Danse
Le FAB 2021 à l’avant-poste de la création

Le FAB 2021 à l’avant-poste de la création

10 octobre 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Le FAB, Festival des Arts de Bordeaux, manifestation attendue pour son édition 2021 avec des mesures anticovid allégées a réussi une nouvelle fois à fédérer une trentaine de partenaires de toute la Métropole autour d’une programmation riche et variée. Le public a répondu présent. Nous avons repéré quelques perles.

Créé en 2016, le FAB est un festival pluridisciplinaire défendant les écritures contemporaines sous toutes leurs formes d’expression – performance, danse, théâtre, musique, arts visuels. Traditionnellement la manifestation fait la part belle aux démarches hybrides et inclassables. Condensé d’actualité artistique, il investit pendant trois semaines autant les salles que l’espace public de Bordeaux et sa Métropole, présentant premières françaises, créations, commandes in situ et inédits en tout genre d’artistes de Nouvelle Aquitaine et d’ invités internationaux pour 2/3 de la programmation.

Le festival se décline en spectacles, concerts, projets participatifs, rencontres et fêtes. Se jouant des genres et des disciplines, alliant culture « pop » et culture « savante », sa ligne éditoriale se fait tour à tour ludique, festive, irrévérencieuse, décalée, innovante, iconoclaste.

Fortune Cookie

Le spectacle fut imaginé durant les confinements par Monique Garcia comédienne, metteuse en scène et  cofondatrice du Glob Theatre scène nationale depuis 2019. Il consiste en un théâtre individuel ambulant compatible avec les fermetures des salles et les mesures sanitaires.  Deux tuk-tuk colorés se déplacent dans la ville, deux comédiens en sortent et invitent les passants à s’arrêter pour une session divinatoire et théâtrale. Dans le cocon du pousse-pousse, chaque spectateur tire une carte de tarot. Le hasard, promu hors champ magique va décider d’une carte proverbe et le proverbe va se transformer en récit-confession, raconté au beau milieu de la ville dans une relation intime entre le spectateur, l’œuvre et le comédien.  Les textes d’une durée de moins de 6 minutes sont écrits par des auteurs contemporains Aurore Jacob, Didier Delahais et Gwendoline Soublin. Les comédiens (Laetitia Andrieu et Jerome Thibault) transforment la confession en une authentique mini pièce de théâtre. L’instant enchanté vécu dans cette extraterritorialité  est à ne rater sous aucun prétexte.

 

Undivided

Né en Israël, Meytal Blanaru est une danseuse et  chorégraphe. Elle est basée à Bruxelles. Sa danse est au cœur d’une écoute intérieure, son écriture ténue et délicate est issue du Fathom High, langage authentique qu’elle a créé à partir de sa pratique du Feldenkrais. Elle développe une recherche de mouvement personnel qui modifie profondément la façon dont elle bouge et perçoit le corps. Elle crée notamment les solos Lilly, Aurora (Aerowaves 2015), We were the future (Coproduction des CDCN 2018) et Home, une pièce de danse pour 26 jeunes danseuses de l’Académie expérimentale de danse de Salzbourg. En tant qu’interprète, Meytal a travaillé et collaboré avec Samuel Lefeuvre / Groupe Entorse, Lisi Estaras / les Ballets C de la B, Damien Jalet / Eastman Dance Company, Roberto Olivan, Clara Furey et Martin Kilvady.  Elle anime régulièrement des ateliers Fathom High dans le but de sensibiliser à la neuroplasticité dans le domaine de la danse. Elle enseigne dans différentes écoles telles que l’Académie expérimentale de danse de Salzbourg, PARTS, Charleroi-Danses, DanscentrumJette et d’autres écoles en Europe, au Canada, aux États-Unis et en Israël. Meytal Blanaru a déjà été accueillie au festival Trente-Trente de Bordeaux avec Aurora (2015). En 2020, Meytal est invitée à créer une nouvelle pièce pour la Scottish Dance Theatre. Dans un solo présenté au FAB, intitulé Rain, elle puise son inspiration dans un souvenir d’enfance qu’elle qualifie comme l’un des plus marquants de sa vie. Sans le dévoiler, sans l’expliquer, elle revisite ce souvenir que l’on imagine antichambre ou soubassement d’un trauma. Le spectacle hypnotique est une cérémonie d’un retour de refoulé qui avance masqué par la beauté du geste.

Dans un nouveau spectacle présenté lui aussi au FAB, au sein d’un dispositif quadri-frontal, elle s’interroge : Que signifie réellement être ensemble, que veut dire être seule ? A l’heure de l’individu roi, Undivided est né du profond désir de Meytal Blanaru d’offrir un point de rencontre plus intime et sans entrave. Au centre, quatre danseurs et un musicien font groupe, questionnent le rapport à l’autre. Le spectacle se veut une apologie de la rencontre. Une rencontre qui se situerait à la pliure de deux questions : Qui sommes-nous sans l’autre ? Qui sommes-nous avec l’autre ? Le final, comme seule la chorégraphe sait en créer, est une apologie de la main tendue laissée ouverte dans une attente gracieuse vers le public, une explosion d’humanité qui se voit déborder sur la scène. Formidable !

 

 

Crédits Photos ©Pierre planchenault ©-Michiel-Devijver

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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