Musique

Chroniques, playlist, clip : rétrospective du mois de mars

05 avril 2010 | PAR Mikaël Faujour

Après ceux des mois de janvier et de février, voici le récapitulatif sélectif de l’actu musicale en mars.

Alors que bien des interprètes révélé(e)s par la Nouvelle Star ont vu leur talent gâché par une production châtrée ou des albums bancals, la jeune Camelia Jordana débute sa carrière avec un joli premier effort, portant tout simplement son nom. Le single « Non non non (Écouter Barbara) » est plein d’un entrain pop guilleret plein de charme. De jolies choses fort bien ficelées comme « Moi c’est », « Lettera » ou « Je pars » justifient de jeter les préjugés sur les « néostarisés » et une oreille à ce disque (et d’autres d’ailleurs – cf. Julien Doré ou Soan). Il faut dire que la jeunette n’est guère une pécore à lunettes, mais une chanteuse bien avisée, déjà d’une grande maîtrise d’interprétation, qui s’est entourée d’artistes de premier plan tels que Matthieu Boogaerts ou le très actif BabX. Carrière à suivre.
3/5
Sur notre joueliste : « Moi c’est », « Non non non (Écouter Barbara) », « Lettera ».

Bien connu en tant que voix de System of a Down, l’un des plus populaires combos metal de la fin des années 90 et du début des années 2000, Serj Tankian s’était lancé dans une carrière solo avec Elect the Dead, excellent album paru fin 2007. Avant même la sortie d’un 2nd album solo – d’ailleurs prévue pour cette année, possiblement la rentrée –, l’artiste surprend en éditant une relecture symphonique de son maigre répertoire solo (avec deux inédits : « Gate 21 » et l’excellent « The Charade », qui était déjà connu des aficionados sous le titre « Charades »). L’album symphonique est un peu le démon qui a tourmenté bien des artistes de heavy rock, de Kiss à Metallica en passant par les Scorpions notamment (Spinal Tap y fit même un clin d’œil appuyé, c’est dire). Il y a donc toujours lieu de se méfier un peu… Pourtant, Elect the Dead Symphony surprend par la qualité des arrangements orchestraux, à la hauteur de l’ambition et remplaçant la puissance des guitares par des emballements de cordes et de cuivres pleins de verve et vitalité. C’est en fait, curieusement, la voix même de Tankian qui paraît tirer par instants les compositions vers le bas, lui qui pourtant est certainement l’un des meilleurs chanteurs de l’histoire du metal. N’en reste pas moins que l’album est très recommandable, pour cette double inclination au grandiose qui n’exclut pas le ludisme foufou, qui sont la « griffe » Serj Tankian et qui, ne perdent rien – et même gagnent – à la relecture par un orchestre. L’artiste y prend manifestement un pied fou ; et par moments, nous aussi.
3,5/5
Sur notre joueliste : « Feed Us », « The Charade », « Baby »

Enregistrement live toujours, mais dans un tout autre registre ici. Il n’est pas question d’orchestre ou de sonorités « organiques », mais de dance, avec l’une de ses plus emblématiques artistes : l’inusable Madonna, qui sort Sticky & Sweet Tour. Bien connue pour ses concerts bigger than life, l’ex-reine de la provoc et « amie » de Chirac, déçoit avec un album d’une mollesse prodigieuse qui laisse pantois et donne davantage envie de bâiller et de passer de piste en piste, plutôt que de passer sur la piste. Sans intérêt, du moins en CD (sauf à manquer de freesbee) – les vrais aficionados auront davantage intérêt à s’offrir le DVD, if ever
1/5

