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La grande messe vénitienne à la Cité de la Musique: une création patiente et passionnante

La grande messe vénitienne à la Cité de la Musique: une création patiente et passionnante

06 mars 2020 | PAR Lise Lefebvre

Paul Agnew, à la tête des Arts Florissants, présentait le fruit d’un travail minutieux consacré à la structuration de pièces sacrées de Vivaldi. Pour le plus grand bonheur du public.

Souriant, Paul Agnew s’avance devant son orchestre et prévient d’emblée les spectateurs : la Grande Messe vénitienne de Vivaldi… n’existe pas. Le chef l’a constituée de toutes pièces, avec l’idée de placer dans un contexte éclairant le fameux Gloria RV589. Or « le prêtre roux » a accumulé suffisamment de matériau musical pour qu’on puisse reconstituer la liturgie catholique telle qu’elle se pratiquait au dix-huitième siècle; quitte à emprunter à d’autres airs sacrés de Vivaldi une musique adaptée au Sanctus ou à un Agnus Dei, absents de son œuvre. Une façon de faire courante à l’époque baroque, et pratiquée par le compositeur vénitien lui-même.

C’est donc une création à laquelle assistait hier soir le public de la Cité de la Musique, un public conquis d’avance, et invité à s’imaginer dans une église de Venise, au mois d’août 1715; peut-être à l’Ospedale della Pietà, l’orphelinat de jeunes filles où officiait Vivaldi. Toujours dans un souci de contextualiser l’œuvre, Paul Agnew dirigeait un orchestre entièrement féminin. De fait, on finit par accepter et même goûter l’ensemble de cette messe comme une œuvre cohérente; on s’habitue aussi à l’apparition de morceaux psalmodiés comme un chant grégorien par un chœur de femmes a capella, qui contrastent avec le raffinement baroque dont on a davantage l’habitude chez Vivaldi. 

L’excellence de l’orchestre, qui visiblement ne boudait pas son plaisir, aidait grandement à entrer dans la structure de l’œuvre. Le chœur n’était pas en reste, avec des pupitres parfaitement équilibrés entre eux, capables de puissance comme des nuances les plus fines. D’ailleurs, l’effectif réduit des deux formations a su apporter à cette messe baroque un degré d’intimité dont l’intensité n’était pas exclue pour autant. Dans le Crucifixus du Credo, par exemple, l’émotion qui émanait des staccatos – autant de clous enfoncés dans la croix – était palpable, tout autant que dans le fougueux et joyeux Resurrexit qui s’ensuivit. Sophie Karthäuser, souffrante, a été remplacée par la jeune soprano Violaine Le Chenadec. Un peu en retrait pour le bref duo qu’elle partageait avec la mezzo-soprano Renata Pokupic, elle a ensuite, dans le Laudate, révélé des aigus très purs, presque célestes, et une voix à l’émission claire, très émouvante et particulièrement adaptée à ce style de musique. Renata Pokupic, toute en retenue, peut-être un peu trop, a prêté son medium chaleureux à des passages plus dramatiques de la partition.

En guise de final rafraîchissant, le Laudate dominum de Michel Corrette, un contemporain du maître vénitien, a fait entendre l’œuvre sacrée sur la mélodie plus que connue du premier mouvement des Quatre Saisons, le Printemps, murmures du ruisseau et orage compris. Une façon de continuer à broder, avec humour, sur le thème de l’emprunt et de la citation à l’époque baroque. 

Comblé, le public s’est vu offrir une nouvelle fois, en bis, l’ouverture du Gloria RV589.

Crédit visuel: photo de Paul Agnew © Pascal Ortega

 

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