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Fernand Khnopff au Petit Palais : l’éternelle énigme du féminin

Fernand Khnopff au Petit Palais : l’éternelle énigme du féminin

11 décembre 2018 | PAR Géraldine Bretault

Le Petit Palais accueille en cette saison une rétrospective soignée consacrée au maître du Symbolisme belge, Fernand Khnopff. Peintures, pastels, photographies et statues déclinent son obsession pour le féminin.

Amateurs de bizarre et de décadentisme « fin-de-siècle », cette exposition est pour vous !

Depuis quelques saisons maintenant, les équipes du Petit Palais ont pris le parti d’accueillir leurs expositions dans de véritables mises en scènes, destinées à faciliter l’immersion du visiteur dans l’époque décrite. Pour Fernand Khnopff, le cadre était tout trouvé, puisque l’artiste lui-même avait conçu les plans de sa maison-atelier à Bruxelles de manière à offrir un véritable parcours initiatique autour de ses œuvres. Ambiance Sécession viennoise, mystère imprégné de senteurs, diffusées par des bornes olfactives, répétant le dispositif imaginé par l’artiste.

Heureusement, ce décorum n’occulte en rien une œuvre resserrée, obsessionnelle, pivotant autour de la figure féminine. On y retrouvera les préoccupations plus larges du Symbolisme, vaste mouvement littéraire et esthétique qui traverse toute l’Europe à la fin du XIXe siècle : rejet du monde moderne, réactivation des mythes anciens et surtout fascination mêlée d’effroi face à la puissance insoupçonnée jusqu’alors de la sexualité féminine, Freud ayant levé un pan de voile sur ce « continent noir »…

Après deux premières salles thématiques, Paysages et Portraits, le parcours s’intéresse au rapport complexe de Khnopff à la photographie, dans une ambiguïté savamment entretenue. Alors qu’il prétendait n’y rien connaître, on découvrira du matériel chez lui à sa mort, mais peu importe : c’est moins la prise de vue qui l’intéresse que la capacité qu’offre la photographie de jouer avec l’imaginaire pour inventer des compositions alambiquées à partir du matériau de la réalité. S’il lui arrive parfois de retoucher les tirages photographiques en ajoutant de la couleur, recours fréquent à cette époque, il épure également la texture de ses œuvres graphiques, jusqu’à s’approcher du rendu de la photographie, instillant un véritable trouble chez le spectateur.

Sensible à l’art hiératique de Seurat, Khnopff déploie un art du portrait qui, à son sommet, offre une densité incomparable aux corps, aux regards représentés. Sa sœur Marguerite a d’ailleurs beaucoup posé pour lui. Les visages sont à la fois portraits et archétypes, comme inaccessibles et pourtant si proches de nous – ou plutôt de notre for intérieur.

Khnopff avait d’autres obsessions, dont la figure d’Hypnos, dieu du Sommeil, qui prend sans ses toiles l’aspect d’un petit bronze conservé au British Museum. Sa présence achève de brouiller les pistes : les espaces clos aux perspectives impossibles évoquent surtout les méandres du cerveau humain en plein rêve…

Le parcours se conclut d’ailleurs sur l’évocation d’une Bruges fantasmée, à la fois souvenir d’enfance personnel de l’artiste et sujet littéraire retentissant après la publication en 1892 du célèbre roman Bruges-la-Mortes de Georges Rodenbach, réinterprété par Khnopff dans un de ses chefs-d’oeuvre, Une ville abandonnée.

Album de l’exposition

Michel Draguet, directeur des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, ayant déjà commis une monographie complète sur le peintre, les Éditions Paris Musées ont privilégié la formule de l’album pour accompagner l’exposition. Après un bel essai introductif du même auteur, resituant l’œuvre de Khnopff dans son contexte artistique, les œuvres principales sont accompagnées d’une courte notice. Une chronologie et la liste des œuvres exposées complètent l’ensemble.

Fernand Khnopff Le maître de l’énigme, textes de Michel Draguet et Dominique Morel, éditions Paris Musées, 96 p., 11,90 euros

Visuels:©
A Fosset, l’entre du village, 1885, akg photo
Portrait de Marguerite Khnopff, Crédit Photo F.Maes (MRBAB)
Le Masque au rideau noir credit Christies Images Bridgeman Images
I Lock My Door Upon Myself, Credit Photo BPK, Berlin, Dist.RMN-Grand Palais images BStGS – copie

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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