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[Live-Report] Anne Gastinel et l’Orchestre National de France

[Live-Report] Anne Gastinel et l’Orchestre National de France

25 janvier 2014 | PAR La Rédaction

Deux œuvres au programme de l’Orchestre national le 23 janvier au Théâtre des Champs-Elysées : le Concerto pour violoncelle de Dvorak et la 1ère symphonie de Mahler dite « Titan ».

Il est 20h passés, l’orchestre est en place et nous n’attendons plus qu’Anne Gastinel et le chef mais celui-ci arrive seul. Grave, il prend la parole et annonce qu’en souvenir de Claudio Abbado disparu lundi, l’Orchestre et lui interpréteront l’Air de la 3e suite de Bach. Evidemment, avec pareille musique, il est difficile de ne pas communier ensemble. Si l’attaque est un peu hésitante, le recueillement et la profondeur étaient là. A la fin de l’exécution, Daniele Gatti fait respecter une sorte de minute de silence musical : quel plus bel hommage ?

Après ce prologue, Anne Gastinel arrive et joue l’un des tubes de son instrument : le Concerto en si mineur pour violoncelle et orchestre. Il n’y a rien à redire : l’Orchestre est à son affaire et le violoncelle de Gastinel est à la fois précis, léger et virtuose ; elle ne martèle rien, ses attaques sont décidées mais sans à-coup. Une exécution sans faute. L’œuvre est très slave, bien que composée en 1894 à la fin du séjour américain d’Antonin Dvorak ; elle porte en elle toute l’âme nostalgique de sa terre, une version « De ma patrie » plus élaborée et moins anecdotique que celle de Smetana.

Le premier bis, El cant dels ocells (Le chant des oiseaux), chanson traditionnelle catalane arrangée par Pablo Casals pour violoncelle et orchestre à cordes, est sans intérêt mais pas désagréable. Le deuxième bis, la sarabande de la 4e suite pour violoncelle de Bach qu’Anne Gastinel interprète parfaitement, est d’une toute autre nature. Le problème avec Bach est qu’il est tellement au sommet de la musique qu’on se demande bien pourquoi jouer et entendre d’autres compositeurs. De même que la sociologie enseigne que l’électeur tend à droite en vieillissant, le mélomane tend à tout réduire à Bach – c’est une hypothèse qui mériterait peut-être son sociologue musical.

En deuxième partie, Daniele Gatti dirige la 1ère Symphonie de Mahler. Composée entre 1885 et 1888, c’est une pièce étonnante. Foutraque même. Pendant une heure, on entend de tout : une fanfare, des airs yiddish, des passages italianisants, de l’orientalisme, une valse viennoise, une version en mineur de frère Jacques, des réminiscences de la vulgarité de Mascagni parfois… C’est vraiment sans queue ni tête. Mahler avait doté cet assemblage hétéroclite de sous-titres mais se ravisa : « Aucune musique n’a de valeur quand il faut d’abord expliquer à l’auditeur ce qui se passe en elle, ou plutôt ce qui doit se passer en lui ». Daniele Gatti et le National exécutent cette musique de façon nette, même s’il est difficile de rendre profond ce qui ne l’est pas.

Mathieu Orsi.

visuel : Anne Gastinel ©Sandrine Expilly

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