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[Interview]: Pumeza, Voice to hope « L’album chante l’espoir. L’espoir pour mon pays, mais aussi pour les futures générations de chanteurs d’opéra Sud-africains »

[Interview]: Pumeza, Voice to hope « L’album chante l’espoir. L’espoir pour mon pays, mais aussi pour les futures générations de chanteurs d’opéra Sud-africains »

27 février 2015 | PAR Marie Charlotte Mallard

Pumeza Matchikiza jeune soprano sud-africaine a su s’imposer sur les grandes scènes d’art lyrique et se pose aujourd’hui dans cet univers en talent prometteur. Issue des Townships, elle fait figure d’exemple et porte en elle l’espoir de la réussite autant que d’un monde meilleur. Un espoir qu’elle met en avant dans son tout premier album, mélange de chansons traditionnelles sud-africaines et d’airs d’opéra, sorti chez Decca  le 2 février dernier.

Votre album mélange répertoire lyrique et chants traditionnels sud-africain, pourquoi ce choix pour un premier album ? Est-ce parce qu’il était plus facile de s’imposer en marquant dès le départ sa différence où simplement par envie et fierté de pouvoir promouvoir la culture sud-africaine sur des scènes qui n’y sont pas habituées ?

La musique de cet album exprime ce que je suis : une chanteuse d’opéra et une sud-africaine. Nous avons choisi de combiner les diverses origines de mon héritage musical pour créer un opus qui soit une pièce unique. A mon sens, il n’existe pas d’autres albums comme celui-ci

Le surnom de Diva Africa, ne vous gêne-t-il pas parfois pour vous affirmer en tant qu’artiste lyrique seulement, n’avez-vous pas l’impression que l’on s’intéresse plus à vos origines, votre parcours qu’à votre voix ?

Je ne savais pas que l’on me surnommait ainsi, je n’ai jamais entendu ce nom auparavant. Pour moi, une artiste comme Miriam Makeba est la Diva africaine. Concernant le fait que mon parcours intrigue et que l’on en parle beaucoup, je comprends très bien la fascination que l’on peut avoir pour mon histoire. Néanmoins, à travers cela ce qui m’importe c’est de mettre en lumière ce si beau pays qu’est l’Afrique du sud. Un pays riche de potentiels et de diversités, mais toujours sur un long et douloureux chemin vers la liberté. Mon parcours fait aussi prendre conscience de la situation des gens dans ces quartiers défavorisés d’Afrique du sud dont je suis issue, notamment en termes d’éducation musicale car celle-ci reste destinée à trop peu de gens.

Vous avez grandi dans les Touwnships du cap, un lieu que l’on envisage comme étant plutôt éloigné du chant lyrique, comment avez-vous découvert votre voix ? Comment êtes-vous venue au chant lyrique ?

A l’école je chantais dans une chorale. Nous interprétions principalement des compositions Xhosa (ma langue maternelle) et des oratoires de Bach, Haendel et Haydn. Mais on ne comprenait pas réellement ce que pouvait évoquer cette musique. L’éducation musicale était très primaire, nous n’y étudions que le solfège. Plus tard, j’ai entendu la soprano suisse Edith Mathis chanter Mozart à la radio. C’est à ce moment que j’ai su ce que je voulais faire !

Grandir dans des quartiers difficiles, est-ce ce qui vous a donné la force de caractère nécessaire pour aujourd’hui parcourir les plus grandes scènes du monde et accomplir votre rêve ?

Oui, cela m’a donné la force et le courage d’être moi-même et de croire en mes instincts. J’ai également eu la chance de bénéficier du soutien et de la générosité de grands amis comme le compositeur sud-africain Kevin Volans, qui a financé mon voyage à Londres afin que je puisse participer à une audition du collège royal de musique.

Votre album s’appelle la voix de l’espoir, (voce of hope) pensez-vous faire figure d’exemple, de modèle ?

