emmanuel Krivine et Bertrand Chamayou

Maison de la Radio: Brahms, Lalo et Saint-Saëns, par l’Orchestre National de France dirigé par Emmanuel Krivine et Bertrand Chamayou

14 septembre 2018 | PAR Yaël Hirsch

Ce jeudi 13 septembre, l’Orchestre National de France donnait son concert de début de saison en l’auditorium de Radio France. Le début d’un cycle Brahms qui signe cette saison 18-19 avec une époustouflante 4e symphonie à laquelle le pianiste Bertrand Chamayou a ajouté un oriental 5e concerto de Saint-Saëns. Sublime.

[rating=5]

Salle comble pour ce début de saison placée sous le haut patronage de Brahms pour l’Orchestre National de France. Concentré et déjà conquis, le public s’est tout de suite laissé emporté dans l’ouverture du Roi d’Ys de Édouard Lalo (1876) qui semblait habilement annoncer tout le programme de la soirée en faisant le lien entre romantisme à l’allemande et orientalisme à la française. C’est dans un mélange de solennité et de douceur que l’orchestre engage cette pièce à la fois mélancolique et à temps un peu fantastique qui cite Wagner pour mieux nous conserver dans un univers symboliste plus hexagonal.

Le temps de poser le piano sur le devant du plateau et c’est avec un immense sourire que le pianiste Bertrand Chamayou est entré en scène pour nous emmener dans le concerto n5 « égyptien » de Camille Saint-Saëns (1896). Un concerto que Chamayou vient d’enregistrer en même temps que le n2, toujours de Saint-Saëns avec Krivine et l’ONF et qui est sorti cette Rentrée chez erato. C’est donc formidablement rodés que l’orchestre de le soliste bois font entrer délicatement dans l’œuvre qui commence comme un ballet aquatique et nous plonge dans des ascensions et des descentes assez vertigineux. Admirablement clair et très expressif, Chamayou dialogue divinement avec l’orchestre. Les cordes prennent le pas avec tendresse et couleur dans le deuxième mouvement. Le romantisme se zèbre délicatement de syncopes et contrecoups qui semblent prendre leur source dans le clavier. Les bourdonnement de l’orchestre et la lumière du piano nous emmènent avec joie et entrain vers une Egypte sublimée. Le début du dernier mouvement est vif presque à la limite du jazz et c’est dans la fougue que se termine le beau voyage. Très applaudi, Chamayou propose en bis un compositeur que Saint-Saëns n’aimait pas beaucoup mais qui clôt assez bien notre périple au pays des symboles : Debussy. L’expressivité du pianiste semble encore accru dans ce « Clair de l’une » que l’on redécouvre sous ses doigts.

Après un entracte très animé et quelques dédicaces du nouveau CD par Bertrand Chamayou, place au grand Brahms avec la 4e Symphonie (1884).

La version qu’en donne l’Orchestre National de France est époustouflante. Commençant tout en retenue avec une intensité croissante le mythique premier mouvement, l’orchestre semble nous en détailler une à une les multiples couleurs. Les cuivres sonnent l’heure solennelle de l’attente dans le deuxième mouvement doux, lancinant et néanmoins toujours claire et irradiant de douceur. L’on danse presque sur le modèle du chef d’orchestre dans le jeu puissant du 3ème mouvement. Et enfin tandis que leçons semble s’écrouler dans les affres du dernier mouvement, la chair de poule nous prend comme devant quelque chose de sacré. Les couleurs sont toutes toujours là et le final nous bouleverse. Applaudi comme il se doit Emmanuel Krivine se lance dans un long discours politique de remerciement et de réflexion sur les mouvements syndicaux. On pense forcément à son cousin avant de se plonger dans le bus joueur et léger.

Prochain étape de cette ascension Barack’s par l’Orchestre National de France : la symphonie n1 à la Maison de la Radio les 22 et 23 septembre.

Visuel:YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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