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[Chronique] Couturier et Lechner, Moderato Cantabile, entre douce légèreté et profondeur d’âme

[Chronique] Couturier et Lechner, Moderato Cantabile, entre douce légèreté et profondeur d’âme

06 octobre 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

Fort d’une collaboration de dix ans au sein du Tarkovsky Quartet, formation principalement tournée vers l’univers cinématographique D’Andreï Tarkovsky, François Couturier et Anja Lechner présentent un nouveau projet Moderato Cantabile.

Schuber.inddModerato cantabile présente les arrangements des œuvres de trois compositeurs étrangers Gurdjieff, Komitas et Federico Mompou associées à trois compositions de François Couturier. Un album excursionniste qui porte en lui la douceur, la poésie du récit de voyage et semble dessiner les paysages méconnus du grand est. Un album ou se mêlent Oural, Orient, réminiscences  Jazz, et propose un univers captivant, sensible, épuré et minimaliste mais toutefois chargé d’une grande profondeur d’âme. En effet, si l’opus nous apparaît peindre mille beautés extérieures terrestres, le voyage nous embarque étonnamment dans les abysses de l’intériorité et de l’introspection, comme dans les récits initiatiques où de l’immensité de l’ailleurs, nait la dissection de l’intime, le recul sur soi-même comme sur le monde. Outre l’atmosphère poétique et philosophique qui en ressort, l’on est séduit tout au long de l’écoute par la sensualité des sons, la fluidité de la parole que s’échangent parfois presque imperceptiblement le piano et le violoncelle.

Avec les compositions du philosophe gréco-arménien George-Ivanovitch Gurdjieff l’on navigue entre univers sacré et populaire. Une impression mise en valeur tant par la chaleur et l’amplitude du violoncelle que par les sonorités cristallines du piano notamment dans Sayyid Chant and Dance no°3/Hymn n°7 qui signe l’entrée en matière dans l’univers abstrait de Moderato Cantabile. A contrario, dans Nigth Procession on traverse le continent européen d’ouest en est, et c’est entre orient et occident, qu’il nous paraît osciller, avec un brin de Chopin porté par le piano et l’orient porté par le violoncelle, résurgence d’oud et de vielle. Des divagations en terres inconnues que l’on retrouve également dans la composition de Komitas, Chinar es. Le piano ici fait ressortir sur fond de mélodie populaire la naïveté enfantine de la découverte. La rythmique nous rappelle les rondes populaires tandis que l’ailleurs s’ouvre sous nos yeux.

Deux esthétiques, deux imaginaires et surtout une lumière, une ouverture, que l’on retrouve synthétisés dans les compositions de Fédérico Maupou. Sincérité, candeur, simplicité, plénitude, spiritualisme et orientalisme sont autant de caractéristiques qui définissent l’univers du compositeur catalan et que l’on ressent particulièrement dans les versions de Cancion y Danza VII et Musica callada XXVIII/ Impresiones intimas I proposées dans l’album. Outre l’indéfini de l’univers du compositeur, l’envoûtement ici tient également à cette sensation d’infini que semble revêtir les morceaux choisis par Lechner et Couturier. En effet, les œuvres ne semblent jamais vraiment se clôturer, elles flottent, leurs auras semblent continuer de planer doucereusement.

L’infini de l’ailleurs se retrouve également dans les compositions de François Couturier, avec cette composition si justement nommée Voyage qui tel un incipit où tel le peintre crée et esquisse sous nos yeux des éléments de décors qui fonderont le tableau de rêveries aventurières. Là encore, règnent la sérénité, l’émerveillement, la lumière, des éléments que l’on retrouvera dans Papillons, ou le compositeur jouera avec la texture même des sons, suggérant le mouvement des ailes par le froissement et le crissement de la corde, tandis que le piano entretiendra un caractère énigmatique. Soleil Rouge clairement jazz tranchera quant à lui avec le reste des compositions proposées par le duo.

Aérien, méditatif sans être contemplatif, Moderato Cantabile revêt tout du long une multiplicité des influences qui crée le mystère, l’étrangeté mais qui surtout suscite attirance et fascination mystique. Un opus délicieusement intrigant, où la poésie est tant légère que profonde.

Anja Lechner & François Couturier, Moderato Cantabile, ECM News Series, sorti le 15 septembre

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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