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[Live Report] Des canyons aux étoiles d’Olivier Messiaen à la Philharmonie de Paris

[Live Report] Des canyons aux étoiles d’Olivier Messiaen à la Philharmonie de Paris

19 mars 2018 | PAR Pierre Marcieu

La musique est-elle le résultat de la volonté des hommes d’imiter le chant des oiseaux, de sortir du son pour aller vers la mélodie ? C’est en partant de cette question que la Philharmonie de Paris a composé un programme pour un week-end ornithologique. L’ouverture a été assurée par une pièce que trop rarement donnée : Des canyons aux étoiles, d’Olivier Messaien admirablement interprétée par l’ensemble intercontemporain accompagné par les musiciens des Lucerne Festival Alumni sous la direction de Matthias Pintscher.

C’est entre 1971 et 1974 qu’Olivier Messiaen compose cette œuvre, à la suite d’une commande pour la célébration du bicentenaire de la fondation des États-Unis d’Amérique, juste après un long voyage qu’il fait dans l’Utah. Grâce à cet inspirant séjour, durant presque deux heures, le public a été transporté par la musique au cœur de l’Ouest américain, de ses grands espaces et de ses rencontres avec les oiseaux. Les chants de ces derniers constituent cinq des douze mouvements de la pièce (les orioles, le cossyphe d’Heuglin, le moqueur polyglotte, la grive des bois et omao, leiothrix, elepaio, shama). Toutes les espèces ne sont pas natives des États-Unis, mais leur mélodie accompagne la migration, le voyage de l’auditeur, qui déambule en douceur. À la lecture du livret, on découvre que la spiritualité et l’homme ne sont pas loin de l’élévation du chant des oiseaux. Le cheminement, le passage sont alors deux thèmes qui se tissent le fil rouge de cette pièce dans lequel l’homme et la nature forment un tout cohérent. La démarche est à la fois mystique et scientifique. À la rigueur de la retranscription des bruits de la nature s’ajoute l’idée portée par la science moderne d’un homme comme partie d’un processus plus globale. Il n’est alors pas étonnant que le livre posthume Traité de rythme, de couleur et d’ornithologie du compositeur, qui explique en sept tomes l’expérience et la pensée poétique du musicien ait passionné des mathématiciens comme Alain Connes, professeur au Collège de France et médaille Fiels (Le Spectre d’Atacama, Odile Jacob 2018).

Pour autant la complexité des partitions d’Olivier Messiaen, leur richesse conceptuelle qui a donc inspiré parmi les mathématiciens contemporains les plus brillants, n’est pas ici un frein à une expérience sensorielle forte. Toute la réussite de l’interprétation de l’ensemble intercontemporain a donc été d’embrasser cette complexité tout en mettant au centre la synesthésie de l’œuvre. Portée par une orchestration de seulement 43 musiciens, les sons cherchent tant l’évocation explicite des bruits qui emplissent les canyons et autres grands espaces, que la suggestion de couleurs et de sensations. Dans cet exercice, si tous les instruments sont orchestrés comme une frise, c’est-à-dire sur un même plan, sans qu’aucun prenne une importance supérieure au reste, la complexité de la section de percussion impressionne toujours. Machine à vent ou à sable, elle est au cœur de ces suggestions imagées qui permettent le voyage. Grâce à cela, la philharmonie et son auditoire ont donc réussi l’exploit vendredi, de faire un tour du monde, en 103 minutes.

Visuel : Matthias Pintscher © J. Garamond

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