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Profondeurs, jaillissements et émotions universelles du « Requiem de Mozart »

Profondeurs, jaillissements et émotions universelles du « Requiem de Mozart »

23 septembre 2014 | PAR Bérénice Clerc

Laurence Equilbey, Insula Orchestra et Accentus sortent chez Naïve, le 29 septembre, un Requiem de Mozart puissant. Architecture exigeante, couleurs démultipliées, pulsation exaltante, reliefs inexplorés, voix soulevées, Le Requiem de Mozart d’Insula orchestra illumine le sacré. Une vague de fraîcheur pour ce monument de la musique classique trop souvent pompeusement interprété. Laurence Equilbey répond ici à nos questions, nous parle de ses choix et de sa web-série drôle, intelligente et disponible en ligne autour de l’enregistrement du disque du Requiem de Mozart à gagner .

 Laurence Equilbey a choisi le Requiem de Mozart comme premier enregistrement pour Insula orchestra avec Accentus, Sandrine Piau, Sara Mingardo, Werner Güra et Christopher Purves.

Toute La Culture avait vibré au concert du Requiem, l’interprétation multicolore et enlevée avait convaincu toute la salle.

Les versions du Requiem de Mozart sont nombreuses, tout le monde connait au moins quelques notes même via un remix électro.

La musique est souvent plus puissante en concert, l’attente du disque était grande, la déception possible.

Il n’en est rien, dès les première notes cette nouvelle version du Requiem de Mozart emporte l’auditeur dans un univers unique, il semble revenir de loin comme une vieille mélodie enfermée depuis toujours dans notre inconscience.

Il faut un immense travail en amont pour arriver à une telle légèreté, une simplicité, un dépouillement suspendu et fulgurant.

Les nuances expressives, les rythmes, les orchestrations, les lumières, les balances, les équilibres, tout semble facile, le Requiem souffle, vit ici et maintenant dans une immédiateté innocente.

La plainte des violons croise l’intensité du jeu d’Accentus, la puissance du Rex fait trembler, la profondeur des timbres, la pureté des tessitures rencontrent le vibrant Dies Irae, le spectre du jugement dernier rode, le chœur fait résonner une douce prière, le lacrimosa bouleverse de douleur jusqu’à la grandiloquence finale.

Laurence Equilbey est parfaitement à l’aise dans le Requiem de Mozart, sa fantaisie, ses exigences et sa profonde émotion sans pathos font naître une spiritualité tournoyante, vive, joyeuse sans perdre la force de la douleur profonde, injuste, innocente, puissante et sans fausse larme.

Solistes, chœur et orchestre se croisent, fusionnent, donnent corps à la transparence, font respirer, exhalent le parfum sensuel de l’émotion, exaltent toute la force, les jaillissements de Mozart et de son Requiem interrompu par la mort.

Fulgurance de la vie, vitesse de la lumière et du son, douleur de la perte densité des notes, tout est dans ce Requiem aux émotions universelles.

Mozart, son Requiem sont sublimés par cette percutante interprétation respectueuse de l’histoire et tournée vers l’avenir.

Comme les rayons d’un vélo disparaissent pour l’œil quand ils tournent Laurence Equilbey rend invisible le labeur pour laisser place à la beauté multicolore du geste de la musique pure.

Un disque à écouter sans modération, avec risque d’accoutumance et même de dépendance probable !

Un bonheur ne vient jamais seul, Laurence Equilbey décide comme toujours de ne pas se prendre au sérieux et propose une web-série autour de son travail sur le Requiem pour donner envie aux jeunes d’écouter Mozart et de parler du classique loin des clichés, pourtant infondés, associés à cette musique.

Brigitte production, Mohamed Bechrouri et les équipes de Laurence Equilbey ont imaginé et filmé un docu-fiction dans lequel Lorenzo un jeune fan du Requiem de Mozart décide d’écrire à son idole Laurence Equilbey et de squatter l’enregistrement de son disque.

D’épisode en épisode les spectateurs découvrent la face cachée de l’enregistrement d’un disque, la personnalité comique de Laurence Equilbey sans oublier de nombreuses connaissances scientifiques sur Mozart. Une très belle façon de transmettre avec légèreté des connaissances sérieuses sur Mozart et sortir du ridicule carcan pseudo élitiste de la musique classique.

Un teaser et deux épisodes sont déjà en ligne trois autres sont à venir et un épilogue dans la même veine humoristique est également attendu. (22, 25 septembre, 2 octobre).

Jeunes et moins jeunes vont aimer le ton fantaisiste, l’humour et les apports historiques et musicologiques. Pour les enfants et adolescents du CM1 à la fin du collège, une brochure est même disponible afin d’ accompagner le visionnage de la série en cours de musique. Ils vont, à n’en pas douter, adorer la série, les discussions annexes et ne pas avoir envie de revenir à l’apprentissage du « Ah vous dirais-je maman à la flute à bec » !

Distance, humilité, passion de la musique, du partage sont palpables dans ce docu-fiction. Humour, légèreté, accessibilité sans s’éloigner du fond et de l’exigence de transmission font un bien fou à la musique classique trop souvent enclavée et méconnue.

Un sublime Requiem de Mozart, une web-série exaltante, Laurence Equilbey met son énergie et sa créativité au service du grand public, une fois de plus, rien à dire, applaudir et espérer qu’elle contamine tous ses collègues !

Visuels (c) : DR

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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