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[Live Report] Blandine Staskiewicz et Les Ambassadeurs à Gaveau

[Live Report] Blandine Staskiewicz et Les Ambassadeurs à Gaveau

23 octobre 2015 | PAR Elodie Martinez

Lundi 12 octobre, sous l’aile de Philippe Maillard Productions et face à l’Ariane à Naxos jouée ce même soir au TCE, Les Ambassadeurs retrouvaient la mezzo-soprano Blandine Staskiewicz à la salle Gaveau, deux jours après leur récital avec Sabine Devieilhe au MC2 de Grenoble. Changement de ton donc pour présenter leur album commun, « Tempesta », mais avec un talent et une dextérité inébranlable propre à l’Ensemble d’Alexis Kossenko.

[rating=3]

Peut-être avez-vous déjà eu la chance d’entendre Blandine Staskiewicz à l’Opéra Comique où elle a interprété Aloès dans L’Etoile de Chabrier et Cendrillon dans l’oeuvre éponyme de Massenet, ou bien en Despina dans Cosi Fan Tutte à Avignon, ou encore à Lyon où elle a été Metella dans La Vie Parisienne d’Offenbach, sans oublier sa Rossane dans Alessandro de Haendel à Versailles, etc… Il va sans dire qu’après tant de rôles et ses premiers amours baroques, ce récital parisien était très attendu.

Malheureusement, il faut l’avouer, la voix met beaucoup de temps à se chauffer : durant toute la première partie, les aigus sont durs et les graves inaudibles ou presque. Dans l’ensemble, on sent une véritable tension chez l’artiste dont le paroxysme est peut-être atteint lors du Agitate da due venti de Vivaldi, clôturant la première partie. Tout semble alors tendu chez elle, y compris dans sa posture.

Dès le premier air de Porpora, Spesso di nubi cinto, la différence entre graves et aigus est trop nette et manque de souplesse, mais les trilles sont, eux, impeccables. Suit alors le Concerto pour flûte traversière et cordes en ré majeur TWV 51:D2 de Telemann qu’Alexis Kossenko prend le temps d’introduire et de présenter. Comment douter, à cette écoute, que le jeune Ensemble n’est plus prometteur mais bien promis à devenir figure d’autorité dans le domaine musical? Dès ce concerto, nous entendons toutes les promesses que nous réserve pour la suite le premier violon, Zefira Valova. Les airs de Vivaldi qui suivent, bien que relativement agréables, ne transportent toujours pas : le Sovvente il sole ne permet pas à Blandine Staskiewicz de s’épanouir pleinement et Io son fra l’onde manque d’une certaine symbiose entre la flûte d’Alexis Kossenko et la voix de la mezzo. La sinfonia de L’Olimpiade ne manque quant à elle ni de vivacité ni de nuances.

La deuxième partie de soirée s’ouvre avec le Concerto pour violon et 2 orchestres en ré majeur RV 582. A nouveau, le chef prend le temps d’expliquer ce qui va suivre et se montre pédagogue : l’organisation de l’orchestre est ici changée pour être divisée en deux ensembles, respectant ainsi davantage la partition de Vivaldi. Le son qui en résulte parle de lui-même, mais c’est aussi l’occasion d’entendre la virtuosité de Zefira Valova. Le public est alors véritablement suspendu à son archet, prêt à suivre la violoniste où elle voudra tandis qu’elle parvient véritablement à faire parler la partition, allant au-delà des notes pour nous faire entendre un discours sans mots. L’harmonie avec le reste des musiciens est absolument superbe.

Côté airs, nous passons ici à Haendel et c’est un véritable changement qui s’opère chez la mezzo-soprano : toute la tension semble s’être envolée (était-ce une appréhension liée à l’interprétation du dernier air de Vivaldi qui en était la cause?) L’artiste révèle ici une voix beaucoup moins rude, plus douce et même « arrondie ». Malgré la brièveté de l’extrait, cela se sent déjà durant Quando mai spietata sorte et se confirme pleinement au Pensieri, voi mi tormentate. Blandine Staskiewicz est ici libéré du fardeau qui semblait lui peser jusqu’à l’entracte et se révèle tant dans la technique que dans l’interprétation : si nous entendons mieux la voix (aigus, medium, graves), nous entendons aussi mieux les sentiments qu’elle transmet et apprécions ainsi le talent artistique de la cantatrice qui incarne ces personnages. Ca-y-est : la salle est enfin conquise.

Résonnent alors les premières notes de l’Ombra mai fu, si connu et justement craint pour cette raison. Toute crainte disparaît dès le premier mot : la rêverie nous submerge et nous étreint, le temps se suspend, la magie opère. Ce n’est alors pas un beau moment mais bien un moment de toute beauté. Elle réussit tout aussi bien, mais dans un esprit différent, Brilla nell’alma et ses acrobaties vocales fort nombreuses.

Le Sol da te joué lors du bis permet à Alexis Kossenko de véritablement briller en tant que flûtiste tandis que la reprise da capo d’Agitate da du venti permet à Blandine Staskiewicz de nous faire entendre une version de cet air plus décontractée et plus réussie que la version clôturant la première partie.

Somme toute, si le début de la soirée est quelque peu mitigé, elle finit avec brio, la cantatrice revenant métamorphosée de l’entracte. L’Ensemble des Ambassadeurs brille quant à lui du début à la fin, même si les basses semblèrent quitter un bref instant l’harmonie globale dans le dernier concerto de la soirée. Quant à  la violoniste Zefira Valova, elle emporte tout sur son passage!

© Compte Facebook des Ambassadeurs

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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