Anciennement dans une filiation – relativement – madonnesque, l’ex-« Lolita », guère décidée à sombrer dans l’oubli et bien plus futée que beaucoup de poupées à dancefloors, Alizée faisait son retour en mars, avec Une enfant du siècle. On est loin ici de la dance qui l’a révélée, alors qu’elle avait environ 15 ans. Il faut dire que la Corse s’est adjointe les très hype électroniciens du label Institubes et a voulu un album-concept narrant la vie de la warholienne Factory girl Edie Sedgwick. Résultat : un cour recueil de 36 minutes et 10 chansons, voguant entre Air, Giorgio Moroder et Sébastien Tellier, dans une electro rétro 80s rêveuse (« Limelight ») ou entraînante (le très moroderien « Une fille difficile »). Dès l’intro, cet « Eden Eden » à la joliesse pleine de douceur, on se dit qu’elle a bien grandi, celle qui était autrefois la nunuche marionnette de la paire Farmer/Boutonnat. Un joli album avec quelques moments très plaisants et qui devrait achever de griller la belle chanteuse après l’échec de Psychédélices en 2007, qui perdra ici ses derniers fans et l’intérêt des radios…
3/5
Sur notre joueliste : « Eden Eden », « Limelight », « Une fille difficile »

Pour son troisième album en dix ans, le groupe virtuel Gorillaz était très attendu. Et il n’a pas déçu, comme d’hab avec Plastic Beach. D’abord, ce qui avait filtré, c’était le casting encore une fois très alléchant. Il faut dire que l’on y croise des rappeurs (Snoop Dogg en maître de cérémonie, De La Soul, Mos Def), l’orchestre national libanais, et d’inusables gloires du rock (Lou Reed, Mark Smith de The Fall, Gruff Rhys des Super Furry Animals, ainsi que les ex-Clash Paul Simonon et Mick Jones)… Cela donne une enfilade de curiosités purement gorillaziennes, où l’electro croise le fer avec des violons arabisants et un flow hip-hop (l’étonnant « White Flag »), avec une voix soul renversante et un rap inspiré (le bijou « Stylo », sorti en single en avant-garde). Un tel mélange des genres (tout y passe : pop, new wave, rap, soul, electro) auquel il serait hypocrite de ne pas reconnaître le mérite de l’audace peut plaire ou déplaire. Mais il faudrait de la mauvaise foi pour ne pas reconnaître le brio qui éclate dans plusieurs compositions de cet album singulier, largement salué par la critique.
3,5/5
Sur notre joueliste : « White Flag », « Stylo », « Empire Ants »

Avec Jeff Buckley ou, à lui plus contemporains, The Doors, Jimi Hendrix fait partie de ces quelques artistes dont la mort n’a guère triomphé – puisque continuent à paraître régulièrement des enregistrements live, des inédits miraculeusement retrouvés… Constitué d’enregistrements réalisés après Electric Ladyland (1968), Valleys of Neptune contient donc du neuf, notamment le morceau-titre, deux reprises (« Bleeding Heart » d’Elmore James et le classique de Cream « Sunshine of Your Love »), et une flopée de titres bien connus dans une version inédite (« Fire », « Red House », en premier lieu)… Pas un album indispensable pour les néophytes, qui devraient se précipiter sur les trois vrais albums de Hendrix parus de son vivant. En revanche, tout hendrixophile en aura ici pour son argent. Le renversant « Hear My Train a Comin’ » justifie à lui seul l’acquisition de ce disque.
3,5/5
Sur notre joueliste : « Valleys of Neptune », « Hear My Train a Comin’ »


L’expression est ô combien fréquente dans la journaille dès qu’il s’agit de parler de lui (ou d’autres), mais Saez est de ces artistes qu’on aime ou que l’on déteste. Un an après Yellow Tricycle et 11 ans après le fameux single « Jeune et con », single de rock protestataire qui apparaît avec le recul comme le manifeste de son œuvre, voilà qu’il sort un J’accuse entouré d’un parfum de mini scandale de censure (subie) et de contre-censure (demandée)… Dès « Les Anarchitectures », titre d’ouverture qu’il interprète a capella, pas difficile de comprendre pourquoi il séduit ou agace : il crache le refoulé d’une société à qui trois grasses décennies de consensus ont désappris à être de gauche et à en assumer les lignes directrices – sous le rire méprisant des officiels parlant de « lieux communs »… Et quand il le fait, il ne cherche pas l’excuse du style et de la poésie – plus ou moins – absconse tendance Noir Désir et successeurs (Luke, Déportivo, Eiffel), non. Saez crache des glaviots littéraires acides sur une époque abjecte, avec un propos aussi cru et clair qu’est brûlante la révolte qui l’anime. En ces temps de haine du politique, qui n’en finit plus d’agoniser sous le consensus ou la dépolitisation, cela fait du bien – lieux communs ou pas. Mais Saez n’est pas le Moustaki ou le Montand des années 2000. Tout d’abord, parce que, symptomatiquement, il est davantage en révolte contre qu’en défense d’un pour ; ensuite parce qu’il est avant tout un compositeur rock – et en la matière, l’un des meilleurs en France. Cela peut agacer, cela peut séduire…
3,5/5
Sur notre joueliste : « Des p’tits sous », « Les Anarchitectures »,
« Sonnez tocsin dans les campagnes »

