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[Live-Report] Pygmalion à l’abbaye de Royaumont : simplement divin

[Live-Report] Pygmalion à l’abbaye de Royaumont : simplement divin

16 octobre 2015 | PAR Elodie Martinez

Dans le cadre de son festival, l’abbaye de Royaumont offrait un très beau weekend où l’on pouvait entendre, entre autre, l’Ensemble Pygmalion dirigé par Raphaël Pichon. Leur album Köthener Trauermusik avait reçu un prix aux dernières Victoires de la Musique tandis que leur Dardanus recevait le grand prix de la critique. Point de Rameau cependant lors de cette soirée « O Traurigkeit! Musiques pour un temps de désolation de Schütz à Bach » ; or un Bach pouvait en cacher un autre parmi les compositeurs du programme…

[rating=5]

L’Ensemble Pygmalion, en résidence à Royaumont depuis 2013, est un ensemble dont le nom est désormais synonyme d’excellence. Il n’y a donc aucun suspens sur un point : la réussite incontestable de cette soirée au titre assez peu joyeux, il faut bien l’avouer. Tout le bonheur résidait dans l’écoute de ces textes, de ces partitions, de ces voix et de ces instruments dans un cadre superbe : le réfectoire des moines de l’abbaye de Royaumont.

La disposition du lieu est d’ailleurs intelligemment pensé car, plutôt que d’installer la scène sous l’orgue et créer ainsi une salle tout en longueur, la scène est placée sur l’un des côtés permettant à tout un chacun de mieux apprécier le concert donné dans une très belle acoustique.

La première des choses que l’on remarque est l’atmosphère et l’attitude de Raphaël Pichon qui, loin de débuter rapidement après son arrivée, prend du temps, laissant place à un certain sentiment de recueillement. Le public attend sans impatience dans ce silence déjà envoûtant qui n’est pas désagréable. Les premières notes résonnent finalement dans un solo d’Emmanuel Mure avant qu’il ne soit rejoint par les autres instruments. C’est également l’occasion de voir la direction du maestro habité par la musique des pieds aux bouts des doigts ou même aux sourcils! On sent et voit parfois la tension musculaire impressionnante qui n’entraîne paradoxalement pas une direction crispée mais vivante et investie. L’ensemble nuance la partition, lui donnant véritablement vie et relief dans un très bel équilibre. Le Christ lag in Todesbanden BWV 4 permettra d’entendre par ailleurs de façon plus nette la dextérité des deux violonistes alors debout.

L’excellence de l’orchestre trouve écho dans celui des choeurs assez peu nombreux (parallèlement aux instruments) offrant une belle cohésion vocale accompagnant et s’accompagnant des musiciens sans que la fameuse guerre entre voix et instruments n’apparaissent. La prononciation est juste et aucun timbre ne prend le dessus. Les solistes, quant à eux, sont tout aussi remarquables avec une mention toute particulières aux altos (pour reprendre le terme du programme) Alexander Schneider et Lucile Richardot, à la voix ambrée, ainsi qu’à la soprano Hana Blazikova. Les deux basses, Christian Immler et Renaud Bres, avaient cependant parfois quelques légères difficultés à se faire entendre, ce qui n’a rien d’anormale compte-tenu de la gravité de certaines notes.

Difficile de parler d’une oeuvre plus que d’une autre dans ce programme intéressant et cohérent mêlant Christoph Bernhard, Johann Christian Bach, Dietrich Buxtehude, Heinrich Schütz et bien sûr Johann Sebastian Bach. Notons donc le jeu d’écho du choeur parfaitement maîtrisé dans Selig sind die Toten SWV 391 ou encore le superbe Tribulare si nescirem, seule oeuvre qui ne soit pas en allemand.

Si le public se perd dans les nombreux changements du programme annoncés seulement à la deuxième partie, il se retrouve largement dans l’écoute de ce concert absolument magnifique et même, disons-le, divin. Nombreux déclarent dehors que « si c’était comme ça à l’église, cette dernière gagnerait beaucoup de fidèles! » Nul doute que l’on se précipiterait à la messe tous les dimanches et même plusieurs fois par semaine. En attendant, le public reste au rendez-vous dans ce programme donné ensuite à Puteaux et Francfort avant que l’Ensemble ne reprenne Trauernacht à Arras à la fin du mois puis à Lisbonne en novembre. Pour les parisiens, rendez-vous à Versailles les 3 et 4 novembre pour les « Funérailles de Louis XIV » avant la Philharmonie ainsi qu’une tournée avec Sabine Devieilhe pour présenter leur album « Mozart – The sister Weber » prochainement en vente (voir leur calendrier). Sortez vos agendas, vous ne le regretterez pas!

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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