Musique

Madonna (MDNA), reine ou esclave ?

30 mars 2012 | PAR Margot Boutges

Quatre ans après Hard Candy, Madonna envoie MDNA, au titre plus addictif que le contenu, dans les bacs. Du son aseptisé taillé pour le dancefloor émaillé de trop rares bonnes idées.

« There’s only one queen, and that’s Madonna, bitch ! », assure la rappeuse Nicki Minaj à la fin de la piste « I don’t give a ». Un message adressé à Lady Gaga et consœurs ? Lors de sa prestation au Super Bowl le 5 février dernier, Madonna, enfonce le clou, vêtue des attributs de Cléopâtre. Une Cléopâtre tendance fin de règne, serait-on tenté de dire tant son dernier album n’est pas à la hauteur du passé glorieux qui fut le sien.

On n’enlèvera pas à Madonna son statut de grande prêtresse de la pop qui a su concilier mainstream et avant-gardisme au cours d’une carrière en perpétuel renouvellement. Mais ce douzième album annonce pour la chanteuse une décennie plutôt fadasse, à l’image de son précédent opus, Hard Candy. Avec MDNA, Beni Benassi et Martin Solveig ont conçu un bulldozer taillé pour les nightclub à l’image de l’ecstasy MDMA. On ingurgite une série de morceaux de dance électro désincarnée sur laquelle on n’a pas vraiment envie de s’envoler à l’image de « Girl gone wild », « I’m addicted » ou de « Turn up the radio ». Dans « Some Girls », la voix robotisée de Madonna invite les filles à avoir  la « fun  attitude ». Pas de chance, celles-ci continueront à se déchainer sur Cyndi Lauper. Ce même organe trafiqué se la joue jukebox enrayé dans l’insipide « My superstar ». Quant au single « Give me all your loving », qu’on reconnait efficace et entrainant, il fait retomber Madonna en adolescence, à la rencontre d’Avril Lavigne. Mado ne crée plus les tendances, elle les suit servilement.

Ou presque ! Car MDNA réserve quelques bonnes surprises qui viennent nous dire que la Madonne en a encore sous le pied. Des surprises en forme de lattes dans la gueule : Dans « Gang bang », écrit par Mika, le fouet et le flingue rencontrent les crissements de pneus. Madonna est aussi vénère qu’une Nancy Sinatra qui aurait avalé une bagnole de Death proof. Elle ne décolère pas dans « I don’t give a » où elle évoque son divorce avec Guy Richie au rythme des phrases lapidaires de la rappeuse Nicki Minaj. La reine n’a pas besoin d’un prince consort, qu’on se le dise ! Voila du lourd ! Du bon ! A l’image du chœur symphonique glorificateur qui clôture le morceau en apothéose. Viennent les ballades finales. « Falling free » achève l’album en douceur. Il aura fallu attendre douze titres pour que la voix de la Madonne se fasse vraiment entendre, ramenée à la vie par William Orbit, qui avait produit Ray of Light en 1998, album dans lequel elle s’était incarnée toute entière. Une voix émaillée de quelques faiblesses qui donne le sentiment de saisir la Reine dans son intimité.

Ces moments de « lâcher prise » semblent bien rares chez cette control freak/contrôle Fric (cf Evene) qui ne semble presque plus connaitre que le jeu de l’autocélébration. Pourtant, à 53 ans, Madonna se fendille : Malgré la rigueur d’un entraînement intensif, ses performances sur scène (voir celle du Super Bowl) perdent en souplesse tandis que les prix de ses concerts s’envolent. Madonna, toujours portée par l’énergie de ses ambitions se la joue plutôt raide et chancelante dans les pirouettes. Face au temps qui passe, elle choisit l‘indifférence, à l’image épique de cette Cléopâtre continuant d’envoyer jusqu’au bout ses troupes à la charge sans revoir à la baisse d’un iota son esprit de conquête. Si cette attitude n’est pas dénuée de classe (et de pouvoir sexuel), elle trouve ses limites quand la chanteuse s’enferme dans le rôle de la jeune clubbeuse. Madonna, jadis toujours en avance sur son époque, semble avoir du mal à se réinventer tant l’obsession de rester en haut de l’affiche semble dicter sa conduite. C’est pourtant peut-être en acceptant enfin ses transformations qu’elle retrouverait un nouveau souffle. Et les clefs de la subversion qui, disons le net, n’appartiennent pas qu’à la jeunesse.

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Margot Boutges

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