Leader de Louise Attaque, en dormance depuis pas mal de lunes, et membre de Tarmac (idem), puis auteur-compositeur pour le roi Bashung sur son ultime album Bleu Pétrole (2008), Gaëtan Roussel se lance enfin dans une carrière solo avec Ginger. Avec un album nettement orienté rock, secoué de relents dance ou dance rock (« DYWD », le single « Help Myself (Nous ne faisons que passer) ») aussi étonnants que convaincants, Gaëtan Roussel confirme tout le bien qu’inspiraient déjà ses groupes et sa collaboration avec Bashung. Ici dans des registres différents de ce que l’on connaissait de lui, le musicien s’autorise toutes sortes d’aventures musicales, et accouche d’un album sensible, intime et poétique, fouillé et arrangé avec intelligence. Mention spéciale au titre d’ouverture « Clap Hands », ponctué de violons bashungiens.
3,5/5
Sur notre joueliste : « Clap Hands », « Help Myself (Nous ne faisons que passer) »

Cinquième album des Nouillorcais de Liars, Sisterworld est notre album du mois. Avec la splendide ouverture « Scissor », tantôt flottante et tantôt emballée, on est d’emblée happé dans le monde hypnotisant de ce groupe. Et la suite déroule les climats troubles et troublants jusqu’au vertige, compositions crépusculaires et entêtantes. On se laisse embarquer par cet album-concept qui, de neurasthéniques dissonances en accès de nerfs, développe une vision dystopique de la mégalopole. Sisterworld est froid comme un album de musique industrielle, et nerveux et tendu et bruitiste et davantage affaire d’atmosphères – pour le moins inquiétantes – que de ritournelles à danser. Expérimental et exigeant, non éloigné parfois du Sonic Youth le plus abstrus (« I Still Can See An Outside World »), ce cinquième album des Liars est tout bonnement un bijou de rock tortueux et un des albums les plus originaux et captivants de ce début d’année 2010. Sans aucun doute, il s’agira là d’un des albums les plus capitaux de cette année.
5/5
Sur notre joueliste : « Scissor », « Here Comes All the People », « I Still Can See An Outside World », « Proud Evolution »,
« The Overachievers »

Signalons aussi le nouveau single d’AaRON, dont le premier album paru en 2007 avait connu un vif succès grâce au single « U-Turn (Lili) » (BO de Je vais bien, ne t’en fais pas). « Rise » signale donc le retour du duo, dont le deuxième album est annoncé pour fin 2010.

Voici donc notre délicieuse joueliste :

Découvrez la playlist LA BOITE A SORTIES – Mars 2010 avec Gorillaz

Même s’il a été diffusé dès février, la sortie de l’album de Gorillaz donne un bon prétexte à se resservir le clip exquis du chavirant single « Stylo ». Allez, en trichant un peu, faisons-en le clip du mois.


Gorillaz – Stylo

Les murmures du vent
La douce mélancolie de l’illusionniste
Mikaël Faujour

One thought on “Chroniques, playlist, clip : rétrospective du mois de mars”

Commentaire(s)

  • Henrietta

    Je plussoie globalement à cette liste (à part la Madonne dont je me passe bizarrement assez bien).

    Et puis bon, d’accord, c’est vrai, Alizée, c’est pas nul.

    mai 29, 2010 at 23 h 00 min

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