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L’excellence musicale à l’abbaye de l’Epau

L’excellence musicale à l’abbaye de l’Epau

28 mai 2019 | PAR Gilles Charlassier

Depuis plus de trois décennies, l’abbaye de l’Epau accueille, en fin mai, à la sortie du Mans, un festival qui affirme une programmation mêlant excellence et diversité. Nous y sommes descendu pour un récital de Gautier Capuçon et Jérôme Ducros, à l’image des lieux : généreux.

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L’excellence musicale n’est pas l’exclusivité des grandes salles parisiennes. A une heure de TGV de l capitale – et deux en TER – l’abbaye de l’Epau, aux portes du Mans, offre un cadre de choix aux interprètes pour livrer le meilleur d’eux-mêmes. Fondée au XIIIè siècle par Bérengère de Navarre, veuve du roi Richard Coeur de Lion, pour s’y retirer, l’abbaye compte parmi les plus belles réalisations l’ordre cistercien. Monastère déposé à la Révolution Française, l’ensemble architectural retrouve un nouveau souffle à la fin des années cinquante lorsque le département de la Sarthe en fait l’acquisition pour le rénover et en faire un lieu culturel, mêlant histoire, patrimoine religieux et événements artistiques, à l’instar du festival de musique classique célébrant cette année sa trente-septième édition. Programmé chaque année à la fin du printemps pendant la dernière décade de mai, le rendez-vous tire parti des ressources de l’espace conventuel. Si, au milieu de la verdure où est initié un espace de permaculture, le Magic Mirror est le point de convergence idéal des after, l’Abbaye, avec son acoustique tout juste réaménagée, offre un cadre désormais propice aux formations orchestrales. Le Dortoir reste, quant à lui, un écrin privilégié pour l’intimisme du répertoire de chambre, ainsi que l’illustre la soirée du 22 mai, réunissant les complices Gautier Capuçon et Jérôme Ducros.

Dès les trois Fantaisiestücke opus 73, de Schumann, ouvrant le concert, la complémentarité des deux solistes se révèle évidente. Si la pièce a initialement été conçue pour clarinette et piano, le compositeur a explicitement indiqué que la partie de la première pouvait être confiée au violoncelle ou à l’alto. Le premier numéro, andante, met en valeur le jeu plein de sentiment de Gautier Capuçon, qui s’allie avec le doigté allant et délié de Jérôme Ducros dans un deuxième morceau empreint d’une indéniable fantaisie. Quant au finale, l’intensité du jeu en restitue toute la saveur typiquement schumannienne, irradiant d’une énergie tourmentée. En passant à Mendelssohn et sa Sonate n°2 en ré majeur opus 58, le duo livre une autre facette de l’inspiration romantique. La volubilité du clavier soutient un allegro d’une vitalité communicative, à laquelle répond l’onctuosité du violoncelle. La balance entre les deux sensibilités réserve un scherzo irrésistible, musardant sur les pizzicati, avant un mouvement lent d’une belle intériorité, tandis que le finale fait respirer une densité formelle qui n’oublie jamais un instinct expressif que l’on retrouvera, après l’entracte, dans la Sonate en sol mineur opus 19 de Rachmaninov. L’engagement des deux interprètes s’entend dès l’allegro initial, et se prolonge dans un scherzo d’une remarquable nervosité dramatique, qui se dilate dans la veine élégiaque du mouvement lent, avant une conclusion tout aussi romantique, et que le public plébiscitera à juste titre. Les boiseries du Dortoir se font le relais idéal pour la générosité sincère de nos deux artistes, et d’un programme à leur image.

Gilles Charlassier

Festival de l’Epau, mai 2019, concert du 22 mai 2019

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