Théâtre
« Moderato » : pièce en appartement hypnotisante, en janvier à Paris

« Moderato » : pièce en appartement hypnotisante, en janvier à Paris

10 septembre 2016 | PAR Geoffrey Nabavian

Elle revient en ce mois de janvier ! Lors de sa présentation à Paris et à Lyon, en septembre, cette adaptation de Marguerite Duras jouée par l’étonnante Audrey Liebot a su déployer son univers curieux, et faire naître le trouble, avec simplicité et talent. On attend le prochain projet de la Compagnie Magnolia : Sarah Kane en intégrale.

Audrey Liebot Moderato Cie MagnoliaA la sortie de l’ascenseur, on a été guidés jusque dans l’appartement. En face de nous, la comédienne Audrey Liebot se tenait prête. Avec juste, derrière elle, quelques immeubles. Les stores se sont baissés, et nous sommes partis pour quarante minutes dans le chapitre 7 de Moderato Cantabile. Le moment où Anne Desbaresdes, personnage principal, perd le contrôle d’elle-même en plein dîner, au cœur d’un espace domestique soudain ouvert à tous les courants de pensée.

« Le saumon », servi longuement, puis d’autres mets venant à la suite, décrits avec pragmatisme par Marguerite Duras, avec entre eux, les idées et les gestes troublés de son personnage principal, pas loin d’être ivre… Un cadre qu’on a traversé juste à travers la voix et la présence, hypnotisantes, d’Audrey Liebot, entourée d’un dispositif minimaliste. Un jeu quasi immobile, avec quelques gestes qui se sont déployés en des moments précis, puis ont duré… Un micro et son socle, pour faire exister un espace grâce au son. Une lumière tamisée, un peu angoissante, produisant un curieux effet d’ombre derrière notre comédienne. Et les yeux de celle-ci, grands ouverts à l’excès, portés sur on ne sait trop quoi. Notre interprète décrivait-elle ce qu’elle voyait ? Et d’abord cette femme, face à nous : s’agissait-il d’un personnage romanesque, ou d’une voix issue d’une autre temporalité, ou encore d’Audrey Liebot disant le texte ? Les principes de l’« acteur-régisseur », technique initiée par le dramaturge, metteur en scène et régisseur Moreau, ici collaborateur artistique et metteur en scène, se sont faits sentir : être là, dire le texte entouré d’un minimum de moyens – juste assez pour ouvrir vers un ailleurs incertain – et limiter le cadre et les explications (1).

On a aimé, en tout cas, cet espace curieux créé par les petits échos de la parole dans le micro. Et l’absence de musique aussi, qui laissait sonner la diction ultra précise d’Audrey Liebot, finalement troublante. Cette sobriété a suffi pour figurer un monde, pour décaler ce cadre réaliste vers un ailleurs très incertain. Pour se trouver là, avec un texte, original, une voix, originale, une femme, originale, et une vraie sensation.

Audrey Liebot et la Compagnie Magnolia sont engagées dans un projet, à l’assez long cours : la création de l’intégrale des cinq pièces signées Sarah Kane, sous le titre de Please Open the curtains. La mise en scène de L’Amour de Phèdre a été réalisée en cet été 2016, à la Télhaie (56), avec les comédiens Anaïs Chartreau et Jérôme Feigean, qui y tenaient, à deux, l’ensemble des rôles. Auparavant, des étapes de travail sur Crave – ou Manque – et sur 4.48 Psychose avaient vu le jour. L’enjeu restant de donner à entendre les cinq textes de Sarah Kane à la suite, dans des mises en scène qui, selon les mots d’Audrey Liebot, « feront sans doute traverser au public plusieurs lieux », et transporteront les spectateurs du stade assis au déambulatoire. On aimerait beaucoup voir ces œuvres, porteuses d’une parole « urgente », qui « provient d’un endroit incertain », au cœur d’un travail aux parti-pris forts, tel celui effectué sur Duras.

(1) Le travail de Moreau est à découvrir ici et ici.

Moderato, d’après Marguerite Duras, un spectacle de la Compagnie Magnolia. Avec Audrey Liebot. Direction d’interprète et Mise en scène : Moreau. Régie : Anaïs Chartreau / Moreau.

A voir en janvier à Paris : le 19 janvier rue Chaudron / le 24 janvier rue Saint-Fargeau, à 20h / le 27 janvier rue de Belleville, à 20h. Pour réserver : mail à envoyer à  [email protected] .

Visuel : © Audrey Liebot

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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