Classique

A la Philharmonie de Paris, l’élégante espièglerie de Sir Roger Norrington

A la Philharmonie de Paris, l’élégante espièglerie de Sir Roger Norrington

01 juin 2018 | PAR Alexis Duval

Le chef britannique a déployé son malicieux talent en dirigeant l’Orchestre de Paris avec un programme éclectique Mozart-Dvorak-Elgar.

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Le conservatisme dans le microcosme de la musique classique a encore de beaux jours devant lui. Mercredi 30 mai, à la Philharmonie, Roger Norrington était assis face à l’Orchestre de Paris qu’il dirigeait. Alors que les musiciens allaient commencer, un spectateur indigné a crié : “Puisqu’il est assis, levons-nous !” A 84 ans, un chef n’aurait donc pas le droit à la moindre clémence et devrait nécessairement être droit face à ses musiciens… On croit rêver. Une telle remarque glaçante de mépris et d’aigreur a-t-elle la moindre légitimité ? Assurément non.

Quand on a vu Sir Norrington s’emparer de la Musique funèbre maçonnique de Mozart avec une grâce inégalée (et sans partition), l’envie était forte de répondre par un cri du coeur à ce spectateur confondant de bêtise. Le regard malicieux et panoramique du chef britannique trahissait le fait que c’était sa première fois qu’il dirigeait à la somptueuse Philharmonie de Paris. A la fin de l’opus, l’oeil amusé, l’octogénaire, qui dirigeait la formation francilienne le 30 et le 31 mai, s’est tourné vers le public et a dit dans un français châtié : “Cette pièce est si rarement jouée et si incroyablement courte que j’ai envie de l’entendre à nouveau.” Et l’Orchestre de Paris de reprendre avec passion cette méditation musicale de six minutes que l’Autrichien, membre de la franc-maçonnerie pendant les six dernières années de sa vie, a composée en 1785.

La Symphonie n°1 d’Elgar, sans la moindre partition

Place ensuite au Concerto pour violoncelle d’Antonin Dvorak. Le solo a été assuré par Jean-Guihen Queyras, qui a déployé une expressivité d’une grande pureté sans avoir recours au vibrato. Dans le premier mouvement notamment, lorsqu’il est accompagné de la flûte et d’autres instruments à vent, il a frisé le sublime. Les applaudissements nourris entre chacun des quatre mouvements en témoignent : le public s’est laissé ensorceler par la musique. Avec un thème d’inspiration slave, le compositeur tchèque revient aux origines de sa musique et de sa culture, après des années passées aux Etats-Unis, notamment à diriger le Conservatoire de New York. En guise de bis, Queyras a interprété le premier mouvement de la 1ère Fugue de Bach. Un “tube” qui a ravi les oreilles des spectateurs de la Philharmonie.

Après l’entracte, le programme s’est clos sur une pièce magistrale et majestueuse, la Première Symphonie d’Edward Elgar. Le chef l’a dirigée un si grand nombre de fois que, là non plus, il dirige sans la moindre partition. A l’écoute du thème bouleversant décliné dans les quatre mouvements, on comprend le succès de l’oeuvre, qui a été interprétée à Londres, New York et Saint-Pétersbourg plus d’une centaine de fois l’année de sa création, en 1908. Plus de cent ans plus tard, sa magie est intacte. Tantôt enveloppante, tantôt saisissante, tantôt sidérante, mais toujours radieuse.

Retrouvez l’enregistrement de la Symphonie n°1 d’Elgar à Stuttgart en 2001 :

Crédit photo : AD

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Alexis Duval

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