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[Interview] La fantaisie de Laurence Equilbey

[Interview] La fantaisie de Laurence Equilbey

23 septembre 2014 | PAR Bérénice Clerc

Une après-midi de septembre, le soleil se reflète dans les yeux bleu Klein de Laurence Equilbey. Chemise blanche, sourire, verticalité germanique, humilité et humour en stock elle nous offre ses mots et sa vision de la musique. Chef d’orchestre passionnée d’art contemporain et à l’écoute du monde, nous lui avons posé quelques questions sur la web-série intelligente et drôle et le disque du Requiem de Mozart dont nous vous parlions ici et que vous pouvez gagner .

Présentez-nous Insula orchestra

Insula orchestra est un orchestre de 45 à 50 musiciens sur instruments d’époque, je l’ai créé il y a deux ans grâce au Conseil général des Hauts de Seine. Je pensais à cela depuis très longtemps, c’est un rêve depuis mes « années  viennoises » mais jusqu’alors les conditions n’étaient pas réunies pour le faire.

J’ai toujours travaillé avec  des orchestres sur instruments d‘époque. Aujourd’hui, l’opportunité de création d’Insula orchestra me permet de multiples projets. Nous dédions notre travail à la période du siècle des lumières et du pré -romantisme, jusqu’au jeune Berlioz.

Pourquoi avoir choisi le Requiem de Mozart comme premier enregistrement pour Insula orchestra ? 

Nous avons cherché un premier enregistrement en collaboration avec Accentus qui sera, évidemment, un partenaire musical important pour l’oratorio et l’opéra.

Nous avions envie d’enregistrer ensemble une œuvre emblématique, très connue du grand public afin de partager cette musique avec  les gens, mais aussi  une œuvre complexe d’un point de vue musicologique pour montrer l’aspect scientifique de notre travail artistique. La question du positionnement par rapport à une œuvre inachevée est importante: les choix de versions, d’orchestration… Et le partage avec le plus grand nombre est essentiel pour nous.

Pourriez-vous nous raconter toutes ces étapes de création entre le moment où vous décidez de monter le Requiem de Mozart et l’enregistrement final ? 

J’ai adopté la stratégie habituelle pour mes enregistrements, nous l’avons beaucoup joué avant en concert puis à la fin de la deuxième production nous l’avons enregistré. Cela permet d’avoir du recul par rapport à cette œuvre que je n’avais jamais dirigée avant.

J’ai toujours voulu monter le Requiem mais j’attendais vraiment le bon moment pour avoir le temps de faire mes expériences.

J’ai pu faire mes choix d’orchestrations parmi les nombreuses alternatives possibles en fonction des fragments adoptés, des arrangements…

J’ai principalement travaillé à partir de la version de Franz-Xaver Süssmayr l’élève de Mozart, pour certains passages j’ai choisi des fragments d’autres arrangeurs d’avant Süssmayr et moi-même j’ai changé légèrement l’orchestration de certains passages comme le font traditionnellement les chefs d’orchestres.

Qu’apporte Insula orchestra au Requiem de Mozart déjà tellement enregistré ?

Je crois que nous n’avons pas cherché une vision révolutionnaire !

L’interprétation est régulièrement modifiée par elle-même au fil des ans, le son est différent, l’énergie autre, le pathos change.

Nous étions heureux de graver une version sur instruments d’époque car les existantes sont anciennes.

Moi j’apporte ma propre vision, ma fantaisie, j’aime un Mozart juvénile, « vif argent ». Il est très profond avec une vivacité soudaine, des émergences, des jaillissements que j’adore.

Cela va peut-être paraître prétentieux mais au fond c’est tout le contraire, j’ai envie de proposer une interprétation universelle, de jouer avec la mémoire collective, ne pas chercher à faire quelque chose de « spécial ».

J’essaye toujours de ne  pas faire sentir le travail de l’interprète, j’apporte par cette vison une forme de naturel, de spontanéité  comme si l’œuvre n’avait pas été fabriquée en amont.

D’un point de vue plus technique j’aime la transparence, la clarté des lignes, l’équilibre, les balances, c’est vraiment ma passion. L’émotion et l’engagement peuvent naître grâce à de nombreux critères et exigences. Nous travaillons aussi beaucoup la question de l’expressivité et la portée symbolique des intervalles. C’est essentiel dans la musique sacrée de Mozart.

