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[Live report] du 20 octobre, impressionnante Passion selon Saint Jean à la Philharmonie

[Live report] du 20 octobre, impressionnante Passion selon Saint Jean à la Philharmonie

21 octobre 2016 | PAR Olivia Leboyer

Philharmonie

Hier soir, Thomas Hengelbrock dirigeait l’Orchestre de Paris, pour une Passion selon Saint Jean terrible et touchante. Les voix et le jeu des chanteurs et des récitants ont porté magnifiquement ces paroles bibliques puissantes.

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Impressionnante, la Passion selon Saint Jean saisit d’emblée. Avec la mort pour thème, nous pénétrons dans une réflexion profonde et simple sur les tourments humains. La religion s’impose ici avec une force peu commune, pleine de terreur, pour mener vers l’apaisement et l’acceptation de la mort. Le ténor (Lothar Odinius) semble habité, sa voix puisant directement dans l’âme. Si la Passion selon Saint Matthieu, chez Bach, est plus sereine, cette Passion selon Saint Jean frappe par sa gravité, littéralement édifiante.

Suit une Action ecclésiastique pour deux récitants, baryton et orchestre de Bernd Alois Zimmermann (1918-1970). Le dispositif est, ce soir, original : deux récitants, Georges Lavaudant (metteur en scène de théâtre, longtemps à Grenoble) et André Wilms (acteur fétiche d’Aki Kaurismäki), introduisent l’épisode biblique du Grand Inquisiteur, consacré ensuite par Dostoïevski dans Les Frères Karamazov. « Je me suis tourné et j’ai vu toutes les oppressions qui se font sous le soleil. » lance le baryton (Georg Nigl) avec un accent tragique. L’Action nous captive par sa puissance d’émotion : les voix alternées des récitants, pressantes, le lamento du baryton, plainte sans retenue, émeuvent vivement. On peut lire les sous-titres pendant les chants, ou bien se laisser baigner par le climat sacré. Soudain, Georg Nigl pleure, devant nous, avec une simplicité bouleversante. A un autre moment, les deux récitants, le chef d’orchestre Thomas Hengelbrock et lui se laissent tomber à terre, abattus, vulnérables.

Le concert se clôt sur une cantate de Bach « O Ewigkeit, du Donnerwort », dialogue entre la peur et l’espoir, qui nous glace les sangs. Il y est question de la tombe ouverte qui nous attend, des vers prêts à nous dévorer. L’effroi domine : le chœur et les trois voix solistes (la jeune soprano Anna Lucia Richter, la mezzo soprano Ann Hallenberg et notre ténor Lothar Odinius) se répondent, sur un mode didactique, pour savoir comment se préparer à mourir. Doit-on trembler, ou bien accueillir sereinement le terme ? C’est évidemment à cette solution apaisée que Bach nous convie. Remués, pris dans les plaintes de terreur et les gémissements angoissés, nous accueillons les dernières notes, toutes douces.

visuels: photo officielle de la Philharmonie.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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