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Festival de Saintes : Monteverdi suave et le piano romantique de Bertrand Chamayou à l’Abbaye aux Dames

Festival de Saintes : Monteverdi suave et le piano romantique de Bertrand Chamayou à l’Abbaye aux Dames

20 juillet 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

Cette deuxième soirée de Toute La Culture à l’Abbaye aux Dames a été aussi agréable que la première, pour l’avant-dernier jour de cette édition 2013 du Festival de Saintes. L’excellence musicale était au rendez-vous aussi bien dans le répertoire baroque du Concerto Soave que dans les élans romantiques du piano impérieux de Bertrand Chamayou. Live-report.

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Toujours ensoleillée, la soiré a commencé tôt sur le site apaisant de l’Abbaye aux Dames de Saintes. Vers 18h30, nous avons dîné dehors aux pieds du site, à l’hôtel restaurant « Les saveurs de l’Abbaye » qui propose un menu raffiné et d’une fraîcheur réjouissante (entrée + plat ou plat + dessert pour 18 euros), avec un service habitué à la performance pour que les festivaliers arrivent à temps au concert.

C’est donc parfaitement à l’heure et tout à fait concentrés que nous avons pu entendre le Concerto Soave dirigé par le claveciniste Jean-Marc Aymes dans un répertoire entièrement monteverdien. C’est sur instruments anciens, archiluth, harpe et viole de gambe en tête, et portés par les trois voix exceptionnelles de la soprano argentine Maria Cristina Kiehr et des barytons suisse et italien Stephan McLeod et Furio Zanasi que nous nous sommes laissés envoûter par des thèmes mythologiques et amoureux. l’objectif du concert était aussi de nous prouver qu’il y avait un côté Caravage dans la peinture naturaliste des émotions que propose la musique de Monteverdi. Une démonstration qui a commencé en douceur par un duo des deux barytons argumentant, note après note que « Tout amoureux est un guerrier », et qui s’est poursuivi par deux morceaux de bravoures. D’abord, les 20 minutes de la bataille de Tancrède et Clorinde, épisode adapté de la Jérusalem Libérée où sensualité et foi coexistent et qui prend la forme d’un madrigal entièrement chanté et récité par l’excellent Zanasi.

Puis après une brève pause, la voix époustouflante de la charismatique  Maria Cristina Kiehr est entrée sur le devant de la scène. La flamboyante soprano, à qui l’on doit de nombreux enregistrements de musique ancienne chez Harmonia Mundi, dont le fameux « Maddalena a piedi di christo » de Caldara dirigé par René Jacobs, a revécu dans chaque fraction de son chant et de son jeu habités l’abandon d’Ariane par Thésée, dans le fameux Lamento de Claudio Monteverdi. Encore une quinzaine de minutes de chagrin-cristal où nous avons retenu notre souffle, reprenant de l’oxygène pendant le sublime chœur formé par le duo des barytons. La fin du spectacle a été plus léger, les trois voix se mêlant avec grâce sur les envolées scherzo de l’orchestre pour des thèmes amoureux et printaniers qui ont finalement culminé avec, en bis, une ode au vin et à la vie.

Le Concerto Soave ayant terminé vers 21h15, nous avions devant nous une quarantaine de minutes pour nous élancer à la découverte de la ville de Saintes. Marchant vers la Charente, nous avons pu voir les superbes vestiges gallo-romains dont l’Arc de Germanicus datant du premier siècle et sauvé en 1843 de travaux par l’intervention de l’écrivain Prosper Merimée. Dans la lumière douce de la tombée de la nuit, ces traces du passé antique de la ville nous ont pleinement enchantés.

Après cette petite marche dans le temps, nous avons agréablement sauté par-dessus les quelques décennies qui séparent Monteverdi de Schubert pour nous plonger avec le pianiste Bertrand Chamayou dans un répertoire pleinement romantique. Dans un silence et une attention qui semble être la règle d’or à Saintes, et devant une abbaye toujours comble, le « soliste instrumental de l’année » 2011 aux Victoires de la musique classique a commencé par 12 Ländler énergiques de Schubert avant de se plonger dans l’une des œuvres les plus impressionnantes au piano : la « Wanderer fantasie » que Liszt avait même projeté d’adapter pour piano et orchestre plutôt que pour simple piano. Avec une virtuosité impressionnante dans un morceau mythique, notamment pour son très difficile final, le pianiste de 32 ans a su transmettre la gravité et les subtils changements d’humeur des 4 mouvements de cette véritable petite symphonie pour piano seul.

http://www.youtube.com/watch?v=4eP-e0_pgpI

Acclamé avant l’entracte, Bertrand Chamayou a laissé quelques minutes à son public avant d’enchaîner sur du Wagner (transcrit aussi par Liszt) et en morceau de bravoure des extraits du disque qui lui a valu la victoire de la musique du « meilleur enregistrement » l’an dernier : les années de pèlerinage de Franzt Liszt. Culminant avec « Après une lecture de Dante », ce moment de piano romantique à l’Abbaye des dames était une véritable révélation. A la fois d’une excellence technique impressionnante et imaginatif et plein d’émotion, le jeu de Bertrand Chamayou nous a entièrement conquis, inscrivant ses interprétations des pièces qu’il a choisies très profondément dans notre mémoire.

http://www.youtube.com/watch?v=UY6NO0wR_pE

C’est légèrement graves et renvoyés aux sentiments qu’ont pu susciter les pièces des deux Franz (Schubert et Liszt) que nous avons quitté Saintes pour cette année, dans le désir et l’espoir de venir découvrir ou redécouvrir d’autres talents classiques et autres l’an prochain.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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