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[Live-Report] Splendeurs sonores et démonstration passionnelle avec le Budapest Festival Orchestra et Ivan Fischer

[Live-Report] Splendeurs sonores et démonstration passionnelle avec le Budapest Festival Orchestra et Ivan Fischer

13 mars 2017 | PAR Alice Aigrain

Hier soir, Iván Fischer dirigeait le Budapest Festival Orchestra pour une soirée exceptionnelle à la Philharmonie durant laquelle la Symphonie n°1 de Beethoven et Le Chant de la Terre de Mahler ont été interprétés.

Donner à voir et à entendre

Iván Fischer, le célèbre chef d’orchestre hongrois qui a assis la réputation du BFO comme orchestre mondial de premier plan, a ébloui et époustouflé. La performance s’est ouverte avec le Symphonie n ° 1, dont la première, en 1800, avait été bien accueillie par le public, mais prenait déjà d’étonnantes libertés malgré ses pieds solidement plantés au XVIIIe siècle.

Fischer a mené une interprétation spacieuse de l’Adagio molto d’ouverture, suivi de l’Allegro con brio dans lequel il a su souligner subtilement les détails de la partition. Les dialogues, les disputes se déroulent avec clarté et énergie. A l’Andante plus classique tout en modération et en régularité, se dévoile la belle complicité de Fischer et de son orchestre. La belle place est laissée dans ce mouvement aux cordes, auxquels répondent de façon lumineuse les bois sur le jeu des timbales. La section des vents est glorieuse et réussit à garder sa juste place sans se faire étouffer par la force des cordes. Le troisième mouvement s’ouvre sur ce qui est indiqué par Beethoven comme un Menuetto. En réalité par son tempo en allegro molto e vivace dont la vitesse est presque rageuse, il s’agit d’un véritable scherzo. Fischer fait le choix de ne pas respecter complètement les indications de la partition en optant pour une approche majestueuse. La forme de divertissement s’amoindrit un peu, au profit de l’espace et de la vigueur dans le mouvement. L’audace de ce choix de direction de la part de Fischer est convaincant puisqu’en contrepoint de l’ampleur laissée à l’espace, son souci porté sur le détail de la partition offre toujours une place importante à l’anecdote. Ainsi le troisième mouvement gagne en emphase sans perdre son âme de scherzo. Le Final est un mouvement enjoué dans le style haydnien. Les thèmes allègres et vifs sont comme des touches enlevées et lumineuses, des traits vifs et précis qui se déploient en un dialogue syncopé.

Dans ce mouvement, la fusion de l’orchestre et de son chef est totale. Tel un peintre qui pose avec passion chaque touche de couleurs sur la toile, Fischer semblait rendre visible une symphonie colorée par la symbiose avec son orchestre dont la compréhension des gestes était totale.

Voix et orchestre, à la recherche de l’équilibre

Gerhild Romberger (alto) et Robert Dean Smith (ténor) ont ensuite rejoint l’orchestre afin d’interpréter Das Lied von der Erde de Mahler. Dans cette symphonie pour voix de ténor, voix d’alto et orchestre, se succède un cycle de six lieder interprétés alternativement par le ténor et l’alto. Les six poèmes d’auteurs chinois du VIIIe siècle (Li Po, Qian Qi, Meng Haoran et Wang Wei) sont issus du recueil de La Flûte chinoise de Hans Bethge. L’association entre l’intériorité de l’homme et la nature sont les thèmes récurrents de ces odes qui correspondent bien aux préoccupations du passage du siècle. Dans leur mise en musique, le compositeur postromantique choisit l’ampleur et la force à la démonstration virtuose. Au lyrisme et à la richesse de la composition s’ajoutent de délicates touches qui rappellent l’origine chinoise des poèmes : une mandoline est intégrée à l’orchestre, les sonorités rythmiques du triangle ponctuent les mouvements à l’instar de celles du glockenspiel. Par sa nomination même de symphonie pour voix et orchestre, Mahler explicite sa volonté de vouloir faire des voix des instruments comme les autres. Dans cette œuvre, chaque instrument semble porter son chromatisme propre, son émotion et son expressivité, la voix y est traitée à l’égal du reste des musiciens. Cette fusion des deux genres atteint une cohérence jusqu’alors inconnue. Le défi de l’interprétation consiste à faire perdurer cette union. Si la direction de Fischer reste d’une rare subtilité, l’inclusion des solistes dans l’osmose qui existe entre le BFO et son chef ne semble pas chose aisée. Pourtant il s’agit de la condition pour que la symphonie soit parfaitement réussie. En cela l’alto Gerhild Romberger a été d’une exceptionnelle justesse. S’intégrant parfaitement et humblement dans l’orchestre, elle a su donner avec expressivité chacun de ses lieder. Le second lied de la symphonie en adagio a été l’un des plus beaux moments de la soirée. À l’inverse, Robert Dean Smith, ténor mondialement reconnu et acclamé, n’a pas su trouver sa juste place. Comme jouant des coudes avec l’orchestre, le ténor semblait réinterpréter cette symphonie pour voix et orchestre, en un lied avec orchestre. Défaut d’humilité peut-être qui coupe beaucoup avec l’intensité expressive induite par la composition de Mahler. Seul le juste équilibre entre la voix et l’orchestre permet au caractère impressionniste de se développer dans sa beauté poignante et absolue et ainsi faite de contrastes et de dualités.

Visuel : DR

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Alice Aigrain
Contact : [email protected] www.poumonsvoyageurs.com

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