Musique
Chopin au Festival de l’Epau

Chopin au Festival de l’Epau

25 mai 2022 | PAR Thomas Cepitelli

Le Festival de l’Eau qui a du se taire, crise sanitaire oblige, pendant deux saisons revient avec une programmation riche en moments forts. Retour sur une soirée Chopin au sommet dont le titre a tenu toutes ses promesses. 

Le concert se donne dans l’étrange salle dite du dortoir où les abbés, semble-t-il, trouvaient repos entre deux prières. Sa configuration est tout en profondeur et percée d’un escalier en fosse en son milieu. A priori, rien donc, qui suggère la proximité attendue lors d’un programme comme celui proposé. Et pourtant, sous cette charpente de bois clair, à laquelle répond cette teinte si particulière des pierres de la Sarthe, comme un navire inversé, ce lieu singulier s’est transformé au fur et à mesure de la soirée en un écrin où ont brillé les deux artistes. 

 En débutant le programme par la bien trop rare Sonate pour violoncelle et piano n°1 de Camille Saint-Saëns les deux interprètent donner le « la » d’une soirée placée sous le double signe de l’émotion et de la virtuosité. L’avalanche, qui semble ininterrompue, de notes du premier mouvement fait place à la légèreté du second. On croit y reconnaître les lointains échos de la barcarolle des Contes d’Hoffman de Jacques Offenbach. Une mélodie tout en suavité qui nous fait naviguer bien loin. Mais la tension dramatique chère à Saint-Saëns n’est jamais bien loin et survient alors le troisième mouvement dont elles nous font entendre toute la beauté âpre. 

Soirée de musique française oblige, Fauré entre en scène avec deux courtes pièces. La plus célèbre, l’Elégie en do mineur, est ré-interprété de façon tout à fait singulière par la pianiste et la violoncelliste. Elles semblent s’amuser de l’écriture mélodramatique, parfois presque trop lyrique, de l’oeuvre. Elles y répondent par des pianissimos délicats lors du déploiement des arpèges, par exemple. Et nous amènent vers ce si plaisant et amusant Papillon où la virtuosité de Gastinel se déploie non pas par un quelconque sérieux mais au contraire par du jeu, au sens enfantin du terme. 

Claire Désert et Anne Gastinel ont fait le choix de terminer chacune des deux parties par le plus français des polonais, Frédéric Chopin. D’abord par le Grand Duo Concertant puis, à la toute fin du programme, par la célèbre Sonate pour violoncelle. Lorsqu’elles débutent ce morceau de bravoure attendu, l’orage gronde au dehors. Les notes semblent entrer en dialogue puis en dispute, avec la météo. Qui de la lumière ou de l’obscurité l’emportera ? Qui de la pluie ou du temps clément finira par gagner ? Les deux artistes répondent tout simplement, mais prodigieusement, par un mot : la Poésie. La brute, celle qui traverse les orages et le temps. Elles offrent, le verbe n’est ici pas trop fort, une interprétation magistrale de cette oeuvre parce qu’elles la donnent avec pudeur, respect sans dévotion face à sa célébrité. Le dernier mouvement semble nous avoir suspendus dans un ailleurs bien plus léger que le monde qui nous attend à l’extérieur. La preuve par ce court silence, si rare au concert ou à l’opéré, qui a suivi la dernière note. Comme si le public ne voulait pas quitter ces instants, ne pas les rompre. 

Claire Désert et Anne Gastinel forment un duo dont la complicité est nourrie d’exigence artistique et, cela se ressent à chaque note, d’un profond respect pour l’une pour l’autre et pour leur public, qui le leur rend. 

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Thomas Cepitelli

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