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Clôture sous le signe de la musique française à La Chaise-Dieu

Clôture sous le signe de la musique française à La Chaise-Dieu

02 septembre 2020 | PAR Gilles Charlassier

L’édition 2021 du Festival de La Chaise-Dieu se referme sur deux concerts mettant à l’honneur des facettes contrastées de la musique française, entre la musique religieuse du dix-neuvième siècle par Hervé Niquet et Le concert spirituel, et un nouvel opus de la Symphonie imaginaire sur des pages de Rameau par Marc Minkowski et Les musiciens du Louvre.

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Pour sa journée de clôture de l’édition 2021, le Festival de la Chaise-Dieu, sous la direction artistique de Julien Caron, met à l’affiche deux programmes inédits. Le premier, l’après-midi à 15 heures, dans l’abbatiale Saint-Robert, propose une reconstitution d’un office liturgique du dix-neuvième siècle, avec des pages de l’oeuvre religieuse de Saint-Saëns – Veni creator ; Credo de la Messe opus 4 ; Offertoire pour la Toussaint en fa majeur : Justorum animae in mani Dei sunt – et Gounod – Kyrie, Gloria, Sanctus, Benedictus et Agnus Dei de la Messe vocale, ainsi que les Septs dernières paroles du Christ – ponctuées au milieu par une improvisation à l’orgue. Après la désormais consacrée ouverture au grand orgue, Hervé Niquet et les voix de son Choeur du Concert Spirituel, soutenues par l’orgue positif de François Saint-Yves, déclinent les différentes séquences de l’office, introduites par un hymne grégorien, Lucis creator optime. On retrouve le corpus grégorien de Notre-Dame de Paris avec l’envoi, Te lucis ante terminum, juste avant les Sept dernières paroles du Christ de Gounod, livrées en conclusion de cette plongée dans une nef à l’âge romantique. Si certains épisodes de ce recueil placé à l’heure de la communion ne manquent pas de relief expressif, l’ensemble des pièces du spicilège privilégie l’économie du mouvement cécilien, relayée par la couleur diaphane des pupitres, et relève d’un intérêt d’abord documentaire.

Après le recueillement de l’après-midi, la soirée prend une allure nettement plus festive avec un nouvel épisode de la Symphonie imaginaire de Rameau, une quinzaine d’années après l’enregistrement devenu célèbre, avec une pages orchestrales du compositeur français pour mettre en avant son génie symphonique et de l’imagination instrumentale. En préambule du concert, Marc Minkowski résume en quelques mots le projet, initié par Ivan Alexandre, et l’orientation de ce nouvel opus, qui fait aussi une part à la musique vocale, comme un Mahler a pu le faire dans l’histoire de la symphonie – la comparaison s’arrête là. Si dans l’enregistrement du même programme réalisé pendant le confinement de cet hiver, la partie de baryton a été confiée à Florian Sempey, c’est Thomas Dollié qui prend ici le relais pour cette création devant un public.

En soirée, également en l’abbatiale Saint-Robert, après la traditionnelle ouverture à l’orgue et le Concerto pour deux violons en ré mineur BWV 1043 de Bach, avec pour solistes Thibault Noally et Nicolas Mazzoleni, dans une lecture qui favorise une densité roborative enveloppant la virtuosité concertante, l‘Ouverture de Castor et Pollux donne le signal du chatoiement ramiste de rythmes et de couleurs, que ne démentira pas l’Air tendre en rondeau extrait de Zoroastre. De l’acte II des Paladins, l’Entrée très gaye des troubadours prélude à l’air d’Orcan, « Je ne puis me venger moi-même », complété par un air de Furie du même acte, et donne un aperçu initial de l’expression dramatique du baryton français qui s’épanouit dans la scène 5 de Huascar de l’entrée Les incas du Pérou dans les Indes galantes, précédée par l’Air pour les esclaves africains, tirée de l’entrée Le Turc généreux et deux numéros des Fleurs – Air pour les Zéphyrs et l’Air pour Broée et la rose – où s’affirme une plénitude de la texture sonore, soulignée par l’équilibre de la balance rythmique. Thomas Dollié condense une puissance théâtrale, soutenue par un assombrissement de la couleur vocale et qui s’accentuera dans la scène d’Anténor au quatrième acte de Dardanus, après quelques extraits d’Acanthe et CéphiseOuverture, Entrée des chasseurs et chasseresses et Rigaudons – et une Air de musette de la Naissance d’Osiris, où se distingue un duo de clarinettes, sonorité nouvelle pour l’époque. Une Sarabande pour la Statue de Pygmalion bien calibrée conduit à quatre pages puisées dans Castor et Pollux pour refermer la boucle : un alerte Tambourin pour les Spartiates, des Airs très gais et un air de Pollux, « Nature, Amour, qui partagez mon cœur », empreint de sentiment et de précision rhétorique, avant la Chaconne conclusive, épilogue lumineux pour cette suite orchestrale et vocale habilement construite, où se reconnaît l’identité musicale de Marc Minkowski et des Musiciens du Louvre, faite de générosité sonore indéniablement efficace, plus que d’expérimentations, et toute indiquée pour une clôture festive. La Danse des sauvages des Indes galantes donnée en bis – et qui figure au menu de la première Symphonie imaginaire – ne le démentira pas.

Gilles Charlassier

Festival La Chaise Dieu, concerts du 29 août 2021, Abbatiale Saint-Robert, La Chaise-Dieu, festival du 19 au 29 août 2021

© Julien Benhamou

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