Classique
Alexandre Kantorow et l’Orchestre National de France célèbrent Camille Saint-Saëns à l’Auditorium de Radio France

Alexandre Kantorow et l’Orchestre National de France célèbrent Camille Saint-Saëns à l’Auditorium de Radio France

10 octobre 2021 | PAR Geraldine Elbaz

Le 7 octobre 2021, l’Auditorium de Radio France recevait le jeune pianiste virtuose Alexandre Kantorow pour célébrer avec le chef d’orchestre Kazuki Yamada et l’orchestre national de France le centième anniversaire de la disparition de Camille Saint-Saëns. Ernest Chausson était également au programme. Une merveilleuse soirée sous le signe du ravissement et de la somptuosité. 

Un lieu unique

L’Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique à Paris est un lieu unique, une salle de concert formidable, conçue en arène et à l’acoustique exceptionnelle. 1461 places disposées en balcons aux parements de bois tout autour de la scène. Une architecture bien pensée et une esthétique originale placent la musique au centre. Quand l’orchestre national de France s’installe, nous sommes déjà fascinés. La soirée promet d’être éclatante. 

Un très grand chef d’orchestre 

Jovial et facétieux, le chef d’orchestre japonais né en 1979, Kazuki Yamada entre en scène. Nommé à la mi-septembre chef d’orchestre et directeur artistique du City of Birmingham Symphony Orchestra (CBSO), il est depuis 2015 directeur artistique de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo. Formé à Tokyo puis à Salzbourg, vainqueur en 2009 du Premier Prix du 51è Concours international de jeunes chefs d’orchestre de Besançon, il a dirigé de nombreuses formations, dont l’orchestre de Paris et le Philharmonique de Saint-Petersbourg. 

Les musiciens s’accordent. Le public masqué retient sa respiration. Le concert commence.

Camille Saint-Saëns – Danse macabre, op. 40

En guise d’ouverture, le poème symphonique en sol mineur composé en 1874 par Saint-Saëns nous embarque dans un bal conduit par Satan, où chaque instrument joue un rôle bien spécifique. La harpe sonne les douze coups de minuit. Les pizzicati des violoncelles figurent la mort, le violon s’accorde sur une quinte diminuée. Les sons stridents nous crispent. Puis tout s’anime sur un tempo de valse. Pour un peu, on se croirait dans le roman de Boulgakov Le Maître et Marguerite. Trois motifs se superposent et l’orchestre se déchaine dans un crescendo passionné : les flûtes, hautbois et clarinettes valsent avec les violons et les trompettes. Le Dies iræ, hymne liturgique apocalyptique, est transposé en mode majeur. Cuivres et percussions résonnent. Le xylophone fait s’entrechoquer les os des squelettes. On est pris dans un tourbillon macabre et fantastique. Puis tout s’arrête : « tout à coup on quitte la ronde, on se pousse, on fuit, le coq a chanté. » Magnifique.

Concerto pour piano n°5 « l’Egyptien »

Le concert se poursuit avec le cinquième concerto pour piano de Camille Saint-Saëns, composé en 1895 à Louxor, 20 ans après le quatrième. Célébrant le cinquantième anniversaire des débuts du compositeur à la Salle Pleyel en 1846, le concerto débute allegro animato. Alexandre Kantorow, premier Français à remporter le premier prix du Concours Tchaïkovski en 2019 et lauréat en 2020 d’une Victoire de la musique classique dans la catégorie Soliste instrumental, explore les notes du clavier dans des montées et descentes virtuoses. Les nuances sont subtiles et délicates. Son toucher est d’un raffinement extrême, d’une sensibilité incroyable. 

Le thème se fera ensuite plus lent et mélancolique avant de laisser place à l’andante, qui débute sur une explosion annonçant une chanson d’amour nubienne. Les sonorités se font orientales, exotiques. On part avec Saint-Saëns sur le Nil, le voyage est sublime. Le piano est à la fois mélodieux, doux et espiègle. Enfin, le mouvement molto allegro nous emporte dans une accélération joviale et malicieuse. Le rythme s’intensifie, les notes s’expriment comme un roulement de vagues, on visualise de l’eau se fracasser contre un rocher imaginaire, on ressent la tension entre le piano et les cordes. C’est à la fois puissant, dramatique et triomphant. On pense à l’Apprenti Sorcier de Paul Dukas, qui joue avec ces ruptures mélodiques, où l’on passe du  vif, du primesautier à l’impétueux, où le suspens est palpable avant de laisser place à la foudroyante vigueur. Magistral. 

Ernest Chausson – Symphonie en si bémol majeur, op. 20 

L’unique symphonie d’Ernest Chausson, écrite en 1889 et 1890 est composée de trois mouvements et démarre lento, allegro vivo : sur une musique lente et sombre, qui monte progressivement en un crescendo lumineux et enjoué. Le deuxième mouvement, très lent, est emprunt d’un lyrisme douloureux. Le dernier mouvement, animé, fait entendre de puissants motifs répétitifs, comme des saillies grandiloquentes. On quitte Radio France et on se perd dans notre imaginaire, dans une explosion de couleurs où musique et peinture ne font qu’un. 

Une très belle soirée, définitivement.

 

Concert diffusé en direct sur France Musique et disponible à la ré-écoute sur francemusique.fr pendant un mois. 

Visuel : (c) affiche / Alexandre Kantorow – Photo : Sasha Gusov

 

Maison de la Radio et de la musique

Camille Saint-Saëns & Ernest Chausson

Alexandre Kantorow, artiste en résidence

Orchestre National de France

Kazuki Yamada, Direction

Jeudi 7 octobre 2021, 20h

« Kindertotenlieder », le requiem nihiliste de Gisèle Vienne au Centre Pompidou
Le FAB 2021 à l’avant-poste de la création
Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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