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Wagner-Rihm-Mahler : la Philharmonie de Paris à l’heure allemande

Wagner-Rihm-Mahler : la Philharmonie de Paris à l’heure allemande

12 octobre 2017 | PAR Alexis Duval

Même si la programmation de Wolfgang Rihm est discutable, on n’a pas boudé notre plaisir à l’écoute du prélude de Parsifal de Wagner ou de la Symphonie n°1 de Mahler. les trois compositeurs étaient au programme d’une soirée placée sous l’égide du Festival d’automne.

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Richard Wagner-Wolfgang Rihm-Gustav Mahler. Le premier et le troisième ont fait les riches heures de la musique allemande du tournant XIXe-XXe. Le deuxième, contemporain, aurait donc pu constituer une transition de choix dans la programmation classique de l’Elbphilharmonie Orchester de Hambourg, qui jouait mardi 10 octobre à la Philharmonie de Paris. Hélas, Reminiszenz – Triptychon und Spruch a surtout tranché par son hermétisme. Né en 1952, Wolfgang Rihm a voulu, avec cette composition, rendre hommage à l’écrivain Hans Henny Jahnn. Un romancier et dramaturge dont la connaissance des oeuvres semble un préalable indépassable ne serait-ce qu’à la perception de la partition – c’est dire si la chose est ardue. Accompagné d’un ténor, le Slovaque Pavol Breslik, qui a chanté des extraits de poèmes de l’auteur, l’Ebphilharmonie Orchester a fait découvrir une déroutante curiosité musicale, mâtinée de Schönberg et de Berg.

Mais si la pertinence du choix de Rihm dans la programmation peut être questionnée, difficile de bouder son plaisir à l’écoute du prélude de Parsifal de Wagner, qui ouvrait le concert du 10 octobre. A la direction, le chef allemand Thomas Hengelbrock a consacré toute son énergie à faire déployer les notes délicates d’une partition sublime qui semble mimer un jour qui se lève sur une forêt mystérieuse et enchanteresse. Il y a en effet une dimension presque cartographique lorsqu’on écoute ce prélude composé entre 1877 et 1882. Une véritable invitation au voyage. Entre la douceur des premiers instants et un nouveau moment d’optimisme s’intercalent quelques accords teintés d’angoisse. Une tension qu’est remarquablement parvenu à restituer le talentueux Thomas Hengelbrock.

Manipulation de l’ironie

La pièce majeure du programme, c’était évidemment la Symphonie n°1 de Gustav Mahler. L’Allemand l’a composée en 1885 en s’inspirant d’un roman de son compatriote l’écrivain Jean Paul, Titan. En quatre mouvements, l’Elbphilharmonie Orchester a forcé l’admiration du public. La richesse des thèmes, le panorama de couleurs de chaque partie, la complexité instrumentale et la manipulation régulière de l’ironie… Tout cela, la formation l’a révélé et l’a sublimé. Signe ô combien agréable des évolutions sociétales qui affectent aussi le microcosme de la musique, il y avait six femmes parmi les interprètes de cuivres. Un chiffre qui peut paraître dérisoire mais qui est un nouvel exemple bienvenu de féminisation.

En guise de bis, la fin de l’acte II de Lohengrin, l’opéra-monument de Wagner, en écho à l’ouverture de Parsifal qui a inauguré le concert du 10 octobre, a été brillamment exécutée dans toute sa tonitruance. Ses cuivres, ses fortissimo en même temps que ses belles harmonies, impossible de s’y tromper : c’est bien du Wagner ! Trois ultimes minutes qui ont fait complètement oublier le petit impair qu’a constitué la programmation de Rihm.

Photo : Alexis Duval

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Alexis Duval

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