Parlez-nous de cette web-série autour du Requiem 

Avec mes équipes et la musicologue spécialiste de Mozart, Florence Badol-Bertrand, nous avions vraiment à cœur de développer un échange avec les adolescents et les jeunes adultes. Le format vidéo est idéal pour les jeunes, il est ludique et enseigne. Nous avons eu l’idée de travailler sur les légendes, les mythes et les fausses idées qui circulent autour du Requiem. Il s’agit à la fois d’un journal de bord de notre enregistrement et une façon amusante de livrer des vérités scientifiques sur cette œuvre par le truchement d’un jeune homme, Lorenzo,  fasciné par le Requiem, qui nous aime bien et s’incruste à notre enregistrement. Les clips commencent par une rencontre avec moi, puis le propos central et une chute toujours humoristique ou nostalgique pour donner l’envie de suivre la série.

Il n’y a aucune économie, pas de recette, de logique commerciale pour cette web série, elle est gratuite et à disposition sur internet mais aussi pour les professeurs de musique avec une brochure associée afin de partager un maximum de choses avec un maximum de gens autour  de Mozart.

A la fin nous parlons évidemment d’un disque mais le log book n’a pas été fait pour vendre des disques, il est fait pour désenclaver la musique classique, créer une communauté autour d’une œuvre, la faire découvrir aux plus jeunes.

Nous aimons avoir une constellation d’activités et de propositions,  souvent numériques, pour créer tout un univers autour de nos projets.

L’accroche est pour les jeunes adultes, mais les familles, les très jeunes et les plus âgés pourront aimer, l’essentiel est d’entendre parler de Mozart, du Requiem, de pouvoir en parler et d’en garder quelque chose.

Comment s’est déroulé le tournage ?

Nous avons eu la chance de l’enregistrer au château de Versailles et la grande chance d’avoir la connivence de toutes les équipes du château.

Nous avons tourné trois jours dans le château pendant l’enregistrement avec le choeur et l’orchestre en live et puis un autre jour pour les scènes complémentaires et pour l’épilogue.

Il s’agit d’un docu-fiction, avec une trame dans laquelle la matière musicologique était scénarisée,  mais il y avait également de la place pour la magie de la rencontre, la spontanéité. Il n’était par exemple pas prévu que je propose ma baguette à Lorenzo et lui montre quelques gestes de direction, ni qu’il m’attache à un fauteuil dans le dernier épisode…

Comment allez-vous communiquer pour cette web-série ? 

Nous visons les jeunes,  donc nous allons tenter de parler leur langage, les réseaux sociaux, you tube, les blogs, internet, nous misons tout sur le viral du web ! Cette web-série est aussi un dvd bonus offert avec le disque,  seulement disponible à la Fnac et pour 2000 exemplaires.

Quels sont les projets d’Insula orchestra ? 

Nous avons une importante série qui va démarrer qui s’appelle Bataille et Victoire avec deux œuvres relativement inédites, Le roi Stéphan de Beethoven et Bataille et Victoire de Weber qui relate la bataille de Waterloo. Des œuvres imposantes,  des musiques de combats, de paix et des musiques de mariage très grand public, très beau et très actif !

Ensuite nous aborderons un programme purement symphonique « Symphonie d’un monde nouveau », avec  La symphonie Concertante de Mozart avec Antoine Tamestit à l’alto et Veronika Eberle au violon, une ouverture formidable de Fanny Mendelssohn et la quatrième symphonie de Schubert.

Un projet rêvé pour Insula orchestra ? 

Rêvé ? ! J’attends l’implantation sur l’île Seguin pour inventer des nouvelles formes avec des plasticiens, des artistes visuels. J’ai hâte de développer cet aspect là du spectacle vivant. Nous sommes très heureux d’être dans les Hauts de Seine, de commencer les concerts à l’étranger, d’être associés à la Philharmonie de Paris et à Aix en Provence.

Visuel (c) Laurence Equilbey

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Profondeurs, jaillissements et émotions universelles du « Requiem de Mozart »
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

One thought on “[Interview] La fantaisie de Laurence Equilbey”

Commentaire(s)

  • Bounieux Chantal

    Je découvre cette interview seulement ce soir …
    Avec le recul depuis l’enregistrement , je dois dire que je ne me lasse pas d’écouter ce disque , que je trouve plein de fraîcheur .J’ai revu avec plaisir les extraits du feuilleton ludique où intervient le jeune Lorenzo , bien que j’aie l’âge d’être sa grand-mère !
    Merci encore .

    janvier 26, 2016 at 22 h 31 min

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