L’album chante l’espoir en tout point. L’espoir pour mon pays, mais aussi pour les futures générations de chanteurs d’opéra Sud-africains, sans oublier l’espoir que le bonheur de faire de la musique et de chanter puisse aider à créer un monde plus en paix.

Vous avez interprété Mimi de Puccini, quels sont les rôles que vous souhaiteriez particulièrement que l’on vous confie, et pourquoi ?

J’aimerais continuer à jouer du Puccini, particulièrement Liu (Turandot) et Lauretta (Gianni Schicchi). Je ferai mes débuts comme Micaela dans Carmen l’année prochaine puis en tant que Fiordiligi dans Cosi fan tutte. Mozart me permet de conserver une voix pure et claire. J’ai chanté Susanna et Pamina de nombreuses fois, ainsi que le rôle titre dans Zaide. L’année dernière j’ai chanté dans une magnifique mise en scène éclairée à la bougie le Didon & Enée de Purcell..

Quel est le compositeur, où le style musical que vous affectionnez particulièrement ?

Lorsque je ne suis pas en train d’étudier un rôle ou d’écouter un opéra, j’aime mettre du Led Zeppelin, du Nirvana, du jazz et de l’Umbhaganga qui est le type de musique sud-africaine sur lesquelles je danse à la maison. J’aime beaucoup écouter des symphonies et quelques vieux chanteurs comme Ponselle, Muzio, Norena, Ninon Vallin et Magda Olivero pour découvrir de nouvelles chansons et apprécier leurs différents timbres de voix.

Votre collaboration avec Rolando Villazón a beaucoup fait parler d’elle, pour la qualité mais surtout pour la fraîcheur, l’esprit festif et l’énergie que vous aviez, a quoi cette complicité est-elle due ?

Rolando est une telle source d’inspiration et le meilleur collègue que l’on puisse souhaiter. Il est tellement généreux et c’est très amusant d’être avec lui, j’ai beaucoup appris à ses côtés. Nous nous sommes rencontrés la première fois alors qu’il chantait Don Carlo au Covent Garden. J’étais dans le programme des jeunes artistes et chantais Tebaldo. Ensuite, il m’a invitée pour exécuter une performance dans son émission de télé « Stars of Tomorrow » à Berlin, c’est là que nous nous sommes retrouvés. Je l’ai recroisé au Xhosa click sounds ou nous avons pu faire un duo ensemble avec « Pata Pata ». C’était une belle réussite!

Pouvez-vous nous expliquez vos choix quant aux chansons traditionnelles sud-africaines présentes sur cet album, évoquent-elles des souvenirs, sont-elles émotionnellement reliées à vous, où simplement très populaires ?

Les chansons africaines sur mon album sont très diverses. Il y a des chansons pour danser, des berceuses, des chansons d’amour, des chansons folks, mais elles portent toutes un sourire et l’espoir surtout. La dernière chanson est une chanson écossaise « Freedom, Come All Ye’ » que j’ai interprété lors de l’ouverture des jeux du Commonwealth. Elle est née lors des protestations dans les années 1960 et mentionne une commune du Cap, ou j’ai grandi.

La presse parle beaucoup de vous, cela ne vous met-il pas trop la pression ?

Les choses arrivent si vite. Tant que je pourrai garder cette intensité je serai contente. Néanmoins, quand votre instrument est votre voix vous devez faire extrêmement attention et gérer la fatigue.

Quels sont vos projets pour 2015 ? Sur quelles scènes allons-nous pouvoir vous admirer à l’avenir ?

En mai, je vais faire mes débuts à La Scala dans le nouvel opéra de Giorgio Battistelli appelé Co2, inspiré par le film d’Al Gore, An inconvenient Truth. Dans l’été, j’ai quelques autres Didon et récitals en Grande-Bretagne. Plus tard dans l’année je retourne en tant que Mimi dans un remake de La Bohème à Stuttgart. Entre-temps, j’enregistrerai mon prochain album pour DECCA !

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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